19 novembre 2014 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

Discours du Premier ministre à Beauvais (Oise) sur la sécurité

Monsieur le ministre,
Monsieur le préfet,
Madame la sénatrice-maire,
Monsieur le sénateur,
Monsieur le président du Conseil régional,
Messieurs les directeurs généraux,
Madame, messieurs les procureurs,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,
 
Garantir la sécurité des Français sur tout le territoire ; protéger l’ordre public ; lutter contre la délinquance et les violences : ce sont les missions accomplies, chaque jour, par les forces de l’ordre, fonctionnaires de police et militaires de la gendarmerie.
 
Sans ces femmes, sans ces hommes qui agissent avec courage et dévouement,  notre pacte républicain – c’est-à-dire notre projet de société, et donc ce qui nous rassemble – serait mis à mal.
 
Dans une démocratie, on peut tout questionner. Et c’est l’honneur de la démocratie. Mais quand on remet systématiquement en cause les forces de l’ordre, on remet en cause l’Etat de Droit, et donc on remet en cause les fondements même la République.
 
Et moi, je n’accepte pas ces attaques répétées de l’uniforme. Il existe des procédures qui protègent à la fois les citoyens et qui créent un cadre légal pour l’action des policiers et des gendarmes. Moi j’ai confiance dans l’Etat de droit, j’ai donc confiance dans la justice, et confiance dans l’action des forces de sécurité, qui travaillent souvent dans des conditions difficiles et éprouvantes. Vous savez les risques que prennent policiers et gendarmes - des risques concernant leur propre sécurité et leur vie -, et vous connaissez aussi le nombre de blessés parmi les forces de l’ordre. C’est vrai pour la sécurité publique, c’est vrai pour le maintien de l’ordre, et pour l’ensemble des missions accomplies au quotidien.
 
C’est vrai aussi pour les sapeurs-pompiers, qui eux aussi portent l’uniforme, et qui peuvent être victimes d’attaques dans certains quartiers, alors que leur mission est de venir en aide à des personnes se trouvant en difficulté.
 
Garantir la sécurité des Français, c’est agir sans relâche.
 
 
On ne dit jamais assez combien la Nation doit être reconnaissante envers ses policiers et ses gendarmes. Et la première des reconnaissances, c’est de leur donner les moyens d’agir efficacement.
 

Des moyens renforcés au service de la sécurité 


C’est pourquoi, conformément aux choix arrêtés par le Président de la République, j’ai veillé à ce que le budget du ministère de l’Intérieur soit préservé pour les années à venir, comme il l’a été depuis 2012. Et à ce que la mission « Sécurité » demeure prioritaire.
 
Comme ce fut le cas en 2014, 405 policiers et gendarmes supplémentaires seront recrutés en 2015. Ils viendront renforcer les équipes sur le terrain, là où se mène le combat contre la délinquance.
 
Depuis deux ans et demi, nous avons agi pour mettre un terme à l’hémorragie dans les effectifs des forces de sécurité.
Un simple rappel des faits – car il est toujours bon, pour éviter les polémiques inutiles et les faux débats, de rappeler les faits tels qu’ils sont : entre 2007 et 2012, plus de 13 700 postes ont été supprimés, précisément 6 936 dans la police et 6 790 dans la gendarmerie.
Ces décisions ont été lourdes de conséquences.
 
D’abord, pour la sécurité des Français. Mais aussi pour l’organisation des services de police et des unités de gendarmerie. Des conséquences lourdes, enfin, pour les conditions d’exercice de ces métiers difficiles.
 
Depuis deux ans, les efforts que nous menons portent également sur les conditions de travail, et notamment les investissements immobiliers.  Dans ce domaine aussi, nous avons inversé la courbé : -17% entre 2007 et 2012, +9% pour cette année. Il s’agit de construire, ou de restaurer, des commissariats de police et des brigades de gendarmerie. C’est utile pour les policiers, et les gendarmes - et je n’oublie pas, aussi, les conditions de vie de ces derniers, leur logement - mais aussi pour les citoyens qui ont droit aux meilleures conditions d’accueil.
 
Nous avons d’ailleurs, ce matin, avec le ministre de l’Intérieur, inauguré cette belle réalisation qu’est l’Hôtel de Police de Beauvais.
 

Des résultats significatifs en matière de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée 


Agir efficacement implique de renforcer les moyens, mais aussi de faire évoluer les méthodes.
 
Depuis 2012, des réformes  très importantes ont été mises en œuvre. Les 80 zones de sécurité prioritaires sont des dispositifs pragmatiques qui permettent de répondre efficacement aux différentes formes de délinquance. De répondre au plus près des attentes des habitants, pour faire face aux trafics de drogue ou de voitures, aux violences urbaines, aux cambriolages, ou aux violences dans les familles.
 
Et nous nous sommes attaqués au cœur de l’insécurité de manière pragmatique. Toutes les études démontrent que, depuis plusieurs années, l’explosion des cambriolages était au cœur de la montée du sentiment d’insécurité. Moi je parle surtout, non pas du « sentiment », mais du « vécu » de l’insécurité, de la réalité de cette insécurité, et des traumatismes que nos compatriotes peuvent subir à travers un cambriolage par exemple.
 
Nous sommes donc allés chercher des résultats, là où c’était essentiel.
 
C’est tout l’esprit du plan anti-cambriolages et anti-vol à main à armée, déployé en septembre 2013,  il y a un peu plus d’un an.
 
Travail cartographique, patrouilles renforcées, prévention, action contre les filières de recel, travail d’investigation sur les délinquants d’habitude et la délinquance itinérante : autant d’outils qui permettent d’agir dans la durée et d’obtenir des résultats.
 

Pour les résidences principales, ils avaient en effet augmenté de 51 % entre 2008 et 2013 (229 000 faits cette année-là, contre 150 000 cinq ans plus tôt). Au cours des douze derniers mois, ils ont reculé de 4,3 %.
 
Très concrètement, cela fait 10 000 résidences principales cambriolées en moins, en l’espace d’un an. C’est autant de Français, autant de familles, qui n’ont pas à faire face à ce qui est bien souvent un traumatisme profond : celui de se faire voler chez soi, de voir des individus s’introduire dans l’intimité de son foyer.
 
Je tiens, avec Bernard Cazeneuve à saluer les excellents résultats obtenus dans l’Oise et à féliciter tous celles et ceux qui y ont contribué. Au cours des dix premiers mois, dans le département, les cambriolages dans les résidences principales ont baissé de 18,7%.
 
Bien sûr, personne ne peut se satisfaire du niveau actuel. Je vous donne des statistiques, des chiffres. Je souhaite que l’on reconnaisse ces résultats. Mais, avec le ministre de l’Intérieur, nous pensons d’abord aux victimes, il reste donc beaucoup à faire. Mais ce que nous voyons, c’est que la méthode mise en place est la bonne. Il faut donc persévérer.
 
Je sais que l’on pointe souvent du doigt l’action publique. Que l’on cède à la facilité de la critique immédiate… Mais moi je veux dire ici à nos concitoyens que le gouvernement et l’Etat agissent, qu’ils comprennent leurs attentes, et qu’ils emploient tous les moyens nécessaires. Evidemment, tout ne peut se résoudre en un jour. Il faut du temps, de l’acharnement. Mais oui les efforts paient !
 
Nous avons mis fin à la hausse des cambriolages dans les locaux industriels et commerciaux (63 381 contre 63 797, soit une baisse de 0,6 %). En revanche, le nombre de cambriolages de résidences secondaires a augmenté (17 550 contre 16 400, soit 1 150 en plus). Sur ce point, nous devons donc redoubler d’efforts.

Des résultats sont également obtenus en matière de lutte contre les violences crapuleuses, c’est-à-dire l’ensemble des agressions violentes qui ont pour but de voler. Elles ont diminué en France de 9.4% sur un an.
 
S’agissant des vols à main armée, les résultats sont particulièrement encourageants. Au niveau national, leur nombre a diminué de plus de 14,8 % au cours des douze derniers mois. Cette évolution est d’autant plus notable que 2013 était déjà l’année la plus basse de la décennie, avec 5 200 faits contre plus de 7 000 en 2009.
 
Pour la première fois depuis plus de dix ans, le nombre de vols à main armée devrait donc tomber, en 2014, sous la barre symbolique des 5 000 faits.
Le département de l’Oise contribue aux bons résultats nationaux avec une diminution de 15% du nombre de vols à main armée constatés depuis le début de l’année.

Mais, même si nous pouvons nous féliciter des résultats obtenus, il faut continuer de regarder la réalité en face : notre société demeure trop souvent marquée par la violence. Ainsi, les violences non crapuleuses ont augmenté de 3,2% au cours des douze derniers mois.
 
Nous le savons : la violence frappe souvent les plus faibles, les plus modestes. La violence frappe souvent les citoyens qui vivent dans les quartiers ou dans les territoires les moins favorisés. La violence touche les plus fragiles, dans notre société, les personnes âgées, les femmes qui élèvent seules leurs enfants, les jeunes aussi, on l’oublie trop souvent, victimes du racket et de la violence. Et il faut savoir révéler ce défi et comprendre l’ampleur et la diversité de cette violence pour mieux la combattre. C’est le but de la grande réforme de l’outil statistique qui nous avons mise en œuvre. Elle se traduit notamment par la fiabilisation des systèmes d’enregistrements et la création, en septembre dernier, au cœur du ministère de l’Intérieur, d’un service statistique de l’INSEE, agissant en totale indépendance.
 

Des résultats qui sont le fruit d’une approche pragmatique 

 
 
C’est cette démarche qui a été adoptée, ici, dans l’Oise pour lutter contre les cambriolages et les vols à main armée. Au cours de cette matinée, nous avons pu avec Bernard Cazeneuve en mesurer la pertinence et l’efficacité. Cette démarche repose sur 4 axes :
 
Tout d’abord, la répression, en veillant à améliorer le taux d’élucidation des faits commis et en ciblant prioritairement les délinquants d’habitude et les filières structurées.  Cela implique d’agir en lien étroit avec la Justice ; et je veux saluer bien sûr l’engagement et le travail des procureurs de la République. La lutte contre la délinquance passe par une très grande coopération entre la justice et l’autorité administrative, entre les forces de l’ordre et la justice sur le terrain.
 
Deuxième axe : la dissuasion, en renforçant la présence sur la voie publique et en améliorant les mesures de sécurisation ;
 
Troisième axe : la prévention, en mettant en place des dispositifs de sensibilisation et de vigilance auprès des professionnels particulièrement exposés ;
 
Enfin, dernier axe : le partenariat. On dit souvent que la sécurité est l’affaire de tous, que c’est une coproduction. Ce n’est pas un slogan, c’est une réalité. La lutte contre l’insécurité et la délinquance ne peut, et ne doit pas reposer sur les seules forces de police et de gendarmerie. Elle doit concerner tous les acteurs de la sécurité : la Justice, je l’ai dit, mais aussi les polices municipales ou intercommunales, les agents de sécurité privée, et tous ceux qui contribuent à la prévention de la délinquance.
 

Une approche pragmatique qui doit servir de référence pour encore mieux lutter contre la délinquance 


Une même approche pragmatique a guidé la mise en œuvre des zones de sécurité prioritaire. Là aussi, des objectifs précis ont été définis, des stratégies d’action ont été mises en œuvre. Et, là encore, nous obtenons des résultats.
 
Nous devons donc poursuivre dans cette voie, avec comme but le recul durable des phénomènes délinquants, qui nuisent tant à nos concitoyens.
Et il y a un domaine dans lequel nous pouvons encore fortement progresser : la saisie et la confiscation des avoirs criminels.
 
S’attaquer au patrimoine des délinquants, c’est en effet leur porter un véritable coup car beaucoup d’activités criminelles nécessitent un capital. Priver les délinquants de ce capital, c’est donc les empêcher d’agir.
 
C’est aussi envoyer un signal clair et lisible aux victimes et aux témoins des activités délictuelles et criminelles.
 
Enfin, c’est un dispositif vertueux sur le plan financier. En effet, une fois ces biens confisqués par une décision de justice définitive, ils sont revendus et le produit de cette vente est reversé au budget de l’Etat après avoir, le cas échéant, servi à dédommager les victimes.
 
Malgré la montée en régime régulière de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), malgré les progrès sensibles enregistrés chaque année, de nouvelles initiatives doivent être prises pour renforcer l’efficacité de ce dispositif.
 
Un travail interministériel, associant les ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Finances, a été engagé au cours des dernières semaines. Nous voulons d’une part accroître les possibilités de saisies et de confiscations.  Et d’autre part, il faut permettre un retour financier incitatif, au bénéfice des services (police, gendarmerie et justice). Ce retour est particulièrement judicieux à l’heure où les budgets sont contraints.
 
La saisie et la confiscation des avoirs criminels doivent donc devenir un objectif prioritaire des forces de sécurité et de la Justice, au même titre que de chercher à établir la culpabilité d’un délinquant.
 

Mesdames, messieurs,
 
Ce que nous sommes venus dire, ici, avec Bernard Cazeneuve c’est que lorsque l’on conçoit des stratégies innovantes, adaptées aux contextes locaux, que l’on associe tous les partenaires, et qu’on affecte les moyens nécessaires, les résultats sont là.
 
 
 
Je ne connais que trop bien le procès qui a longtemps été fait par certains à la gauche en matière de sécurité. On la disait angélique, laxiste, incapable de se saisir de cette question.
 
Les faits ont apporté un démenti cinglant à ceux qui pourraient penser cela. Et quand on a, comme Bernard Cazeneuve et moi-même, des idées claires, quand on a foi dans l’action publique et dans la République, quand on mène une action, déterminée et cohérente, on obtient des résultats.
 
Je veux saluer l’engagement des élus locaux se sont emparés à bras le corps des enjeux de sécurité. Ils mettent en œuvre des réponses adaptées, associant l’ensemble des acteurs publics. Je pense aussi au rôle de la police municipale, ou au rôle de la vidéo-protection, que nous devons élargir et qui doit couvrir les territoires concernés par les phénomènes de délinquance. Il n’y a pas de tabou à avoir dans ce domaine-là, à partir du moment où les libertés publiques sont assurées : la vidéo-protection est un outil tout à fait indispensable, à la fois pour de la prévention, pour l’interpellation, et surtout pour permettre l’élucidation des faits de délinquance.
Régler des problèmes de sécurité nécessite d’en traiter toutes les dimensions, de la prévention à la sanction, en passant par la dissuasion, la répression et la réparation.
 
Mesdames et messieurs, les réformes de sécurité que nous avons initiées, que nous mettons en place, fonctionnent, les chiffres le démontrent, mais plus encore, c’est le lien qui se reconstruit entre forces de sécurité et habitants qui le démontre. Et je le redis : ce gouvernement, mon gouvernement, c’est la sécurité, la sécurité pour tous, au plus proche des besoins de chacun. La gauche a fait changer les choses. Nous démontrons chaque jour sa crédibilité et sa fermeté face aux phénomènes de délinquance. Et ici, devant vous, une nouvelle fois, je veux saluer le travail, l’implication, la détermination, le grand sens de l’Etat, de Bernard Cazeneuve, qui tous les jours agit pour la sécurité de nos concitoyens.
 
Et ce gouvernement continuera de le faire dans un souci de rassemblement, en dépassant les clivages. Car le combat contre la délinquance des Français nécessite l’implication de tous. Et j’ai toute confiance dans les forces de sécurité, dans les pouvoirs publics, dans les élus, pour mener ce combat, et pour garantir aux Français la tranquillité et la sécurité auxquelles ils aspirent. Dans une société marquée par la crise économique et sociale, par une crise de confiance et d’identité, plus que jamais le sens de l’Etat, les valeurs de la République, l’ordre républicain sont des facteurs essentiels pour permettre le progrès.
Discours du Premier ministre à Beauvais (Oise) sur la sécurité