29 mai 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Visite d'Airbus Helicopters à Marseille

"Notre industrie, c’est une grande part de notre rayonnement économique, technologique, diplomatique. Elle est ce qui fait de la France une grande puissance."
Mesdames les ministres, Messieurs les ministres,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Président d’AIRBUS HELICOPTERS, cher Guillaume FAURY,
Mesdames et Messieurs,

Merci de votre accueil, c’est toujours bien d’applaudir avant, comme ça, on est sûr du succès. Mais je vous remercie surtout de cette visite, passionnante, bien sûr, trop brève, mais ô combien éclairante sur vos capacités, sur votre savoir-faire.

Je n’ai donc pas pu rencontrer tout le monde, la prochaine fois, on fera ça au Stade Vélodrome, vous me disiez en effet qu’il y a ici un peu plus de 8 800 personnes qui travaillent. J’ai déjà cependant rencontré, trop brièvement, des femmes et des hommes passionnés – bien sûr, il y a les meilleurs ouvriers de France ! Il y a quelques semaines, j’étais en Meurthe-et-Moselle, et je rencontrais les meilleurs ouvriers de France dans la verrerie, dans cette belle entreprise qu’est BACCARAT ; là, les meilleurs ouvriers de France à AIRBUS.

Le mérite, l’effort, le savoir-faire, la transmission de ce que vous avez appris à d’autres, on en parlait, pour les apprentis, c’est tout à fait essentiel. L’effort, le travail sont des valeurs, et j’ai rencontré sur les chaînes des femmes – 2 % et quelques, mais ça va venir ! – des femmes et des hommes passionnés, fiers de cette maison, AIRBUS HELICOPTERS, des produits qu’ils conçoivent, des technologies qu’ils développent, et de la machine, de l’hélicoptère, bien évidemment, parce que, nous le disions également, c’est un outil, c’est une machine, c’est un produit incroyable.

Vous tous ici, ingénieurs, techniciens, opérateurs, vous êtes les forces vives de l’un des tout premiers constructeurs d’hélicoptères ; des hélicoptères produits ici, et vendus partout dans le monde, même si la concurrence est difficile. J’ai pu avoir un aperçu de ce que vous faites, j’ai vu comment on assemble un Super Puma, et je suis bien sûr très heureux, très fier, avec les quatre ministres qui sont ici, Najat VALLAUD-BELKACEM, Emmanuel MACRON, Alain VIDALIES et Myriam El KHOMRI, d’avoir pu découvrir le premier prototype – je ne doute pas que le ministre de la Défense va être très jaloux, vous l’aviez dévoilé au Salon Heli-Expo d’Orlando, en mars dernier, mais ce n’était alors qu’une maquette en bois – le premier prototype, donc, nous le découvrons ici, de l’hélicoptère H160, avec son rotor tournant. J’ai failli le piloter, ne vous inquiétez pas, ça n’a pas démarré. Cet hélicoptère, c’est, plus sérieusement, la rencontre entre les savoir-faire d’AIRBUS HELICOPTERS et ceux de SAFRAN TURBOMECA, ainsi que de tous les sous-traitants – et nous le disions, ils sont nombreux. Avec ce projet, vous engagez le renouvellement de votre gamme sur le segment stratégique de ce qu’on appelle, et le nom est trompeur, je le dis notamment pour la presse, les hélicoptères « moyens », les fameux hélicoptères Dauphin, et j’y ai vu en effet une très grande maîtrise technologique.

Votre réussite, c’est celle d’une entreprise française et européenne, qui fait – et nous le savons – le pari de l’innovation. Une entreprise française, mais aussi un peu, bien sûr, marignanaise, puisque c’est ici qu’EUROCOPTER est née, et vous avez su vous ancrer dans votre territoire, géographiquement – puisque vous vous étendez quand même sur 80 hectares – et économiquement, puisque vous êtes le premier établissement industriel et le premier employeur privé de la région.

Vous faites la preuve, si besoin en était, que le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence est l’un des poumons économiques de notre pays. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur connaît aussi la plus forte croissance en France, je le rappelais à l’instant à Marseille en signant le contrat de plan Etat-région.

Et votre horizon se prolonge bien au-delà ! AIRBUS HELICOPTERS est ouverte sur le monde, et pour cause, puisqu’à l’origine d’EUROCOPTER, il y a la volonté de l’entreprise française AEROSPATIALE et de l’entreprise allemande DEUTSCHE AEROSPACE d’unir leurs compétences pour avancer ensemble. Je sais que vous travaillez de très près avec les autres sites du groupe, notamment en Allemagne.

Et puis votre groupe fait 72 % de son chiffre d’affaires à l’export ! Vous avez, ces derniers temps, rencontré de beaux succès, malgré la conjoncture économique internationale, avec la baisse du prix du pétrole qui évidemment a des effets très positifs dans certains domaines, mais qui peut avoir aussi – ne l’oublions pas – des effets sur d’autres marchés qui peuvent être plus gênants, et qui peuvent poser des problèmes aux entreprises.

Mais vous rencontrez ces derniers temps de beaux succès. Pas plus tard qu’en mars, vous annonciez avec le gouvernement coréen une coopération pour le développement conjoint d’un projet civil et militaire, pour un montant indicatif d’1,5 milliard d’euros. Vous avez également été sélectionné pour un appel d’offres visant à livrer 70 hélicoptères Caracal – un hélicoptère incroyable – à la Pologne. La campagne d’évaluation, vous le disiez, a débuté, avant, nous l’espérons, la signature définitive du contrat. J’étais en Pologne il y a quelques semaines, avant ces annonces. Le gouvernement polonais a fait ce choix – la concurrence est forte, parfois brutale, mais le gouvernement l’a fait et a pris la meilleure offre, notamment sur le plan technologique. C’est très important que ce processus aille jusqu’au bout, puisque votre implantation en Pologne est un élément stratégique pour le groupe. Et puis, d’autres campagnes d’export majeures sont en cours, d’autres rendez-vous – des annonces ont été faites concernant le Mexique, par exemple – pourront être conclus, je l’espère, dans les semaines et dans les mois qui viennent. Je ne vais pas tous les citer, car vous les connaissez, ces succès, ce sont d’abord bien sûr les vôtres.

Et les pouvoirs publics entendent accompagner AIRBUS HELICOPTERS dans ses projets et dans son développement.

D’abord, justement, dans le domaine de l’export. Aux industriels, bien sûr, la responsabilité de développer, de produire et de vendre. Mais à l’Etat celle de créer – et c’est tout le sens de nos déplacements, ceux de Laurent FABIUS, de Jean-Yves LE DRIAN, d’Emmanuel MACRON, du président de la République ou de moi-même – de créer des relations de confiance avec les gouvernements étrangers, avec d’autres fournisseurs. Ces relations de confiance sont indispensables pour concrétiser ces contrats. Et nous y travaillons, ensemble, sans relâche. C’est cela une politique industrielle : c’est cette relation de confiance, Emmanuel MACRON le souligne souvent, entre les industriels et l’Etat. Il ne s’agit pas de faire des annonces prématurées, il s’agit de présenter tous nos atouts, et c’est vrai dans le domaine militaire, c’est vrai dans le domaine nucléaire, c’est vrai dans le domaine civil : nous devons être capables d’être les plus performants et les meilleurs, dans un monde où il y a beaucoup de concurrents. Et moi, je me félicite de ce travail, et les succès que nous rencontrons – c’est vrai pour la vente des Rafale, c’est vrai évidemment pour vos hélicoptères – montrent cette capacité de travailler ensemble.

Nous avons ensuite apporté 215 millions d’euros en avance remboursable pour que ce magnifique projet d’hélicoptère H160 puisse voir le jour. Je l’ai connu d’abord sous son nom de code – X4, on peut le donner ! Le programme d’investissements d’avenir (PIA) a ainsi bénéficié à AIRBUS HELICOPTERS, mais aussi à THALES, SAGEM et DAHER, les principaux équipementiers de ce chef-d’œuvre de technologie.

En outre, nous avons consacré, pour soutenir l’innovation, toujours via le programme d’investissements d’avenir, 300 millions d’euros de subventions à des travaux de recherche en amont. Et les ministres de l’Economie comme la ministre de la Recherche sont évidemment attentifs au fléchage du PIA et au soutien à l’innovation. Car c’est en soutenant l’innovation la plus pointue, avant même qu’elle ne soit intégrée à un projet industriel, que nous pouvons garder une longueur d’avance et préparer l’avenir. Pourquoi est-ce que, par exemple, je soutiens la filière nucléaire ? Pourquoi est-ce que je suis très attentif à ce que nous soyons les plus performants possible dans la capacité de vendre des équipements, des produits militaires ? C’est parce que non seulement c’est bon, je vais y revenir, pour la balance commerciale, non seulement c’est bon pour l’image de la France et donc pour créer de l’emploi, mais nous sommes aussi sur ces secteurs en capacité d’être les plus performants en matière de recherche et développement et d’innovation.

Et puis, après tout, le meilleur moyen de soutenir AIRBUS HELICOPTERS, et c’est le plus grand signe de confiance que nous pouvons vous accorder, c’est d’acheter vos produits ! Nous sommes donc, pour répondre aux besoins de la défense, vos clients. L’activité militaire représente d’ailleurs environ 50 % de votre activité pour la France et l’export.

Les engagements renouvelés pris par le Gouvernement – c’était une décision du président de la République – sur le budget de la Défense vous donnent, c’est essentiel, de la visibilité sur votre plan de charge, ici à Marignane. C’est fondamental et j’imagine que les élus y sont attentifs également.

Et nous avons décidé récemment de commander sept hélicoptères Tigre supplémentaires, dont la livraison interviendra en 2017-2018, et six hélicoptères NH90, livrés entre 2017 et 2019. C’est ce que prévoit l’actualisation de la loi de programmation militaire, dont les débats vont commencer dans quelques jours à l’Assemblée nationale, présentée en Conseil des ministres il y a une semaine. Et c’est une nouvelle preuve de l’importance qu’accordent nos armées à ce que vous faites ici. Vous êtes donc tous ici, vous le savez, des acteurs directs ou indirects de notre sécurité nationale.

Si nos forces sont aussi efficaces sur les théâtres d’opérations extérieures, c’est notamment grâce à la qualité de leurs équipements, et donc grâce à vous. Il est évident qu’une opération réussie – sur la décision du chef de l’Etat d’envoyer nos troupes combattre le terrorisme au Mali, opération militaire saluée par tous – c’est une démonstration de la bravoure de nos soldats et c’est aussi une démonstration de la capacité de nos équipements. C’est bien pour nos valeurs, pour combattre les terroristes, mais c’est bien aussi pour montrer le savoir-faire français et celui de votre industrie.

Vous le voyez, nous soutenons la base industrielle de défense, nous soutenons l’industrie française pour qu’elle soit plus forte, plus compétitive, plus innovante ; car c’est une condition essentielle pour retrouver la croissance économique et donc agir pour l’emploi.

La France est une grande nation industrielle et elle doit le rester. Notre industrie, quand elle sait se positionner, quand elle s’appuie sur des usines modernes et ouvertes à l’international, avec un dialogue social, je crois l’avoir constaté, de grande qualité, sait rencontrer de grands succès. C’est le cas dans le secteur du luxe, c’est le cas bien sûr dans l’aéronautique – Alain VIDALIES y veille aussi et vous en faites la démonstration.

C’est ce mouvement que nous avons voulu encourager en baissant le coût du travail, et en agissant également sur la fiscalité. Le CICE et le Pacte de responsabilité et de solidarité, ce sont 40 milliards d’euros en quatre ans pour que les entreprises puissent à nouveau investir, innover, conquérir des parts de marché et donc embaucher. Pour qu’elles soient également mieux armées pour affronter la concurrence mondiale. Nous avons aussi engagé un grand chantier de simplification, car trop de normes entravent notre activité économique.

Nous réformons ensuite le marché du travail, avec les partenaires sociaux, pour lui apporter plus de souplesse et donc, là encore, pour créer des emplois. Une première étape a été franchie avec la loi sur la sécurisation de l’emploi, qui donne notamment plus de flexibilité aux entreprises qui traversent une passe difficile, tout en introduisant des droits nouveaux pour les salariés.

Le projet de loi sur le dialogue social poursuit cette réforme du marché du travail en rationalisant notamment les obligations d’information et de consultation des représentants du personnel. Un meilleur dialogue social, c’est aussi, vous le savez notamment ici à AIRBUS, un gage de compétitivité !

Ce projet de loi porte également la simplification du nouveau compte pénibilité : les chefs d’entreprise auront jusqu’au 1er juillet 2016 pour mettre en œuvre ces droits nouveaux que nous garantissons aux salariés qui portent des charges lourdes, subissent du bruit ou des vibrations mécaniques, manipulent des agents chimiques dangereux. Ils pourront ainsi partir à la retraite jusqu’à deux ans plus tôt. C’est une grande avancée ! Et nous veillons à en simplifier au maximum la mise en œuvre pour que le travail soit facilité pour les chefs d’entreprise et notamment ceux des PME-TPE ; vous en savez quelque chose, puisque vous avez beaucoup de sous-traitants qui travaillent avec vous. Nous devons rendre notre économie plus compétitive, notre marché du travail plus souple.

La croissance est en train de revenir, mais cette croissance doit créer de l’emploi. Or, malheureusement, le chômage continue à augmenter. Nous pouvons nous retrouver face à ce défi d’un retour de la croissance sans création d’emplois. Et donc tout ce que nous devons faire, nous, au Gouvernement, c’est de créer le cadre le plus propice pour les entreprises, pour qu’elles puissent gagner des parts de marché et embaucher, former. C’est cette transmission des savoirs que j’évoquais. C’est également contractualiser avec des établissements scolaires, avec des centres de formation et d’apprentis, notamment dans les quartiers populaires. C’est l’engagement de Najat VALLAUD-BELKACEM et de Myriam El KHOMRI, parce qu’on doit essayer de répondre à l’attente d’une partie de notre jeunesse.

Nous voulons, et je termine, plus spécifiquement agir pour l’industrie, pour relancer l’investissement industriel. Nous avons pour cela annoncé et immédiatement mis en œuvre, en avril dernier, un dispositif fiscal exceptionnel pour les entreprises qui investissent dans leur outil de production. Grâce à ce mécanisme, elles pourront investir 15 % de plus pour le même coût – et je les invite à le faire !

Nous avons également, avec Emmanuel MACRON, lancé la seconde phase du vaste programme de la Nouvelle France Industrielle. Il s’agira concrètement d’accompagner, pendant deux ans, 2 000 entreprises dans la modernisation de leur outil industriel ; de leur permettre d’être plus automatisées, connectées, plus sobres sur le plan environnemental – en un mot, là aussi plus compétitives. Elles pourront ainsi mieux répondre aux attentes des consommateurs et s’ouvrir davantage sur les marchés internationaux. C’est ce que nous appelons l’Industrie du Futur.

Et puis, soutenir l’industrie, soutenir les investissements, c’est s’assurer que les projets innovants bénéficient des financements adéquats ! C’est pourquoi nous avons, dès 2012, créé la Banque publique d’investissement. Elle accompagne en particulier les PME et les ETI dans leur développement, dans leur activité à l’export – les sous-traitants d’AIRBUS HELICOPTERS le savent !

Mesdames, messieurs, cette visite se termine, mais dans 15 jours, nous nous reverrons au salon du Bourget. Et on me dit que, là aussi, nous entendrons parler de projets d’avenir pour AIRBUS HELICOPTERS. Inutile d’en dire plus à ce stade. Je vous dirai seulement qu’une bonne nouvelle ne vient jamais seule, et que j’ai veillé personnellement à ce que l’Etat réponde présent. Présent comme toujours, lorsqu’il s’agit d’encourager l’ambition et l’innovation industrielle !

Car notre industrie, c’est une grande part de notre rayonnement économique, technologique, diplomatique. Elle est ce qui fait de la France une grande puissance. Elle est une source de fierté pour nous tous, et aussi un gage de confiance, car la France démontre ici – grâce à vous – qu’elle a toutes les cartes en main pour peser à l’échelle du monde.

La France est une grande puissance par son histoire, par sa langue, par sa culture, c’est une grande puissance économique et industrielle. La France a une parole qui est respectée dans le monde grâce à sa diplomatie, grâce à ses armées. Mais si la France est forte, c’est grâce d’abord aux hommes, aux femmes qui travaillent, qui la font vivre, qui produisent, qui donnent cet élan indispensable qu’on sent ici.

Et alors que beaucoup veulent nous inviter à nous replier sur nous-mêmes, qui sont en permanence dans ce "French bashing" qui n’a rien à voir avec la réalité que nous vivons – même s’il faut être lucide sur un certain nombre de difficultés dans notre pays – ni avec les réformes que nous devons continuer à accomplir, je veux voir ici, sur ce site, devant vous – je suis très sincèrement très fier d’être avec vous avec quatre membres du Gouvernement – une preuve éclatante que nous devons regarder le monde avec un très grand optimisme quant à ses opportunités.

Quand on vient ici, on est fier d’être français et européen, on est fier d’être devant des hommes et des femmes qui font vivre ce qu’il y a de meilleur dans notre pays.

Alors merci encore à vous tous pour ce beau message, et pour votre accueil. Bonne chance pour la suite et vive AIRBUS HELICOPTERS ! Merci beaucoup.
 
 
Discours du 29 mai 2015, Visite d'Airbus Helicopters à Marseille