13 mars 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Comité interministériel à la ruralité à Laon

"Les territoires font la vitalité, la richesse de notre pays. A nous désormais, grâce à toutes ces mesures, de reconnaître cette richesse et de la préserver."
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Mesdames et Messieurs,
 
Puisque nous sommes dans l’Aisne, je veux – permettez-moi de le faire – saluer d’abord la mémoire d’Edouard GILLES, ingénieur du son, originaire de ce département et qui est, vous le savez, une des dix victimes, un des huit Français victimes de cet accident dramatique d’hélicoptère en Argentine, il y a quelques jours. Il laisse deux enfants et une épouse dans la douleur, et au nom du Gouvernement, nous souhaitions témoigner à sa famille et à ses proches tout notre soutien, toute notre compassion et toute notre solidarité.
 
L’égalité, Mesdames et Messieurs, est une priorité de mon Gouvernement, car nous avons une belle exigence : celle de tenir la promesse républicaine. Tenir cette promesse, c’était l’objectif du rendez-vous de la semaine dernière autour des questions d’égalité et de citoyenneté, préparé tout particulièrement par les ministres Patrick KANNER et Myriam EL KHOMRI.
 
Tenir cette promesse, c’est aussi la raison d’être de notre rendez-vous aujourd’hui. Car l’égalité passe par la cohésion de tous les territoires – je dis bien : de tous les territoires – qui composent la France. Elle passe aussi par la reconnaissance de l’atout que le monde rural, que les ruralités représentent pour notre pays. Nous avons une conviction, les membres du Gouvernement et moi, c’est celle aussi du président de la République : les ruralités, avec toute la diversité des paysages, des métiers, des traditions, sont autant de chances pour la France, autant de territoires d’avenir. Un avenir auquel l’Etat, les services publics, aux côtés des collectivités territoriales, doivent contribuer pleinement. C’est pour cela que, dès septembre 2014, nous avons lancé les Assises des ruralités, pilotées par la ministre Sylvia PINEL.
 
Ces Assises ont été utiles à plusieurs titres. Elles ont permis d’abord de montrer les nouveaux visages de nos campagnes, de nos territoires. Si trois quarts de la population française se concentrent sur un cinquième du territoire, les aires urbaines, en grandissant, se complexifient, les frontières traditionnelles entre ville et campagne s’estompent. Voilà des faits géographiques qui paraissent évidents, qui ont fait l’objet d’ailleurs de nombreuses études dont la presse s’est faite l’écho, mais dont nous devons tirer toutes les conséquences dans les politiques publiques que nous menons en faveur des ruralités.
 
Les Assises ont permis aussi d’entendre les préoccupations, les inquiétudes, les angoisses. Les préoccupations, ce sont bien sûr les distances pour amener ses enfants à l’école, pour aller travailler, accomplir ses démarches administratives ou consulter un médecin. S’y ajoutent l’angoisse que ces services s’éloignent, que la jeunesse parte, faute de formations disponibles, faute d’avenir. Les préoccupations, ce sont aussi l’accès au numérique, aux loisirs, à la culture. Les préoccupations, ce sont enfin les questions de sécurité, avec une délinquance qui a surgi au cours de ces dix dernières années dans des lieux où, jusqu’à présent, elle était inconnue ou quasiment inconnue.
 
Ces Assises ont permis d’esquisser des premières réponses concrètes, notamment en s’inspirant des initiatives qui existent déjà et qui ont montré leur utilité pour les habitants. Elles ont permis enfin de redéfinir les principes qui doivent guider les politiques publiques dans ces territoires, dans les ruralités.
 
Le premier principe, c’est de refuser toute opposition entre les territoires et de n’en abandonner aucun.
La France a besoin de métropoles fortes et insérées dans la compétition internationale. Elle a tout autant besoin de territoires urbains et périurbains solides. Métropoles et territoires doivent se développer en harmonie pour assurer la cohésion sociale, territoriale de notre pays – sa cohésion nationale.
 
Les espaces ruraux ne sont pas de simples espaces résidentiels ou récréatifs. Ils ne constituent pas – permettez-moi cette expression – l’arrière-cour de l’urbain. La République, c’est une même attention portée à tous, et en particulier aux territoires qui font face aux difficultés. Elle doit, dans les territoires les plus vulnérables, réinventer ses modes d’action et déployer aussi des moyens nouveaux.
 
Le second principe, c’est celui de la responsabilité des territoires. Il ne s’agit plus de saupoudrer les subventions, comme c’était trop souvent le cas par le passé, mais bien de travailler dans une logique de contrat, de partenariat, en apportant des financements à des projets clairement identifiés. Cela ne signifie en rien que l’Etat se désengage en matière d’aménagement du territoire. Au contraire, c’est une action publique plus ciblée, plus efficace, plus lisible pour nos concitoyens, et c'est le sens des réformes territoriales que nous avons engagées pour les régions, 13 désormais, pour les grandes métropoles, mais aussi pour leurs compétences, qui ont déjà fait l’objet d’un vote au Sénat et à l’Assemblée nationale à travers la loi NOTRe portée par Marylise LEBRANCHU et André VALLINI.
 
L’Etat et les collectivités territoriales doivent mieux travailler ensemble. Et cela passe par une meilleure articulation des différentes politiques, sectorielles ou territoriales, et par une plus grande complémentarité. Après le temps de l’écoute, de la réflexion, de la rencontre – avec des associations d’élus, avec les parlementaires qui ont beaucoup travaillé sur ces questions –, des premières initiatives, vient aujourd’hui le temps de l’action, des décisions et des mesures. Une action pour réparer, chaque fois que la promesse d’égalité n’est pas tenue. Une action aussi pour replacer nos campagnes, ses territoires au cœur de notre projet pour la France. Et c’est pour cela que nous tenons cette réunion ici, à Laon, dans l’Aisne et en Picardie, région qui a eu souvent le sentiment d’être abandonnée ; beaucoup d’habitants ont parfois ce sentiment. Ce sont toutes ces actions que je vais détailler devant vous.
 
Une première série de mesures vise à garantir à tous un accès égal au service public. L’avenir, nous le savons bien, c’est le regroupement des moyens, condition d’un service de qualité, mais aussi, je viens de le dire, le renforcement des liens entre l’Etat et les collectivités territoriales. Nous voulons d’abord, avec Marisol TOURAINE, lutter contre les déserts médicaux, et cette expression, je crois, illustre bien le sentiment d’abandon que je viens d’évoquer. Pour lutter contre les déserts médicaux, nous devons rendre les territoires ruraux plus attractifs pour le personnel médical. Nous avons commencé d’agir en ce sens. C’est l’objectif des maisons de santé qui regroupent en un seul endroit plusieurs disciplines médicales. Pour les médecins, c’est une incitation à s’installer dans ces territoires. Pour les patients, c'est un accès plus facile aux médecins spécialistes. Les habitants et les élus nous ont dit leur satisfaction devant ces dispositifs qui fonctionnent. La qualité des soins passe aussi par le développement d’une offre renouvelée, et nous devons aller plus loin. Plus loin pour que des jeunes médecins s’installent et qu’ils restent, et nous le disions il y a quelques jours avec la ministre, il y a beaucoup d’enthousiasme chez les jeunes médecins, aujourd’hui, à travailler dans ces maisons de santé. Plus loin pour rendre les carrières en milieu rural attractives. Mille deux cents bourses seront versées aux étudiants pour qu’ils s’engagent à s’installer en milieu rural ; ce sont les contrats d’engagement de service public. Les 200 maisons de santé supplémentaires – pour atteindre cet objectif de 800 à la fin de l’année – leur permettront d’exercer leur spécialité de manière coordonnée et de rapprocher l’offre de soins des patients.
 
Les nouvelles technologies offrent également de nouvelles possibilités. Des expérimentations en télémédecine seront lancées en 2015. Ces méthodes innovantes permettront au patient d’éviter de se déplacer. Et s’il doit se déplacer, elles permettront de réduire les délais d’attente pour une consultation. En 2015, l’accès aux soins urgents en moins de trente minutes sera une réalité pour un million de personnes en plus. Toutes ces mesures, grâce à un partenariat renouvelé entre les élus et les Agences régionales de santé, c’est une offre de soins répondant mieux aux besoins des territoires isolés.
 
Regroupement des moyens, renforcement des partenariats, c’est aussi dans cette logique que nous allons accélérer le déploiement des maisons de services au public qui accueillent différents services : Pôle emploi, la Caf, EDF, GDF. Ceci permettra de simplifier considérablement la vie des usagers, et nous allons visiter en tout début d’après-midi une de ces maisons de services au public. Monsieur le président du Conseil général a veillé sur elle !
 
L’objectif, là aussi, est d’atteindre 1 000 maisons en 2016. La Poste propose de loger des maisons de services dans ses bureaux. Tout le monde connaît l’importance du réseau postal et le rôle irremplaçable qu’il joue dans le quotidien des territoires ruraux. Nous avons décidé, de manière pragmatique, d’en tirer parti. Des bureaux de Poste, aujourd’hui en déficit d’activité, pourront accueillir dans les zones rurales et de montagne des maisons de services au public. Elles devront répondre à un cahier des charges précis sur la qualité du service délivré aux usagers. Cette présence de services publics, nous y travaillons avec Sylvia PINEL, les ministres Marylise LEBRANCHU et Bernard CAZENEUVE, et bien sûr, avec Thierry MANDON.
 
Nous devons agir pour imaginer aussi de nouvelles manières de rendre le service public plus proche des citoyens, plus proche des usagers. C'est par exemple cette belle idée des services publics itinérants ou mobiles qui vont aux citoyens et non l’inverse. Une mission sera confiée très prochainement à un député du Pas-de-Calais, Nicolas BAYS, pour préciser le plus rapidement possible cette démarche.
 
Troisième domaine d’action, après la santé et les services au public : l’éducation, ce sont les propositions portées par Najat VALLAUD-BELKACEM. Et si nous étions ce matin tôt à Soissons, au collège Lamartine, c’était non seulement pour présenter la réforme du collège, à partir de l’expérimentation menée dans ce collège, mais aussi pour bien montrer notre attention à tous les collèges de France, et dans ce département de l’Aisne en particulier, où le Conseil général fait beaucoup pour l’éducation.
 
Il y a aujourd’hui une école primaire dans deux communes sur trois. Les écoles offrent bien plus que des leçons ou des savoirs aux élèves. Elles sont aussi, et peut-être plus encore en milieu rural, des lieux qui favorisent le lien social. Des lieux où les familles se rencontrent, nous l’avons vu ce matin. Pour inscrire dans la durée la présence de ces écoles, des conventions pluriannuelles seront conclues avec les élus locaux. Mais cela ne suffit pas. Ces écoles doivent bénéficier de moyens supplémentaires. Elles ont d’ailleurs déjà des moyens supplémentaires, je pense aux 20 réseaux d’éducation prioritaire qui existent dans les territoires ruraux pour mieux les accompagner, et je pense également à la réforme des rythmes scolaires ou au raccordement à l’internet haut débit pour les écoles les plus isolées.
Nous devons également veiller à ce que les collèges offrent des enseignements de qualité, suffisamment diversifiés. Un juste équilibre doit être trouvé avec les collectivités et les autorités académiques entre le nombre de collèges, et donc leur accessibilité, la qualité pédagogique et la mixité sociale. En matière d’éducation ou de culture – et je vous renvoie aux propositions que nous faisons dans ce domaine-là avec Fleur PELLERIN dans le dossier qui vous a été distribué – l’Etat doit assumer pleinement ses responsabilités.
 
C’est vrai également en matière de sécurité, pour lutter contre la délinquance qui touche le monde rural. Cela a été une priorité quand j’étais place Beauvau, et c'est évidemment la priorité de Bernard CAZENEUVE, en lien avec Stéphane LE FOLL. La gendarmerie, grâce à la densité de son maillage territorial, a développé des stratégies spécifiques qui reposent sur l’élaboration de plans départementaux et, là aussi, sur le renforcement des partenariats. L’intensification des contrôles aboutit à des interpellations et au démantèlement de trafics, en particulier liés aux vols d’engins agricoles, à destination de certains pays de l’ex-Europe de l’Est. Depuis 2013 – parce que dans l’action politique, ce qui est important, ce sont les résultats – les vols dans les exploitations agricoles, qui connaissaient une hausse significative et continue depuis 2009, ont été contenus. Les deux premiers mois de l’année 2015 affichent même une nette diminution avec moins 12,18 %, c'est-à-dire 175 faits en moins.
 
La mise en œuvre du Plan de lutte contre les cambriolages a permis, à l’été 2014, de stopper la hausse des cambriolages en enregistrant, pour la première fois depuis 2009, une baisse. Une tendance qui se maintient depuis le 1er janvier 2015 avec moins de 5 105 faits constatés, soit une baisse de 8 %, qu’il s’agisse des résidences principales ou des locaux industriels et commerciaux.
 
D’autre part, l’approche partenariale développée avec des polices municipales, des opérateurs comme la SNCF et la participation de la population à travers des dispositifs tels ceux des « voisins vigilants » se révèlent fructueuses et pérennisent les dispositifs mis en œuvre. Mais il nous faut aussi nous attaquer à d’autres priorités pour lesquelles on a pu constater des hausses, notamment les violences au sein même des familles, et les violences faites aux femmes ; c’est un des sujets que nous avons abordés à l’occasion du Comité interministériel avec Pascale BOISTARD.
 
Tous ces dispositifs, qui montrent leur efficacité, avec des résultats qui rendent crédible l’action que nous avons engagée, doivent être amplifiés, et l’ensemble des services de l’Etat doit être mobilisé.
 
La ruralité est encore trop souvent synonyme d’isolement et d’enclavement. La mise en place d’une offre de transport collectif y est plus difficile et la voiture est souvent le principal mode de transport. Qui dit véhicule individuel, dit stations-services. Pourtant, leur nombre a été divisé par trois au cours des vingt-cinq dernières années. Les difficultés d’approvisionnement sont devenues une préoccupation pour de nombreux habitants des territoires ruraux. Nous intensifierons donc les efforts pour maintenir des petites stations-services indépendantes. Huit cent soixante-et-onze stations clés ont été identifiées sur tout le territoire.
 
Regrouper les moyens existants, renforcer les partenariats, généraliser les expérimentations qui fonctionnent, c’est ainsi que nous garantirons à tous l’accès aux services publics. Mais il faut également des moyens supplémentaires. C’est pour cette raison – je l’ai annoncé lors du Congrès des maires à Paris à l’automne dernier – que la dotation d’équipement des territoires ruraux, pour les investissements des communes, sera augmentée, vous le savez, de 200 millions d’euros. Et je sais que le département de l’Aisne en bénéficiera.
 
La deuxième série de mesures vise à donner aux territoires ruraux les moyens pour aller de l’avant, pas en leur imposant des choix mais en leur permettant de conduire leur propre développement, en leur permettant d’investir dans les personnes et dans les projets. Le désir d’entreprendre est fort sur les territoires, mais parfois, entreprendre est compliqué et difficile ; et pourtant, c’est indispensable si nous voulons créer de l’emploi, si nous voulons nous attaquer au chômage. C’est pourquoi nous avons annoncé la semaine dernière la création de l’Agence de développement économique, pour soutenir l’initiative et le développement économique. Vous le savez, c’est une volonté exprimée déjà par le président de la République. Cette Agence tiendra compte des besoins spécifiques des quartiers et des territoires fragiles, et travaillera en lien avec les collectivités locales. Cela concerne donc aussi les territoires ruraux.
 
On considère trop souvent que l’accès à internet, l’accès même à un réseau de téléphonie va de soi. C’est pourtant loin d’être le cas. La fracture territoriale, c’est aussi – Axelle LEMAIRE nous le rappelait – la fracture numérique. Ce sont des ménages qui ne peuvent toujours pas téléphoner à l’intérieur de leur maison. Ce sont des entreprises de ces territoires qui partent avec un handicap. Ce sont des entreprises qui auraient bien voulu s’installer, mais qui ne peuvent pas le faire. Ce sont aussi, ne l’oublions pas, des personnes isolées et notamment des personnes âgées, des retraités. Ils sont pourtant, aujourd’hui dans le pays, parmi les plus demandeurs de ce type d’outil moderne – qui doit partout exister ; il faut apporter des réponses concrètes.
 
Le plan Très Haut Débit était un engagement du président de la République. C’est un plan massif, sans comparaison avec ce qui a pu être mené au cours de ces dernières années et sans comparaison avec ce qui est parfois engagé en Europe. Il est aujourd’hui en cours de déploiement, il concerne déjà 86 départements dont 4 dans les Outre-Mer. Il faut évidemment maintenant que les projets soient présentés, acceptés, financés. Je veux, de ce point de vue-là, rappeler le rôle essentiel des Conseils départementaux. Je vous rappelle que l’Etat engage 3,3 milliards d’ici à 2022 ; que les collectivités territoriales engagent une somme plus importante – 3,5 milliards ; et que les opérateurs se sont engagés sur 12 milliards.
 
Nous agissons également pour le réseau de téléphonie, avec un principe simple, compréhensible me semble-t-il par tout le monde : on doit pouvoir téléphoner partout où l’on réside. Pour cela, nous allons achever la couverture de ces zones dites « zones blanches » où la téléphonie mobile ne passe pas. L’ensemble des communes de France seront ainsi couvertes d’ici à la fin de l’année 2016, en 2G mais aussi en 3G. Il n’y aura donc plus de zones blanches en France. Les opérateurs doivent pour cela s’engager, se coordonner davantage. S’ils n’y parviennent pas, le Gouvernement prendra ses responsabilités et cette obligation sera inscrite dans la loi. Les opérateurs doivent également mettre en œuvre des solutions accessibles pour couvrir l’intérieur des logements.
 
Parler de développement rural, c’est également bien sûr soutenir l’agriculture qui doit rester – et Stéphane LE FOLL le dira encore mieux que moi – le pilier du développement local. La clé, c’est de privilégier les produits locaux dans notre alimentation, de développer les circuits courts, les circuits de proximité. La restauration collective doit donner l’exemple. Nous fixons aujourd’hui un objectif clair : atteindre 40 % de produits locaux d’ici à 2017. Pour cela, nous avons élaboré avec le ministre plusieurs pistes d’action.
 
Les producteurs locaux doivent pouvoir participer plus facilement aux marchés publics – je pense notamment aux cantines – pour se regrouper et vendre leurs produits directement aux habitants du coin. La loi Consommation a créé les magasins de producteurs. Le secteur agricole est ainsi en contact plus rapproché avec la vie locale. Nous devons également valoriser les produits locaux en développant les critères objectifs de qualité – label rouge, AOC, AOP. Nous discuterons de toutes ces questions comme de la mise en œuvre de la loi d’avenir dans un instant.
 
Enfin, sur ce sujet-là – parce que je sais que c’est un sujet de consommation, et le ministre nous le rappelait –, il me paraît important de souligner, de rappeler la revalorisation des retraites agricoles dès octobre 2015, avec l’objectif, pour 2017, d’atteindre pour ces retraites agricoles 75 % du SMIC. C’est aussi un sujet de préoccupation et c’est aussi un engagement que le Gouvernement met en œuvre.
 
Permettre à tous les territoires de construire leurs projets, c’est aussi accompagner ceux qui en ont besoin, accompagner les plus fragiles. Nous devons leur donner les outils nécessaires pour structurer leurs projets, souvent plus complexes, les financer pour adopter la trajectoire qui leur convient le mieux. C’est l’objectif du nouveau dispositif « appui interministériel au développement et à l’expertise en espace rural » - cela donne, vous l’avez peut-être compris, le joli sigle AIDER ! – qui se développera dans les départements en fort déficit d’ingénierie. C’était une recommandation du sénateur Alain BERTRAND. Ce dispositif d’appui pourra intervenir dans de nombreux domaines pour établir des diagnostics, pour élaborer les stratégies territoriales. Il permettra également de préparer des candidatures à des appels à projets, d’accompagner des processus de mutualisation. Il pourra enfin aider les territoires à organiser leur propre capacité d’ingénierie. Pour cela, les fonctionnaires de l’Etat seront mis à disposition des préfets de région pour une mission pouvant aller jusqu’à deux ans. Ce dispositif sera articulé avec les acteurs locaux et les sous-préfectures. Oui, accompagner les projets, mettre en œuvre un partenariat entre l’Etat et les collectivités, rapprocher les moyens, c’est ainsi que les territoires pourront se développer.
 
Mesdames, Messieurs, la croissance démographique dans la France rurale de 2015 est forte ; contrairement à ce que l’on peut croire, elle est plus rapide souvent que celle du reste de la population française. On ne peut certes pas parler d’exode urbain, cela serait exagéré ! Mais partout en France, les territoires ruraux accueillent à nouveau des familles, des actifs, des retraités. Cette évolution est historique. Elle fait émerger une nouvelle géographie de la France rurale que nous devons accompagner.
 
Les métropoles doivent être des locomotives pour leur territoire et les territoires ruraux doivent être des atouts pour ces métropoles. C’est le but d’une troisième série de mesures.
 
Le Gouvernement a engagé une nouvelle génération de contrats de plan Etat-région, vous le savez. L’objectif est pour l’Etat d’investir dans les régions mais aussi avec les régions, dans une logique de partenariat. Ces contrats de plan doivent garantir le développement de tous les territoires, et j’insiste sur « tous les territoires » : c’est l’objectif de leur volet territorial, qui réunit près de 2 milliards d’euros de crédits de l’Etat et des régions. Contrairement à ce que parfois j’entends ou je lis, l’Etat est donc au rendez-vous de ces territoires, y compris sur le plan financier. Il s’agit d’aider les territoires les plus en avance à jouer un rôle moteur ; il s’agit aussi d’apporter une attention spécifique aux territoires les plus fragiles pour leur donner les moyens de s’insérer dans les dynamiques régionales. Les bourgs-centres, ces localités à mi-chemin entre le village et la ville, jouent un rôle essentiel dans les territoires ruraux – monsieur le ministre LE FOLL et madame la ministre PINEL le savent bien, ils ont beaucoup soutenu cette idée. Ces bourgs-centres animent et fédèrent les espaces qui les entourent, tout comme le font les villes moyennes. Nous devons donc nous appuyer sur ces bourgs-centres et ces villes moyennes pour bâtir un maillage équilibré du territoire. Leur dynamisme, leur revitalisation – je pense bien sûr au commerce, à l’artisanat, l’habitat – seront par conséquent un axe majeur de notre politique d’aménagement du territoire. Dans cette politique, il y a une priorité, c’est le tourisme, pour accueillir dans les meilleures conditions possibles ceux qui viennent visiter nos belles régions.
 
Le Gouvernement encourage les coopérations aussi et les échanges entre territoires urbains et ruraux. Nous avons décidé d’expérimenter un nouveau dispositif, les « contrats de réciprocité ville/campagne », avec des communes et des intercommunalités volontaires, pour identifier les chantiers communs. Cela peut être un CHU en ville qui se met en réseau avec une maison de santé rurale, des cantines qui coopèrent avec des agriculteurs locaux… C’est une idée qu’Alain CALMETTE, député du Cantal, a portée et nous avons souhaité que quatre contrats soient lancés dès cette année.
 
Mesdames, Messieurs, il y aurait beaucoup à dire et je vous renvoie au dossier de presse,  notamment sur le fait que nous voulons, là aussi, simplifier notre administration et nous attaquer à ces normes qui parfois représentent de véritables handicaps, plus particulièrement dans nos collectivités.
 
Mesdames, Messieurs, le monde rural fait intimement partie de l’identité française ; son histoire, c’est la nôtre, c’est l’ADN de la République, comme le disait l’un d’entre nous – je vais le citer, c’est Patrick KANNER, qui a été président du Conseil général du Nord. Il nous rappelait que c’est le premier Conseil général, le premier département rural de notre pays. Nous regardons ces territoires ruraux avec respect, avec considération – jamais avec compassion. Et cette histoire, celle de notre identité, n’appartient pas au passé. Elle continue à s’écrire aujourd’hui et elle continuera à s’écrire demain car ce que nous préparons ce matin, c’est l’avenir bien sûr de la France rurale, c’est l’avenir de ses habitants et notamment de la jeunesse. Préparer l’avenir de la France rurale, c’est proposer des solutions concrètes pour répondre aux attentes quotidiennes des collectivités, des élus, des entreprises, des services publics. C’est vrai pour les territoires ruraux, c’est vrai pour les zones de montagne, je les ai citées, c’est vrai aussi pour nos territoires d’Outre-Mer.
 
Préparer l’avenir de la France rurale, c’est corriger les fractures territoriales en donnant à tous les territoires les moyens de se développer et de s’épanouir pleinement ; en tenant compte de leur diversité, de leurs forces et de leurs faiblesses. Et je veux rappeler, de ce point de vue-là, l’importance de la nouvelle carte de la politique de la ville qui désormais concerne beaucoup de villes moyennes, un peu partout en France. Dans le département de l’Aisne, cela représentera une augmentation de 20% des crédits d’intervention de la politique de la ville.  Le nombre de communautés de communes aujourd’hui concernées par la politique de la ville et par les interventions de l’Agence nationale de Rénovation urbaine montre bien les changements, les modifications de la réalité de nos territoires mais aussi des politiques publiques qui s’y adaptent.
 
Les territoires font la vitalité, la richesse de notre pays. A nous désormais, grâce à toutes ces mesures, de reconnaître cette richesse et de la préserver. Je veux remercier tous les ministres pour leur engagement. Nous avons fait la démonstration, ici, d’une équipe professionnelle, solide et forte et je veux remercier tout particulièrement Sylvia PINEL d’avoir piloté tout ce travail. Nous sommes désormais disponibles, avec les ministres présents, pour répondre à vos questions, pour préciser telle ou telle proposition ; je ne doute pas que c’est uniquement là-dessus que vos questions porteront !
Discours du Premier ministre - Comité interministériel à la ruralité à Laon