11 mai 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Inserm-Jean-Mérieux à Lyon

Mesdames et Messieurs,

Je peux vous dire que c’est un grand plaisir pour moi de voir ces infrastructures de recherche de qualité ; de voir des femmes, des hommes dédiés tout entiers à leur sujet, qu’ils font avancer patiemment, minutieusement, et toujours avec une très grande fierté. Ces visites sont l’occasion – et nous le faisons aujourd'hui avec Najat VALLAUD-BELKACEM – de constater l’intelligence des chercheurs et l’excellence de la recherche française. Il y a tant d’esprits qui critiquent notre pays qu’il est bon aussi de souligner avec fierté, pour reprendre les mots de Jean-Jack QUEYRANNE, ce qui se fait de mieux.

Ce sont des institutions comme le laboratoire P4 INSERM – Jean-Mérieux, dédié à l’étude des virus les plus dangereux, qui contribuent à donner à la recherche française ses lettres de noblesse. La famille MERIEUX continue ainsi à écrire, entre la Saône et le Rhône, l’histoire de la médecine française. Et je voudrais à mon tour – vous allez en rougir ! – commencer par rendre hommage à cette famille. Rendre hommage au docteur Charles MERIEUX, cet homme qui rêvait de vacciner, dit-on, tous les enfants du monde. Il a mis à profit la fondation Mérieux pour créer le laboratoire P4, qui développe, faut-il le rappeler, de nouveaux vaccins au bénéfice de toutes les populations et notamment des plus exposées,  souvent les plus démunies. Il donne son nom à cet amphithéâtre.

Monsieur le Président de la fondation Mérieux, cher Alain MERIEUX, vous avez su faire vivre cet héritage et le faire prospérer, chacun le sait ici. Et la famille MERIEUX, ce sont bien sûr également Rodolphe et Christophe, tous deux partis trop jeunes. Ils avaient eux aussi le caractère qui forge les visionnaires, les grands industriels qui sont les moteurs de la Nation.

Je voudrais également saluer le travail de l’INSERM. Depuis 2004, l’exploitation du P4 est sous son entière responsabilité scientifique et financière. C’est l’INSERM et son président-directeur général, Yves LEVY, qui organisent – avec le soutien de l’Europe – un projet de laboratoire européen réparti sur plusieurs sites, pour apporter une réponse coordonnée aux épidémies mondiales. L’INSERM également qui accompagne le développement de votre grande infrastructure de recherche sur la scène internationale. Je pense notamment à la coopération franco-chinoise que vous avez su mettre en place et qu’il faut développer à travers le P4 à Wuhan, qui a été inauguré au moment de ma visite en Chine il y a quelque semaines et qui est ce point de départ formidable que nous souhaitons mettre en œuvre avec nos amis chinois.
 
J’ai été frappé, au cours de cette visite trop rapide, par les équipements de recherche, les salles d’expérimentations résolument modernes du laboratoire P4 ; partout, on voit l’innovation. J’ai été aussi frappé par les normes de sécurité drastiques – je sais, Monsieur le Directeur, Hervé RAOUL, que vous y êtes particulièrement attaché ! Il existe moins de dix laboratoires de ce type au monde. Vous préservez ainsi vos chercheurs contre tous les types d’infections – on m’a rassuré sur ce point avant que je ne m’aventure dans vos locaux ! Vous assurez aussi une protection totale de l’environnement, et vous protégez vos travaux de toute tentative d’espionnage industriel. On sent, je crois pouvoir le dire, au cours de la visite, à quel point les informations et les savoir-faire stratégiques que vous manipulez sont confidentiels et bien protégés.

Et puis, c’est l’essentiel, votre laboratoire a remporté de belles victoires – je pense notamment bien sûr au virus Ebola. Ce sont vos équipes, associées au Centre national de référence sur les fièvres hémorragiques, qui ont isolé ce virus en Afrique de l’Ouest, en mars 2014. Vos laboratoires qui ont analysé les mécanismes d’évolution du virus Ebola en infection parfois mortelle. Vous encore qui, en liaison étroite avec le Commissariat à l’Energie atomique et aux Energies alternatives, venez de mettre au point un test rapide qui donne un diagnostic en quinze minutes. Vous êtes aussi le seul laboratoire en Europe dont la taille est suffisante pour mener des études sur l’impact du virus sur les singes. Et les équipes de recherche que vous accueillez ici testent chaque jour des molécules capables de combattre le virus. Pour ne prendre qu’un seul exemple : c’est ici qu’ont été testées les propriétés de la molécule antivirale Favipiravir. Les résultats du premier essai clinique en Guinée sont, semble-t-il, prometteurs …

Mon gouvernement, vous le savez, s’est mobilisé lors de la crise Ebola. La task-force coordonnée par Jean-François DELFRAISSY, que je salue, a été très active, en particulier au Mali et bien sûr en Guinée. La France soutiendra la reconstruction de ces pays aux plans sanitaire et économique. Si cette task-force a été aussi efficace, c’est notamment parce qu’elle a pu s’appuyer sur votre recherche de pointe.

Le laboratoire P4 rayonne dans son domaine. Et aujourd'hui, grâce à des financements publics par le biais de l’INSERM et du programme d’investissements d’avenir (PIA), il double ses surfaces. C’est l’occasion qui nous réunit aujourd'hui. Cette extension va vous permettre de séparer les activités de recherche et de diagnostic. Elle va vous permettre de disposer d’une bio-banque qui pourra contenir de très nombreux échantillons, et donc d’accroître vos capacités d’expérimentation, d’étudier désormais également les souches de bactéries qui ne sont sensibles qu’à peu d’antibiotiques, comme la tuberculose. Elle va vous permettre enfin  de continuer à faire avancer la recherche.

Ici à Lyon, vous l’avez rappelé, Monsieur le Sénateur-maire, vous l’avez dit aussi, Monsieur le Président de la région, vous avez su mettre en place un écosystème exemplaire, une coordination de tous les partenaires publics et privés, de tous les acteurs de la recherche médicale. Nous en avons pris la mesure une nouvelle fois avec Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre en charge des universités et de la recherche, en visitant le Biopôle de Gerland, cœur des sciences de la vie, qui regroupe Lyon Biopôle, pôle de compétitivité mondiale, l’Institut de recherche technologique Bioaster, le cancéropôle Rhône-Alpes – Auvergne, les équipes du Centre international de recherche en infectiologie, créé par l’INSERM, le CNRS, l’université Claude-Bernard et l’Ecole normale supérieure de Lyon, qui nous accueille aujourd'hui et je l’en remercie. J’espère n’avoir oublié personne ! Toute la chaîne de valeur – et c’est pour ça que je les cite – est ici représentée, depuis la formation, la recherche fondamentale jusqu’au développement de produits utiles aux diagnostics et aux traitements. Ici, on prévient et on guérit.
 
Vous savez donc faire prospérer des projets coordonnés, enracinés aussi profondément dans votre territoire – Gérard COLLOMB et Jean-Jack QUEYRANNE le savent bien, Najat VALLAUD-BELKACEM également. C’est le sens de la Communauté d’universités et d’établissements, dite COMUE Université de Lyon, qui permet aux acteurs de toutes les disciplines de la métropole et de la région d’échanger, au bénéfice de la formation de nos jeunes comme de l’innovation, et au bénéfice de votre territoire, qui accroît ainsi son attractivité. C’est grâce, au fond, à cette émulation collective, grâce à cet ancrage local, que la recherche lyonnaise rayonne, pas seulement à l’échelle nationale ou à l’échelle européenne, mais aussi à l’échelle internationale. Le secteur des sciences de la vie et de la santé est d’ailleurs un des moteurs économiques de votre métropole et de votre région. Il doit devenir un moteur économique de notre pays – et c’est l’élu d’Evry et du Génopole qui vous parle également !

Ce secteur emploie ici pas moins de 100 000 salariés, qui travaillent notamment pour SANOFI PASTEUR, numéro un mondial du vaccin humain, pour MERIAL, numéro un des produits vétérinaires ou encore pour bioMérieux, numéro un du diagnostic bactériologique. Ce beau palmarès montre que la France est à la pointe dans le domaine de la santé et des biotechnologies. Chaque jour, des idées germent ici qui deviendront demain de grandes découvertes scientifiques.

Ce sont des initiatives telles que les vôtres, cette manière de mettre en mouvement les énergies, d’associer médecins, chercheurs, personnel soignant, patients, industries, dans un même combat, que mon gouvernement veut encourager partout en France. Nous avons d’ailleurs choisi de fonder nos plans nationaux pour lutter notamment contre le cancer ou les maladies neuro-dégénératives sur ce modèle.

Il y va d’abord de l’efficacité de notre recherche médicale, et donc de la santé des Français. Il y va ensuite, au fond, du rayonnement de notre pays – vous avez raison, Monsieur  MERIEUX, il ne faut jamais s’endormir sur nos lauriers, il faut faire évoluer toujours notre université.

Grâce à la mobilisation de nos chercheurs, de nos cliniciens, de nos ingénieurs de très haut niveau, la recherche biomédicale française est au 5e rang mondial et au 2e rang dans le domaine des maladies infectieuses, notamment de la recherche contre le SIDA.

La recherche est aussi un puissant moteur de croissance. C’est pourquoi nous avons voulu l’encourager, grâce à l’appui décisif, Monsieur le Commissaire général, cher Louis SCHWEITZER, du programme d’investissements d’avenir, qui consacre près de 2,4 milliards d’euros à la santé et aux biotechnologies.

Les infrastructures ainsi financées ont notamment comme objectif de transformer plus systématiquement les découvertes des laboratoires de recherche universitaire en innovations thérapeutiques. Le laboratoire que nous inaugurons en est au fond le meilleur exemple. L’institut Bioaster, que je citais à l’instant, développe lui aussi des projets collaboratifs entre l’industrie et la recherche publique afin de produire des vaccins, antibiotiques, tests de diagnostics. J’ai d’ailleurs demandé il y a quelques jours aux industriels de la santé d’encourager encore la coopération entre les acteurs publics et privés de la recherche et du soin.

Nous encourageons également la recherche à travers les contrats de plan Etat-région. Celui que nous allons signer tout à l’heure avec la région Rhône-Alpes, cher Jean-Jack QUEYRANNE, apportera notamment un soutien décisif au projet porteur d’innovation et de croissance du bio-district Lyon-Gerland que nous venons de visiter.

Je n’en dirai pas plus pour le moment … Mais inaugurer, c’est après tout prendre les augures, et je pense qu’aujourd'hui les augures sont favorables. Inaugurer, c’est aussi débuter, faire un premier pas. Cette cérémonie qui se termine, c’est donc pour vous une nouvelle aventure qui commence. Il ne me reste plus qu’à vous remercier chacun pour votre implication, à saluer le travail tout à fait extraordinaire qui est mené ici et cette coopération – que les uns et les autres ont vantée – entre secteur public et secteur privé, entre recherche et industrie.

Au fond, vous montrez ce que doit être l’économie de demain, ouverte sur le monde, capable de faire se croiser les investissements publics et privés – et ici, l’Etat, le PIA, les collectivités territoriales font la démonstration de cet engagement. La France, c’est vrai dans le domaine médical, c’est vrai dans le domaine nucléaire, a besoin de la recherche et de l’innovation, mais aussi de l’application à son industrie ; et nous devons en permanence regarder l’avenir.

La France, depuis la dernière guerre, et notamment grâce à l’engagement du général de GAULLE, c’est précisément faire confiance à l’industrie, faire confiance aux entreprises,  faire confiance à la science et aux chercheurs et faire confiance à cette belle notion qui est celle du progrès ; parce qu’avec le progrès, on retrouve optimisme et fierté.

Je vous remercie.
Discours du Premier ministre - Inserm-Jean-Mérieux à Lyon