27 octobre 2014 - Discours

Discours du Premier ministre - Visite du CESTA et inauguration du Laser Mégajoule

"Le nucléaire est pour notre pays un facteur de puissance industrielle, économique, diplomatique et militaire. Un facteur de puissance dans lequel nous devons investir."
Madame la ministre,
Monsieur le Chef d’Etat-major des armées,
Monsieur le délégué général pour l’armement,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur l’administrateur général du CEA,
Monsieur le directeur de la direction des applications militaires,
Monsieur le Président de l’Université de Bordeaux,
Mesdames, messieurs les personnels de la direction des applications militaires,
Mesdames, messieurs,
 
Je suis particulièrement heureux de me retrouver, aujourd’hui, sur ce site prestigieux du Commissariat à l’énergie atomique pour cette inauguration du Laser Mégajoule. Une installation qui marquera, je n’en doute pas, l’histoire de la dissuasion nucléaire française.
 
Dans mes fonctions, je suis amené à faire souvent des visites. Il y a quelques instants encore, celle d’un magnifique stade de football à Bordeaux. Mais je dois dire que celle que nous venons de réaliser est particulièrement impressionnante. Elle m’a permis, à nouveau, de découvrir nos savoir-faire de pointe en matière de nucléaire.
 
A nouveau, car je me suis rendu, la semaine dernière, au premier Salon du nucléaire civil où les compétences de la France étaient exposées.
 
J’ai pu affirmer alors combien le nucléaire est pour notre pays un facteur de puissance industrielle, économique, diplomatique et militaire. Un facteur de puissance dans lequel nous devons investir.
 
Une des vedettes de ce Salon du nucléaire civil, c’était naturellement le CEA.
 
Il l’est également aujourd’hui. Mais pour un autre pan de ses activités : les applications militaires.
 
Le nucléaire civil et le nucléaire de défense sont deux domaines différents. Cependant, démonstration a été faite à de nombreuses reprises de l’intérêt d’un lien entre les deux domaines. Il a notamment permis de grands succès industriels. Je pense notamment au recyclage des combustibles usés à La Hague.
Ce lien a aussi été anticipé ici avec cette installation qui s’inscrit dans le programme baptisé "Simulation".
 
L’origine de ce programme - vous le rappeliez - c’est la décision prise en 1996 par le Président de la République, Jacques Chirac, d’arrêter définitivement les essais nucléaires. Il a donc fallu mettre en œuvre d’autres dispositifs afin de garantir la sûreté et la fiabilité de nos armes nucléaires. Ce programme « Simulation » est aujourd’hui pleinement opérationnel avec la mise en service du Laser Mégajoule et celle programmée, en fin d’année, de l’installation franco-britannique Epure.
 
La première chose que l’on ressent ici, sur ce site, c’est l’excellence.
 
Le Laser Mégajoule est parmi les grands projets scientifiques que la France a conduits ces dix dernières années. Il permet de recréer, en laboratoire, des conditions de température et de pression similaires à celles atteintes lorsque les armes sont employées. Il est donc capable de recréer les conditions de la fusion thermonucléaire … Les températures atteignent alors la centaine de millions de degrés dans des conditions extrêmes de pression.
 
La construction de cet équipement a nécessité des travaux hors normes : un bâtiment de 300 mètres, 4 000 plaques amplificatrices de verre - pour lesquelles la France a dû construire deux chaînes de production partagées avec nos alliés américains - mais aussi des machines de pointe et des systèmes optiques de très grande précision.
Je tenais donc à être présent pour rencontrer toutes celles et tous ceux qui ont contribué à ce projet exceptionnel. Je suis conscient du haut niveau de compétence que doivent posséder nos équipes d’ingénieurs, de scientifiques et de techniciens, pour maîtriser de tels programmes.
Je veux saluer aussi le travail accompli par les industriels et les entreprises, dans les domaines du génie civil, de l’optique, de la mécanique de précision, de l’électronique. Vous toutes et vous tous êtes des experts reconnus et vous pouvez être fiers de cette réalisation !
 
La construction de ce laser, c’est aussi - c’est le deuxième point sur lequel je veux insister - la démonstration de l’importance de l’investissement.
 
Investir, c’est bien sûr agir pour la relance de notre économie et pour les emplois. 700 ont ainsi été créés sur ce site pour sa construction, et 200 seront pérennisés pour son exploitation.
 
Investir, c’est aussi préparer l’avenir, renforcer l’attractivité de notre territoire, développer nos capacités d’innovation. C’est donc préparer les emplois de demain.
 
La Défense est un très grand investisseur notamment dans les nouvelles technologies. Que ce soit sous maîtrise d’ouvrage de la DGA, du CEA et de sa Direction des applications militaires, ces nouvelles technologies ont des applications civiles et militaires, des applications « duales » comme on dit. Le Laser Mégajoule entre dans cette catégorie.
 
Sa réalisation est une formidable vitrine technologique pour notre pays, notre industrie d’armement et notre savoir-faire industriel. C’est aussi un instrument exceptionnel pour le développement de la France.
 
C’est le troisième point que je veux souligner : cet équipement, c’est un levier pour l’industrie et la recherche, et pour leurs synergies. 

Depuis plus de dix ans, plus de 20% des expériences réalisées sur le prototype du Laser Mégajoule l’ont été pour des projets académiques.
 
Je veux saluer cette ouverture de la Direction des applications militaires au monde de la recherche. Une ouverture qui doit se poursuivre et s’amplifier.
 
Cette ouverture est d’ailleurs réciproque : les animateurs de projets civils ont eux aussi entamé des démarches vers le monde de la Défense.
 
Le conseil régional d’Aquitaine a décidé d’investir ici massivement dans les sciences et technologies  pour bâtir un pôle de référence dans les domaines de l’optique et des lasers.
 
Cela se matérialise notamment par le pôle de compétitivité qu’on appelle la "Route des Lasers". Il permet des applications dans des domaines aussi divers que la santé, l’énergie, l’instrumentation scientifique et les équipements industriels.
Je sais également que l’Université de Bordeaux a profité de cet écosystème pour faire de la thématique « photonique et lasers » un de ses axes stratégiques de recherche. Et je salue le projet de plate-forme qui offre aux étudiants et aux professionnels des formations innovantes dans le domaine de la photonique, dans le cadre de l’Initiative d’excellence (IDEX) de Bordeaux.
 
Nous l’avons vu au cours de la visite : la Région et l’Etat ont décidé d’investir pour doter les chercheurs d’un faisceau Laser PetaWatt couplé au Laser Mégajoule. Dès 2015, en région Aquitaine, la France disposera donc d’un outil d’excellence pour la recherche au plus haut niveau mondial. Et ainsi se forme une chaîne que nous devons renforcer.
 
Mesdames, messieurs,
 
Au-delà de la grande avancée technologique que représente le Laser Mégajoule, je veux y voir également une concrétisation de l’engagement de la France, du Président de la République et du gouvernement en matière de dissuasion nucléaire. La loi de programmation militaire 2014-2019 – et les décisions du Chef de l’Etat  – en ont confirmé l’importance pour la prochaine décennie.
 
Cette dissuasion continuera à reposer sur sa composante aéroportée et sa composante océanique. Et les charges nucléaires proprement dites seront donc garanties par la "Simulation".
 
Je suis donc particulièrement fier que notre pays, nos ingénieurs, nos techniciens, nos industriels aient su réaliser un tel système. Même si la Chine et la Russie viennent de s’attaquer à ce défi, seuls la France les Etats-Unis ont pour l’instant réussi à construire un tel laser.
 
La France est donc le premier pays au monde pour qui le dispositif de « Simulation » garantit à lui seul le fonctionnement d’une nouvelle arme thermonucléaire.
Pendant toute la guerre froide, la France a fourni un effort considérable pour ne pas être distancée par les deux grandes puissances de l’époque. Mais désormais elle fait la course en tête pour les technologies de dissuasion.
 
Cette dissuasion et ces technologies développées par le CEA et la DGA sont un bel exemple des savoir-faire et de l’excellence scientifique de la France. Ils font la réputation de notre pays dans le monde.
 
Les pays qui ont fait le choix du nucléaire démontrent leur capacité à se projeter dans l’avenir, à être compétitifs. Ils démontrent aussi leur capacité en matière de recherche et d’innovation. Les pays qui font le choix du nucléaire militaire et civil sont les pays qui veulent ne pas sortir de l’Histoire, qui veulent en permanence peser. Et c’est pour cela que je veux conforter la filière nucléaire française. Dans un monde incertain, il est important de préparer l’avenir. Et nous savons que sans cette filière nucléaire, nous ne serions pas capables d’affronter tous les défis économiques et politiques.
 
La France est un grand pays, 5ème puissance économique du monde, 2ème de l’Europe. Et si sa voix est écoutée dans le monde, si ses armées contribuent à la stabilité et à la paix dans le monde, au Sahel, en Centrafrique, au Liban, aujourd’hui en Irak, la France le doit aussi au nucléaire de défense, dont vous êtes toutes et tous des acteurs importants.
La tâche de mon gouvernement – et c’est le cap fixé par le président de la République, et dans lequel je mets toute mon énergie – c’est de faire en sorte que la France soit toujours présente dans la compétition économique mondiale. Nous vivons dans un monde globalisé, instable, dangereux mais qui offre aussi de nombreuses opportunités. Et nous ne pouvons pas perdre le moindre instant. Nous devons être capables d’intégrer ce monde, cette économie de marché, les grands défis, parmi lesquels la préparation de l’avenir, et ainsi soutenir nos entreprises, débloquer ce pays et ses carcans, libérer l’ensemble des énergies.
Et en vous rencontrant ici, je sors encore davantage convaincu des capacités de la France.
Discours du Premier ministre - Visite du CESTA et inauguration du Laser Mégajoule