23 octobre 2014 - Discours

Discours du Premier ministre au Salon mondial du nucléaire au Bourget

Messieurs les présidents,
Monsieur l’administrateur général,
Mesdames, messieurs,
 
Je vous remercie pour cette visite du premier salon du nucléaire. Un événement qui  permet de prendre toute la mesure des enjeux de ce secteur et de ses savoir-faire venus du monde entier. Des savoir-faire de pointe qui sont notamment français.
 
Peu de secteurs industriels suscitent autant de réflexions, d’échanges, de débats passionnés que le nucléaire. Bien sûr, il y a des débats que l’on peut comprendre – et qu’il faut mener – sur les questions de sûreté. C’est encore plus vrai à la suite de l’accident de Fukushima qui ne peut que nous interpeller. Et nous avons réagi, je viens de voir la force d’intervention d’EDF qui en est une belle démonstration. Il y a aussi la question des liens entre nucléaire civil et militaire, des risques de prolifération qui conditionnent les grands équilibres mondiaux.
 
Mais au-delà de ces débats qui sont légitimes, qui doivent agiter la société et qui doivent être menés avec la plus grande transparence, au-delà de ces débats, il y a une certitude : nous avons besoin du nucléaire pour répondre à la demande énergétique. Le nucléaire est un secteur indispensable. Vital pour cette demande énergétique, mais aussi pour la recherche, pour l’innovation et donc pour bâtir l’avenir. Une société a bien besoin de progrès
 
Sans remonter jusqu’à Henri BECQUEREL, Marie et Pierre CURIE – des grands Français, eux aussi récompensés par le Prix Nobel ! – , l’aventure de l’atome, cette grande aventure scientifique et industrielle, joue un rôle central pour notre pays. Sans le Commissariat à l'énergie atomique – et les travaux menés dans l’Essonne, à Saclay –, sans la décision du Pierre MENDÈS-FRANCE d’engager un programme nucléaire militaire français – qui depuis a fait l’objet d’un consensus national – la France ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

 Le nucléaire, c’est pour notre pays une filière stratégique : 46 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; 2 500 entreprises – de toutes les tailles, des PME innovantes et des grands groupes  – qui forment un tissu industriel très compétitif et reconnu à l’étranger. Ces entreprises, qui interviennent sur les marchés des centrales "clefs en main", du remplacement des pièces, de l’entretien, exportent et emploient directement ou indirectement 220 000 salariés, particulièrement qualifiés. J’ai encore pu m’en rendre compte, en juin dernier, alors que je visitais un site d’AREVA au Creusot.
 

 
Ce salon donne, en effet, un bon aperçu des perspectives mondiales de la filière nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie prévoit, d’ici 2030, une augmentation de près de 50% de la puissance nucléaire et un renouvellement de 30% des réacteurs existants. Ce sont là autant d’opportunités de marchés.
 
Nous le savons : la plupart des projets se situeront en dehors de l’Union européenne, notamment en Chine. Au-delà des nouveaux réacteurs – qui restent toujours des chantiers emblématiques –, ce sont également plus de services, plus de maintenance, plus de fournitures de combustibles que la filière nucléaire française, dans son ensemble, pourra offrir.
 
Cette filière intervient au cœur d’un contexte mondial qui a changé : depuis quelques années, la concurrence s’est intensifiée avec de nouveaux pays, ou de nouvelles alliances entre producteurs d’énergie et fournisseurs d’équipements.
 
Mieux structurer la filière française, c’est lui donner plus encore de visibilité à l’étranger. C’est nécessaire pour notre balance commerciale et pour nos emplois. Ceux d’aujourd’hui bien sûr, mais également ceux de demain, car le nucléaire, ce sont des métiers à fort niveau d’expertise et en perpétuelle évolution au rythme des progrès techniques, par exemple dans la chaudronnerie.
 
Le Comité stratégique de filière nucléaire a été l’un des derniers créés… et pourtant, en quelques mois, il a su s’organiser, en s’inspirant de la filière aéronautique. L’Association des industriels français exportateurs du nucléaire, l’AIFEN, organise aujourd’hui son premier salon. Et quel salon ! C’est le premier et déjà le plus important du monde avec près de 500 exposants et 7 000 experts internationaux et des centaines de visiteurs.

 
 
La France continuera donc à promouvoir les réacteurs de troisième génération que sont l’EPR et l’ATMEA. Un travail sur leur optimisation est probablement nécessaire ; je fais confiance à la coopération entre EDF et AREVA pour y parvenir.

Avec 58 réacteurs en France, EDF a une expérience sans équivalent de la gestion d’un parc. Ce qui lui vaut d’ailleurs, je le sais, de nombreuses sollicitations internationales afin de transmettre ses compétences. 
 
EDF a également su s’adapter très rapidement aux nouvelles exigences de sûreté après Fukushima. Je pense notamment à la Force d’action rapide nucléaire : 150 collaborateurs, mobilisables en une heure, pour intervenir sur n’importe quelle centrale nucléaire. Un tel modèle doit être promu à l’international.
 
Un nucléaire sûr au niveau mondial nécessite également que les nouveaux entrants possèdent une expertise dans tous les domaines : recherche, industrie, autorité de sûreté. C’est pourquoi, la France doit conforter son offre institutionnelle pour accompagner, partout dans le monde, des programmes nucléaires sûrs et maîtrisés. J’aurai à cœur de mobiliser l’ensemble des acteurs – les industriels, les administrations, les établissements publics ou encore l’Institut international de l’énergie nucléaire – afin d’aider la filière nucléaire française à exporter ses expertises, ses savoir-faire. Je veux le dire très directement : cette mobilisation doit se faire de manière coordonnée. Il n’est pas question d’admettre que des rivalités puissent nuire à la France et à la signature de contrats.   
 
 
Assurer la sûreté, c’est aussi la capacité à se projeter vers l’avenir pour en anticiper tous les enjeux.
 
Je pense, bien sûr, aux réacteurs de quatrième génération. Ils permettront de recycler plusieurs fois le combustible et donc de renforcer notre sécurité d’approvisionnement. Ces réacteurs de demain doivent être une priorité de la recherche et développement, notamment dans le cadre des travaux du CEA. Les pays qui ont fait le choix du nucléaire, de le préserver, de le développer sont non seulement des pays qui se projettent dans l’avenir, qui souhaitent être davantage compétitifs, qui épousent le monde tel qu’il est, mais qui se donnent des atouts supplémentaires en matière de recherche et d’innovation et c’est pour cela que nous devons conforter cette filière.
 
Se projeter dans l’avenir, c’est également développer toutes les connaissances – notamment en robotique – nécessaires aux démantèlements des installations.
 
Enfin l’avenir, c’est la gestion pérenne des déchets radioactifs. Dans ce domaine, la France est particulièrement en avance. Des sites existent aujourd’hui pour certains types de déchets, comme ceux de faible activité. J'entends souvent dire que le nucléaire n'est pas une énergie propre parce qu’elle génère des déchets qui durent. Cela fait des décennies que de bonnes décisions sont prises par des hommes politiques responsables, que les élus locaux jouent le jeu, que la France est une référence. Nous devons poursuivre sur la voie de l'exigence et de l'excellence que nous avons su tracer. Nous avons la chance d'avoir avec l'Andra un acteur précieux, qui a un rôle très important à jouer.
 

 
Mesdames, messieurs,
 
La France a une filière nucléaire parmi les toutes meilleures, et je veux en saluer tous les acteurs. . Ceci doit nous permettre d’avancer en matière de transition énergétique.
 
Cette transition – qui fait l’objet d’une loi portée par la ministre de l’Ecologie, madame Ségolène ROYAL, et votée, hier, à l’Assemblée nationale en première lecture, à une très large majorité – est une opportunité formidable. Contrairement à ce que l’on peut entendre, ce n'est pas une punition, ni pour les ménages – dont nous voulons préserver le pouvoir d'achat –, ni pour les salariés du nucléaire, qui incarnent – je le répète – le génie industriel français. La transition énergétique, c’est un facteur de dynamisme pour notre économie, pour sa compétitivité et pour sa croissance. C’est enfin et surtout - nous en sommes tous conscients - un impératif pour la préservation de notre environnement et de notre planète.
 
Dans ce domaine, nous nous sommes donné de grands objectifs : réduction des émissions de CO2 de 40% d'ici à 2030, développement des énergies renouvelables à hauteur de 32%, diversification de la production d’électricité, avec une part du nucléaire de 50% à l’horizon 2025.
 
 
La France est une grande puissance. Une grande puissance énergétique. Une puissance qui doit être capable de faire travailler ensemble, d’inciter ses partenaires. Elle en aura l’occasion en 2015 pour la 21e conférence sur le climat qui se déroulera à Paris. -C’est une immense responsabilité car il faut que les pays, sous le regard des citoyens attentifs et exigeants, s’accordent et s’engagent.
 
La question climatique qui va nous rassembler, ce n’est pas une problématique nationale, ni même européenne. Elle doit également échapper aux clivages politiques traditionnels. C’est un sujet mondial. Un sujet qui concerne l’humanité tout entière. Les jeunes générations nous regardent. A nous donc de bâtir pour elles un modèle énergétique durable et performant. Et c’est avec vous, acteurs économiques, industriels, institutionnels et avec toute la société que nous devons le construire.
 
La France est un grand pays, la 5ème puissance économique mondiale, et la 2ème puissance économique de l’Europe. Si la France compte dans le monde – c’est l’Histoire qui lui a donné cette responsabilité et sa place au Conseil des Nations unies – si la France assume des responsabilités, diplomatiques et militaires, c’est parce que nous sommes aussi une grande nation économique et industrielle.
 
Bien sûr, nous sommes confrontés à de nombreux défis, la crise économique et financière est passée par là.
 
Mais nous devons être tournés résolument vers l’avenir pour notre économie, pour la compétitivité de nos entreprises, des PME, des ETI, des start-up, de ETI avec un capital familial, présentes à la fois sur le sol national mais également présentes sur les marchés internationaux.
 
Cette filière nucléaire que vous représentez, ces entreprises, ces chercheurs, ces salariés, ces femmes, ces hommes qui y croient, qui sont fiers, représentent donc à la fois un élément essentiel, un atout, et une des conditions de la réussite et de l’avenir de la France.
 
Je vous remercie.
Discours du Premier ministre au Salon mondial du nucléaire au Bourget