10 mars 2015 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

Discours du Premier ministre à la maison de santé pluridisciplinaire de la Grange aux Belles

Madame la Ministre, Chère Marisol TOURAINE,
Madame la Députée,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,
 
Nous venons, avec Marisol TOURAINE, de visiter la maison de santé de la Grange aux Belles.
Nous avons eu une discussion avec les professionnels qui exercent, et je veux les remercier, notamment le docteur Pierre-Yves TRAINARD. Nous avons discuté d’abord de leur expérience – ce sont des pionniers – de monter, il y a déjà environ trente ans, ce projet, et de le faire vivre. Nous avons vu la satisfaction qu’ils trouvent à bien soigner ; vu aussi les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent et entendu leurs doutes.

Une maison de santé, c’est le projet de professionnels indépendants, médecins, infirmiers, sages-femmes, psychologues entre autres, qui décident d’unir leurs compétences, leurs expertises, leurs forces, au fond, pour améliorer la prise en charge de leurs patients. Certains se regroupent au même endroit, comme ici, dans ce Xème arrondissement, à la Grange aux Belles, d’autres se coordonnent à distance. Peu importe – à ce stade en tout cas – le dispositif.

Je veux rappeler que ces maisons de santé sont une forme d’exercice particulièrement plébiscitée par les jeunes médecins, car elles leur permettent de retrouver la qualité de travail qu’ils ont pu connaître à l’occasion de leurs études hospitalières. Mais cela facilite aussi, et c’est tout l’intérêt, leur exercice au quotidien dans un espace pluridisciplinaire, dans un espace ouvert, dans un espace ouvert aussi sur la ville, sur le quartier ou sur les territoires ruraux.

L’important, c’est d’accompagner le parcours de patients souvent perdus – qui ne l’est pas d’ailleurs, face à la maladie – en travaillant en équipe, ça nous a été rappelé. L’important, c’est de favoriser la prévention, sujet essentiel, en rappelant – surtout aux publics les plus fragiles – la nécessité de se faire vacciner, de la nutrition, des dépistages. L’important, c’est d’être au plus près de la population, ce qui permet d’ailleurs de soulager les urgences, d’éviter quand c’est possible le recours à l’hospitalisation.

La maison de santé que vous venez de visiter illustre bien les objectifs fixés par la ministre au projet de loi Santé. C’est un projet ambitieux, issu d’une première concertation de tous les acteurs sur notre stratégie nationale de santé, puis d’une concertation sur le projet de loi ces dernières semaines, ces derniers mois – j’y reviendrai. Cette loi – c’est son objectif, et il faut je crois que les Français l’entendent ainsi – veut changer leur quotidien en adaptant notre système de santé à l’évolution de leurs besoins.

Chaque jour, les médecins et l’ensemble des professionnels de santé, quel que soit leur mode d’exercice, libéral ou à l’hôpital, quelle que soit leur spécialité, se consacrent à cette mission toujours exigeante : soigner nos concitoyens. Leur choix de carrière, c’est le choix de l’intérêt général. Toutes et tous contribuent à construire un système de santé performant. C’est un système – faut-il le rappeler une nouvelle fois – qui nous est souvent envié dans le monde.

Ils sont aussi, ces médecins, ces professionnels, les premiers à pointer les failles – il en existe, bien sûr, nous sommes lucides – de notre système, par exemple en matière d’égalité d’accès aux soins. Nous l’avons encore dit à l’occasion des propositions formulées par le comité interministériel que je présidais vendredi dernier sur l’égalité et la citoyenneté.

Est-il normal que le taux d’opérations de la prostate varie de un à quatre selon les départements, en fonction du nombre d’urologues libéraux ou hospitaliers ? Est-il normal que les personnes âgées qui sont hospitalisées entrent à plus de 40 % par les urgences ? Bien évidemment, non. Ces inégalités devant la santé, mais aussi le vieillissement de la population, le poids grandissant des maladies chroniques, les nouveaux traitements, Internet bien sûr, tout nous invite à repenser et faire progresser notre système.

Et je veux saluer l’engagement de Marisol TOURAINE à accompagner cette évolution et à prendre à bras le corps ces défis – qui sont des défis évidemment en matière de santé, mais qui sont d’abord des défis pour notre société. Pour réformer, il faut une méthode. Le gouvernement en a une, toujours la même : le dialogue. Nous entendons avancer dans un souci d’écoute et d’équilibre ; c’est ce que Marisol TOURAINE vient encore de montrer ces derniers jours. Le gouvernement s’est donné le temps d’écouter les professionnels. Les groupes de travail mis en place ont fourni, et je veux le souligner, un travail remarquable en peu de temps, avec – je crois – beaucoup d’écoute et de respect mutuel dans les échanges, au-delà des déclarations publiques. Je veux souligner, constater cette qualité de dialogue, d’écoute et de travail.

Au terme de cette concertation, approfondie, de qualité, la ministre de la Santé a précisé hier les évolutions que le gouvernement va apporter au projet de loi. J’ai entendu ici ou là parler de recul, de renoncement, tandis que d’autres dénonçaient l’absence d’avancées. Je veux le dire très clairement, en respectant bien sûr chacun : les uns et les autres se trompent. Pas de renoncement – je crois que c’est clair depuis hier, le message est passé – mais une réelle prise en compte d’un certain nombre de demandes ou d’inquiétudes légitimes, de nouvelles garanties, des ambigüités levées, des clarifications apportées quand il y a eu incompréhension, et surtout, une démarche progressive. Donc, bien sûr, le projet du gouvernement évolue, mais – et c’est l’essentiel, car ces questions de santé sont au cœur des grands défis de la société – il ne perd ni son ambition, ni ses objectifs, notamment ses objectifs de justice et d’égalité. La réforme avance, la réforme avancera, et je suis – c’est normal – aux côtés et en soutien total et absolu de la ministre.

Voici les principales améliorations au projet initial, elles seront introduites par voie d’amendement lors des débats parlementaires. Les professionnels de santé s’organiseront librement entre eux, et non pas sur injonction de l’Agence régionale de santé, pour répondre aux besoins de santé locaux. Ce que nous avons vu, il y a un instant, nous conforte dans cette démarche de confiance au terrain dans sa capacité à bien répondre à chacune des demandes, des attentes.

Deuxièmement, les cliniques privées pourront participer au service public hospitalier rénové, sous réserve évidemment de remplir les conditions pour cela – en particulier le refus des dépassements d’honoraires.

Troisièmement, les délégations d’actes, qui permettent aux médecins de se concentrer sur leurs compétences médicales et de déléguer certains actes médicaux à d’autres professionnels, seront mieux encadrées. Pour les vaccinations par les pharmaciens, une phase d’expérimentation sera mise en œuvre avant de légiférer sur le sujet.

Enfin, le calendrier de déploiement d’une solution efficace de tiers-payant pour tous a également été précisé – nous en avons parlé il y a un instant, concernant notamment les questions de paperasses : le but que nous nous sommes assigné, c’est, comme dans bien des secteurs, de simplifier. Cette question du tiers-payant est essentielle, car trop de personnes aujourd’hui dans notre pays renoncent aux soins parce qu’elles ne peuvent pas avancer les frais de consultation. Cette évolution est attendue par les Français, elle est plébiscitée par nos concitoyens. Nous la mettrons donc en œuvre. C’est un engagement, et c’est un engagement qui sera tenu parce que c’est important par rapport à l’idée que nous nous faisons de l’égalité devant les soins.

Pour répondre aux inquiétudes des professionnels de santé, la ministre, qui les a entendus, a été très claire, et je veux l’être devant vous une nouvelle fois : les médecins auront la garantie d’être payés – c’était la question qui nous était posée il y a un instant – et d’être payés vite, en moins de sept jours. Le calendrier de déploiement progressif du tiers-payant généralisé permettra de s’assurer à chaque étape du fonctionnement simple et efficace du dispositif. Nous ne voulons pas faire courir le moindre risque aux patients ni aux professionnels, que nous entendons, que nous respectons.

Je voudrais également répondre à certaines idées fausses – il y en a qui circulent – et qui inquiètent notamment les jeunes médecins et les futurs médecins : le gouvernement tient à l’indépendance des professionnels de santé, à leur liberté de s’installer où ils le veulent – la ministre l’a encore dit ce matin –, à leur liberté de choisir leur mode d’exercice. Et nous tenons aussi à la liberté pour le patient de choisir son médecin libéral. Ce sont des principes fondateurs qu’il n’est pas question de remettre en cause. Il n’a jamais été question, d’ailleurs, de les remettre en cause. Et en particulier, je veux l’affirmer clairement, nous n’ouvrirons pas la porte à des réseaux de soins privés. Lisez bien le texte de loi, écoutez la ministre Marisol TOURAINE, qui s’exprime toujours de la manière la plus claire possible. Rien – je le dis bien – dans le projet de loi ne remet en cause ces principes. Il faut que chacun l’entende.

Mais nous devons aller plus loin. Le projet de loi Santé n’a pas vocation – il ne l’a jamais eue – à régler toutes les questions abordées lors des réflexions sur la stratégie nationale de santé, ou lors des concertations de ces derniers mois. La loi donne le cadre ; elle replace les acteurs chacun dans leur rôle. Mais la réflexion globale doit se poursuivre.

Marisol TOURAINE m’a proposé d’organiser une grande conférence de la santé pour tracer des pistes sur l’avenir à moyen terme de notre système de santé, et se donner un calendrier. Des personnalités reconnues du monde médical seront désignées avec comme mission de préparer cette conférence, et d’animer la discussion autour de deux questions qui nous paraissent centrales, et qu’il faut prendre à bras le corps.

La première, c’est l’avenir du métier médical : comment exercera-t-on la médecine demain ? Les aspirations des jeunes femmes et des jeunes hommes qui se préparent à devenir médecins ont changé – car le monde dans lequel ils évoluent a changé. Les outils qu’ils utilisent évoluent, les techniques progressent, les technologies de l’information aussi, je ne vous apprends rien. C’est le moment de repenser le métier médical. C’est un chantier ambitieux, qui embrasse toute la vie professionnelle, depuis les études de médecine jusqu’à la pratique quotidienne du métier.

La deuxième question est liée : c’est l’avenir du mode d’exercice. On a toujours l’image du médecin seul dans son cabinet de ville. Dorénavant, même si cela existe encore, c’est l’exercice en commun qui va prévaloir. Les professionnels que nous venons de rencontrer à la Maison de Santé de la Grange aux Belles en font la démonstration. Comment pouvons-nous mieux organiser sur le long terme la médecine de parcours, la coordination ? Comment faire progresser la prévention ? Comment établir un lien plus efficace avec la ville, avec le quartier, avec le territoire sur lequel les médecins, les professionnels de santé exercent leur mission, leur métier passionnant ? Comment travailler avec les autres services, et notamment avec les services sociaux ? Comment mieux définir la responsabilité d’un médecin vis-à-vis de la population d’un quartier ou d’un village ?

Nous voulons notamment répondre – et nous nous sommes attaqués déjà – à cette question dite des déserts médicaux. Nous l’évoquerons aussi à l’occasion d‘une réunion du gouvernement vendredi, à Laon, dans l’Aisne ; je réunirai des ministres pour un comité interministériel consacré à des réponses très précises, notamment la place des services publics dans les territoires ruraux.

Quel impact tout cela peut-il avoir sur le mode de rémunération ? Ces questions se posent aussi, bien sûr, pour l’hôpital.

Ces deux sujets, qui sont déjà portés par la loi – qui sont déjà au cœur des réflexions de la ministre – doivent être débattus avec l’ensemble des acteurs du secteur, et en premier lieu, les jeunes. Ils doivent être débattus aussi avec les patients, avec les citoyens. J’ai eu la chance d’être maire d’une ville pendant onze ans qui avait un centre de santé au cœur de l’un de ses quartiers populaires, et dont le directeur était le docteur MONGIN, connu de tous les professionnels. Il y a toujours eu l’idée de la place des patients et des usagers. Je crois que nous avons toujours ce même besoin : faire en sorte, avec les droits nouveaux d’ailleurs qu’ont les patients, de mieux les intégrer dans ces réflexions.

L’objectif n’est pas d’opposer les anciens et les modernes. Non, notre ambition, c’est de continuer de construire ensemble l’avenir de notre système de santé. Ma responsabilité de chef de gouvernement, sous l’autorité du président de la République, c’est de fixer le cap, d’ouvrir les perspectives, de conduire les réformes dont le pays a besoin, de passer des mots, des discours aux actes. Et c’est ce que nous allons faire grâce au texte porté par Marisol TOURAINE. Nous avons besoin de réformes, et il en faut pour assurer la pérennité d’un système de santé reconnu ; c’est ce message que nous avons voulu délivrer ensemble aujourd’hui avec Marisol TOURAINE. Et c’est aussi cela la grandeur de notre pays, la force de son modèle social. Je connais les questionnements, les scepticismes, les critiques. Mais regardons aussi ce qui marche et ce qu’il faut préserver, qui nécessite l’engagement de l’Etat et des collectivités territoriales.

Le mot de solidarité – que je veux opposer de toutes mes forces à ce mot terrible, qui fait des ravages dans notre société, d’assistanat –, le beau mot de service public, la capacité aussi à faire travailler l’ensemble des acteurs, maisons de santé, hôpital, médecine de ville : c’est ça que nous devons réussir. Et c’est sur cet enjeu qui nous touche tous qu’il faut avancer sereinement, avec beaucoup de volonté et de sens de l’écoute. La prochaine loi Santé est une grande avancée pour notre société. Et nous invitons chacun à y prendre sa part. Une loi peut évoluer, nous l’avons démontré. Elle sera discutée au Parlement, Madame la Députée. Donc il y aura aussi forcément des amendements et des évolutions qui conforteront les objectifs du texte.

Cette visite, c’est aussi l’occasion de dire très sincèrement, et je pense pouvoir le faire au nom de tous les Français, notre estime et notre considération pour tous les professionnels de santé, qui chaque jour accompagnent les Français, les aident à se soigner, à faire face à la maladie, à vivre mieux et plus longtemps. Toute la Nation leur est reconnaissante. Et le texte confortera,  modernisera notre système de santé, au nom d’une belle idée qui est celle de l’intérêt général.
Discours du Premier ministre à la maison de santé pluridisciplinaire de la Grange aux Belles