17 octobre 2014 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

Discours du Premier ministre au 30e congrès de l’ANEM, à Chambéry (Savoie)

Monsieur le président, cher Laurent WAUQUIEZ,
Madame la secrétaire générale, chère Marie-Noëlle BATTISTEL,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire de Chambéry, cher Michel DANTIN,
Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
 
Ma présence, ici, en Savoie, coïncide avec un double anniversaire.
 
Il y a trente ans, en effet, était adoptée la  loi Montagne. Une loi née d’une conviction : les territoires montagnards ne sont comparables à aucun autre. Une loi née, également, d’une ambition, celle d’élus visionnaires et soucieux de l’intérêt général. Un an avant la loi Littoral, ils permettaient la reconnaissance d’un espace géographique spécifique. Ils inventaient, aussi, la première loi sur l’Ecologie. Une préoccupation dont on commençait alors seulement à parler …
 
Trente ans plus tard, comment ne pas penser à tous ces élus qui ont montré la voie ? Beaucoup d’entre eux, et notamment vous, cher Louis BESSON, qui avez été le premier président de l’ANEM, et qui connaissez si bien cette belle ville de Chambéry. Il y a trente ans également –c’est le second anniversaire que j’évoquais-, naissait votre association. Au fil des années, elle s’est développée sur cette certitude : la défense des intérêts de la montagne impose de dépasser les clivages, les cloisonnements. Vous rassemblez aujourd’hui six mille deux cent cinquante communes, quarante-huit départements et douze régions. Cette unité et cette diversité font votre force.
 
Et plus je parcours ce pays et plus je rencontre des élus - et notamment des associations d’élus -, je me rends compte qu’une grande partie des débats ne correspond pas toujours à la réalité des débats qui existent sur le terrain, et surtout à la capacité qu’ont les élus de tous bords à se rassembler sur l’essentiel, c’est-à-dire sur l’intérêt général, la défense et la promotion de territoires et de ceux qui y habitent.
 
Je veux d’ailleurs saluer aussi cette capacité que vous avez à animer, à gouverner votre association avec un sens de l’intérêt général et du pluralisme. Et permettez-moi de rendre hommage au travail engagé par Frédérique MASSAT qui passe la main.
 
Trente ans, c’est l’âge de l’expérience, de la maturité.
 
Je sais que vous utilisez une belle image montagnarde pour évoquer la succession de vos présidents depuis 1984. Vous parlez d’une longue cordée… Je ne doute pas monsieur le président, cher Laurent WAUQUIEZ – je salue votre élection – que vous saurez prendre votre place.
 
Je veux ici saluer l’implication dont vous toutes et vous tous faites preuve pour la défense de l’intérêt général. L’ANEM, c’est un lieu de débat, c’est aussi et d’abord un lieu de propositions. Et vous savez qu’elles ont su guider nos choix.
 
Votre association évoque la montagne, j’emploierai donc ce terme. Mais la montagne française, ce n’est pas un tout uniforme ni géographiquement ni climatiquement ni culturellement. Il faudrait donc parler de montagnes avec un "s" : haute et moyenne montagne résidentielle et touristique, moyenne montagne agricole ou industrielle ou encore montagne urbanisée. Ces montagnes sont diverses mais elles aspirent à une reconnaissance commune, celle que l’État a prévue par une politique nationale de la montagne.
 
 
Durable. Je sais que cette question se pose, aujourd’hui, encore plus qu’hier. Et nous devons y répondre, en valorisant les atouts multiples de la montagne. Son agriculture notamment  – j’étais d’ailleurs, hier soir, en Savoie, en compagnie de Stéphane LE FOLL aux côtés d’agriculteurs de montagne  –  mais aussi ses villes, à l’image de Chambéry, véritable carrefour alpin. Je viens avec les élus de ce territoire, de rappeler l’engagement total de l’Etat pour faire aboutir un projet – il ne concerne pas que cette région - pour notre pays et l’Europe, qui est le projet ferroviaire Lyon-Turin.
 
Vous, mieux que moi, savez les termes négatifs que l’on associe trop souvent à la montagne : l’enclavement, la déconnection, l’éloignement … Bien sûr, par ses espaces naturels, la montagne est un lieu à part, mais elle est un espace à part entière auquel nous devons donner tous les moyens pour se développer harmonieusement. La réforme territoriale doit y contribuer.
 

La réforme territoriale reconnaîtra la spécificité de la montagne. Elle doit intensifier ses atouts. 


Cette réforme, c’est un grand mouvement que nous engageons pour l’ensemble des collectivités locales, dans leur diversité. Ainsi, dans la continuité des politiques menées par l’Etat depuis 30 ans, elle reconnaitra – Marylise LEBRANCHU vous l’a dit -- la spécificité de la montagne.
 
Sur proposition du nouveau président du Sénat, Gérard LARCHER, je ferai une déclaration sur les collectivités territoriales devant la Haute-assemblée, le 28 octobre prochain, au titre de l’article 50 de la constitution. Cette déclaration fixera les orientations, la méthode et l’agenda de la réforme territoriale. Il y a eu beaucoup d’annonces, beaucoup de propositions et je pense qu’il est temps de donner de la cohérence et du sens. J’évoquerai notamment l’avenir des régions, des métropoles, des communes, de l’intercommunalité, et des conseils départementaux. Je rappellerai, également, les deux principes qui doivent nous guider : l’efficacité et la proximité de l’action publique. Et je sais combien ces principes comptent pour vous.
 
Clarifier les compétences, simplifier l’action publique, c’est nécessaire pour restaurer le lien démocratique entre les citoyens et leurs institutions. Dans cette période de crise économique et sociale, de crise d’identité et de confiance, nos concitoyens ont besoin que l’on soit à leur écoute, attentifs à leurs difficultés ; que l’on soit à leurs côtés pour faire réussir leurs projets.
 
Cette réforme, vous le savez, passe par une nouvelle carte des régions.
 
La fusion des Régions Rhône-Alpes et Auvergne est en cela emblématique. Ces deux régions ont depuis longtemps amorcé de nombreuses coopérations. Leur trait d’union, Monsieur le président SOUCHON, c’est le Massif Central, qui est un support pour tant de politiques publiques. C’est un bel exemple des capacités d’innovation des territoires, et en particulier pour la gestion des fonds européens.
 
La future région Rhône-Alpes/Auvergne, avec le Massif Central et les Alpes, va faire de la montagne une priorité économique et d’aménagement. C’est une opportunité pour que ces enjeux, autrefois éclatés, soient mieux pris en compte.
 
Au sein des conférences territoriales de l’action publique (CTAP), la répartition des compétences pourra être adaptée à la spécificité des territoires. L’ANEM sera d’ailleurs la seule association d’élus à désigner ses représentants au sein de cette instance. C’est une reconnaissance de votre singularité, c’est aussi une marque de confiance envers le travail que nous allons accomplir ensemble.
 
La deuxième étape de la réforme, c’est le renforcement des compétences des collectivités territoriales.
 
La loi sur les compétences sera examinée au Sénat en décembre. Cette loi, appelée loi NOTRE, sera bien sûr portée par Marylise LEBRANCHU et André VALLINI – il  connaît parfaitement ces questions de la montagne comme élu de l’Isère.  Les régions doivent avoir tous les leviers pour préparer l’avenir : développement économique, formation professionnelle, politiques de mobilité. Les régions devront aussi s’investir davantage dans une mission essentielle : l’aménagement du territoire et la cohésion territoriale.
 
Ce renforcement des régions doit s’accompagner d’une montée en puissance des intercommunalités.
 
 
Je veux faire confiance aux acteurs locaux qui connaissent leur territoire. Pour ce qui concerne les territoires de montagne, les territoires ruraux, il va falloir être pragmatique. Je compte bien sûr sur les parlementaires, au Sénat comme à l’Assemblée nationale; je compte sur les associations comme la vôtre pour nous faire des propositions. Et je l’ai indiqué à la convention de l’intercommunalité la semaine dernière à Lille, pourquoi ne pas donner aux commissions départementales et aux préfets de département un pouvoir de modulation du seuil ? En tout cas, je serai, avec les ministres, très attentif à l’attente qui est la vôtre.
 
La montée en puissance des intercommunalités conduit les départements à se recentrer sur les politiques de solidarités avant d’évoluer selon les cas de figure. J’en ai indiqué trois.
 
Depuis plusieurs mois, je participe à ce débat et j’entends les inquiétudes des élus locaux sur l’avenir de l’intercommunalité ou du département. J’entends aussi l’inquiétude des citoyens dans vos départements qui peuvent connaître, vivre un sentiment d’abandon ou une absence de protection.
 
Nous devons réussir au Parlement, quels que soient les clivages politiques, à trouver une voie intelligente qui fasse consensus ou qui s’approche le plus d’un équilibre intelligent favorisant l’intérêt général. C’est pour cela que je veux avancer sur la question des départements.
 
Pour les départements dotés d’une métropole – c’est l’exemple de Lyon –, la fusion des deux structures pourra être retenue.
 
Lorsque le département compte des intercommunalités fortes, là, nous pourrons aller vers une fédération d’intercommunalités.
 
Enfin, dans les départements – notamment ruraux – où les communautés de communes n’atteignent pas la masse critique, le Conseil départemental sera maintenu, avec des compétences clarifiées. Les espaces de montagne – nous devons en discuter ensemble – pourront relever des deux derniers cas.
 
 Je ne doute pas que le Parlement apportera toute son expertise dans ce débat. Je m’engagerai personnellement dans la réflexion. Je le ferai au Sénat – je l’ai dit – ; je le ferai également dans le cadre des Assises des ruralités portées par Sylvia PINEL et sur lesquelles je dirai un mot dans un instant.
 
Prendre en compte la spécificité de la montagne, c’est savoir être à votre écoute. Ainsi, concernant le calendrier scolaire  - on connait son impact sur les activités touristiques de montagne -, j’ai demandé à la ministre de l’Éducation nationale de vous recevoir et d’entamer une discussion sur ces questions. Encore une fois, la loi doit s’appliquer partout – c’est cela la République – mais il faut évidemment tenir compte des réalités territoriales, géographiques mais aussi économiques.
 
 
Dans cette période de contrainte budgétaire forte, la participation à la maîtrise des dépenses publiques, de tous les acteurs publics, de tous les niveaux de collectivités, est indispensable. Mais cet effort doit se faire avec le souci de l’équité. C’est pourquoi nous avons fait le choix, dans la loi de finances initiale pour 2015 de maintenir un effort important de péréquation au profit des collectivités les plus fragiles.
 
Je pense aussi à la dotation globale de fonctionnement, qui tient compte de facteurs tels que la superficie et la présence d’un parc naturel régional. La réforme de cette dotation, qui doit aboutir en 2016, sera l’occasion d’aller plus loin. Une réflexion doit s’engager sur une meilleure prise en compte des territoires qui contribuent à la qualité de notre environnement. Ce sont ceux que vous appelez "les territoires  à haute valeur environnementale".
 
Cette spécificité de vos territoires doit être intégrée dans les calculs de la DGF. Elle doit prendre en compte notamment l’écologie.
 
Je souhaite en outre, qu’une réflexion soit engagée autour du Fonds de péréquation intercommunale (FPIC) afin de voir comment traiter certaines situations spécifiques. Je pense, en particulier, à la présence des populations transfrontalières.
 

 La montagne est un espace de développement. Un espace attractif. 


Vous le voyez, la réforme territoriale donne aux territoires de montagne les moyens de leur développement.
 
Vous connaissez tous le premier article de la loi Montagne ; je crois que ces mots gardent toutes leurs forces et toute leur actualité :  "Le développement équitable et durable de la montagne s’entend comme une dynamique de progrès initiée, portée et maîtrisée par les populations de montagne et appuyée par la collectivité nationale […]".
C’est plus que jamais d’actualité et je suis attaché à cette grande idée : le rôle de l’initiative locale soutenue par la solidarité nationale. Aider les territoires de montagne, c’est encourager leur réussite économique et donc la réussite économique de notre pays.
 

L’agriculture y occupe une place centrale. Je n’ignore rien des difficultés actuelles des agriculteurs, des éleveurs, des paysans dans toute une série de filières. Il existe, dans le monde paysan français, un climat économique, social et même moral qui est inquiétant. Sur toutes ces questions - les questions liées aux nitrates, aux contrôles-, des groupes de travail ont été mis en place au niveau interministériel pour pouvoir avancer vite au niveau national comme au niveau européen.
 
Mais l’agriculture, ce ne sont pas que des problèmes et des difficultés, c’est souvent le premier maillon de l’activité économique avec un effet d’entraînement notamment sur le tourisme et les services.
 
Grâce à la détermination du Président de la République lors du Conseil Européen, le budget de la PAC pour 2014-2020 a été préservé. Il permet à Stéphane LE FOLL de mettre en œuvre les engagements pris en octobre dernier au sommet de l’élevage à Cournon. Les zones de montagne vont bénéficier d’une PAC réformée en faveur de l’élevage et de l’emploi, et pour une agriculture diversifiée. C’est plus d’un milliard d’euros qui basculent vers ces territoires.
 
Ces dispositifs concernent notamment l’augmentation de l’indemnité compensatrice de handicap naturel. Les aides concernent également l’installation des jeunes agriculteurs. Elle sera portée à plus d’un milliard d’euros. Le montant sera d’ailleurs spécifiquement majoré en zone de montagne. Le plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles atteindra lui 200 millions d’euros par an pour accompagner les investissements réalisés. Une priorité sera accordée pour l’élevage et le taux d’aide sera plus important pour les zones de montagne.
 
Je veux dire un mot de l’expansion du loup et des prédateurs. Elle pose un problème majeur. La détresse des éleveurs qui en sont victimes doit être prise en compte. Le plafond annuel de loups susceptibles d’être prélevés a été relevé de manière significative une première fois en 2013, et une nouvelle fois en juin 2014. Les décrets d’application d’avenir doivent faciliter le travail des préfets. Et l’essentiel à court terme c’est d’améliorer l’efficacité. Nous voulons être efficaces au niveau national et aussi convaincre l’Union européenne d’évoluer sur cette question. Il s’agit de tenir compte d’une réalité, celle que vivent les éleveurs dans ce territoire.
 
Et vous trouverez, Monsieur le président, Madame la secrétaire générale, Mesdames et Messieurs les élus, le gouvernement à vos côtés. Car sur ce sujet comme tant d’autres, il ne faut pas de démagogie et il ne faut opposer l’environnement, l’écologie et la réalité économique. Je veux qu’on pense d’abord à ces éleveurs qui souffrent, qui travaillent dur et qui font un métier, une mission tout à fait essentielle.
 
La forêt et la filière bois sont un autre atout important. J’ai visité, ce matin, à Albens, une entreprise de construction de charpentes et de maisons en bois. Elle illustre parfaitement la capacité de cette filière à créer des emplois non-délocalisables, des produits innovants et de la valeur ajoutée.
 
Depuis 2012, beaucoup a été fait. Dans le cadre de la nouvelle France industrielle, nous agissons pour dynamiser les industries de la filière bois, pour stimuler l’utilisation du bois dans la construction et pour adapter la fiscalité. Mais la valorisation de notre patrimoine forestier, c’est aussi un enjeu dans la lutte contre les changements climatiques. La forêt est la principale source de biomasse pour la production d’énergies renouvelables. La préservation de la biodiversité, la protection des sols ou le rôle de la forêt dans le cycle de l’eau nous incite à mobiliser l’ensemble des acteurs et partenaires sur cette question importante. Et le gouvernement sera, là aussi, attentif aux propositions du Comité stratégique de la filière bois.
 
Le secteur du ski représente sept milliards d'euros ; c’est près d’un cinquième de notre activité touristique ! Je sais que cette thématique ne concerne pas tous les élus de montagne, mais je veux rappeler ici la volonté du Gouvernement de donner au secteur du tourisme les moyens de demeurer un grand atout pour notre pays. Il faut pour cela savoir se renouveler et s’adapter aux nouvelles pratiques et attentes.

Il faut que les stations s’orientent encore plus vers des activités toute l’année. Cela passe notamment par la valorisation de leurs ressources patrimoniales. Cela passe également par une modernisation du parc immobilier afin d’être utilisé pendant l’ensemble des quatre saisons.
 
Les assises du tourisme – auxquelles vous avez contribué largement – le 19 juin dernier ont permis d’annoncer la mise en place de cinq pôles d’excellence touristiques, dont un consacré à la montagne. Il faut valoriser et structurer une filière autour des enjeux de "la montagne l’été".
 
Le tourisme à la française doit également savoir s’exporter. Le gouvernement souhaite mettre en place une filière afin de valoriser les savoir-faire. La montagne a toute sa place dans ce dispositif !
 
Enfin, permettez-moi ici un mot sur la question du secours en montagne, sujet que je connais bien. Lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, j’ai d’ailleurs assisté au congrès national des sapeurs-pompiers ici même, à Chambéry.
 
La montagne, c’est aussi un territoire qui peut être dangereux. Je connais bien l’implication et le dévouement des sapeurs-pompiers, des gendarmes, des policiers – ceux de la CRS Alpes notamment  –, et je veux dire que nous sommes vigilants à l’efficacité et à la cohérence du secours en montagne. Le secours est une chose. La prévention en est une autre. Et nous devons expliquer les dangers de la  prise de risque, pour soi ou pour les autres.
 

Il y a toujours eu une économie des vallées, s’appuyant sur des spécialisations fortes : l’aluminium en Maurienne, le textile en Ardèche. Il faut préserver ces implantations traditionnelles. Nous y sommes vigilants, car l’industrie doit faire face, aujourd'hui, à des contraintes fortes. La reprise du site de production d'aluminium de Saint-Jean de Maurienne est pour moi l'exemple du redémarrage réussi d'une industrie ancienne. Elle est possible grâce à la conjonction des efforts d'un investisseur industriel et des pouvoirs publics.
 
Au-delà, la pluriactivité est traditionnelle en montagne, il faut avancer sur d’autres sujets. La question de la valorisation du travail saisonnier participe de l’attractivité de nos territoires. La réussite d’une saison tient bien souvent à la qualité des équipes. Le recrutement, la fidélisation et la formation des salariés saisonniers doivent donc être améliorés. Beaucoup de bonnes pratiques existent déjà, il faut les diffuser. Les contrats de travail doivent permettre la valorisation de la fidélité et l’acquisition des compétences.
 

La montagne sera au cœur de l’ambition d’égalité des territoires. 


La montagne, c’est un lieu d’activité économique. Mais c’est avant tout, pour vos administrés, un lieu où ils font leur vie. Je crois qu’à la montagne tout est différent. Les actes quotidiens sont souvent un peu plus compliqués qu’ailleurs : faire ses courses, déposer les enfants à l’école, aller chez le médecin … Le rapport à la nature, lui aussi, est singulier.
 
Je sais que les habitants de la montagne, face aux changements climatiques, aux évolutions des modes de vie, se posent de manière accrue cette question : sera-t-il possible de continuer, dans 30 ans, à vivre et à travailler à la montagne toute l’année ?
 
A cette interrogation l’Etat doit apporter une réponse positive, en repensant et renforçant sa présence dans les territoires de montagne. L’Etat, c’est le garant de la solidarité, de la cohésion, de l’accès aux services publics pour chacun, sur l’ensemble du territoire.
 
C’est particulièrement vrai pour la question de l’accès à la santé. De nombreux médecins de montagne ont pris ou se préparent à prendre leur retraite. Et cela alors qu’exercer ici requiert des compétences et des équipements particuliers. Nous devons redonner de l’attractivité à la médecine générale et attirer les jeunes diplômés. Nous le faisons déjà avec la création de maisons de santé, soutenue par les ARS. Et Marisol TOURAINE travaille au maintien de la présence médicale dans les zones de montagne. Un dispositif de soutien financier à l’activité sera mis en place – dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2015 – afin de  répondre aux contraintes particulières auxquelles doivent faire face les médecins de montagne.
 
Parmi les réponses que nous devons apporter à toutes les situations d’éloignement, le numérique est un facteur d’accessibilité. Il abolit les distances – je dirai même les dénivelés ! Il connecte les habitants entre eux et il rapproche du service public. Dans les territoires dont la géographie est complexe, nous devons faire plus. Ce gouvernement a lancé un programme d’infrastructures de grande ampleur : le plan Très Haut Débit permettra de couvrir l’ensemble du territoire en fibre optique d’ici à 2022, et nous y consacrons 20 milliards d’euro.
 
Beaucoup de vos collectivités ont déjà fait appel au Fonds national pour la société numérique. Je vous engage à poursuivre cette démarche, que nous appuierons. Bien sûr, certains cas très particuliers nécessiteront d’être créatifs, mais les technologies - la fibre optique, la 4G, les satellites -  nous permettront de trouver des solutions adaptées. Mais il appartient à l’État, à la puissance publique de faire pression sur les opérateurs. Il faut que chacun prenne ses responsabilités.
 

 
 
L’objectif des Assises des ruralités, c’est de recenser, d’identifier des solutions d’avenir pour l’ensemble du monde rural. Les réflexions s’appuieront sur le travail déjà engagé par les acteurs de terrain, pour définir les solutions innovantes qui pourraient être généralisées. Et je veux saluer ici, la démarche entreprise par la Région Rhône-Alpes : "Montagne 2040". Elle vise à imaginer l’avenir montagnard. L’objectif est de mettre autour de la table les acteurs économiques, les promoteurs de la montagne, les défenseurs de l’environnement. Ces acteurs partagent un même attachement pour la montagne – l’ANEM les réunit souvent –, mais ils doivent davantage se parler.
 
Les Assises des ruralités doivent enfin permettre de réaffirmer le rôle de l’Etat en matière d’aménagement du territoire.
 
C’est dans cette logique que j’ai souhaité que nous réinvestissions fortement l’outil des contrats de plan Etat-Région, les CPER. Ils seront signés à partir de l’automne et accompagneront la nouvelle programmation des fonds européens, désormais gérés par les Régions.
 
Dans les Contrats de Plan Etat Région, la spécificité des enjeux liés à la montagne est – là encore – prise en compte. Des contrats de plan interrégionaux de massifs seront signés entre les régions concernées et l’Etat. Ils permettront une meilleure gestion en dépassant les frontières administratives. Ce sont au minimum 142 millions d’euros qui seront consacrés par l’Etat à ces contrats de massifs sur la période 2015-2020. J’y vois la preuve de l’intérêt pour ces démarches et les projets qu’ils permettent.
 
Nombre d’initiatives sont nées grâce à ces contrats interrégionaux, sur des questions aussi diverses que le tourisme, l’attractivité du territoire, l’accueil des nouveaux arrivants, ou encore l’accompagnement de la transition écologique.
 
Face aux spécificités de leurs territoires, les populations de montagne ont su trouver des solutions innovantes associant solidarités locales et solidarité nationale. La loi Montagne permet l’expérimentation. Sachons profiter de cette disposition pour surmonter les obstacles et pour faire de la montagne un espace d’innovation !
 

 
Mesdames, messieurs,
 
Cela faisait plus de dix ans qu’un Premier ministre n’était pas venu s’exprimer devant votre Congrès. Et si je suis venu, et si trois ministres m’ont accompagné, c’est parce que nous souhaitons réaffirmer ici que l’Etat est non seulement attaché au maintien d’une politique nationale de la montagne, mais que nous souhaitons en rénover les fondements.
 
Les difficultés, les défis, mais aussi les atouts des territoires de montagne, ce sont les élus – vous toutes et vous tous – qui les connaissez mieux que quiconque, car vous les vivez au quotidien.
 
La réforme territoriale apportera des solutions mais je souhaite, vous l’avez compris, réaffirmer le rôle de l’Etat en matière d’aménagement du territoire, c’est-à-dire de préparation de l’avenir.
 
Quant aux principes qui guidaient la loi Montagne, ils sont toujours d’actualité. Mais leur mise en œuvre doit être rénovée. Je veux ouvrir un nouveau cadre de travail avec vous. Dans cet esprit, le premier Comité interministériel à l’Egalité des territoires – il aura lieu cet automne – doit préparer l’organisation d’un nouveau Conseil national de la Montagne. Il devra s’appuyer également sur les réflexions que conduira un parlementaire en mission. Il sera désigné prochainement. En tout cas, je souhaite que le Conseil National de la Montagne puisse se réunir le plus vite pour rénover ce cadre et cette politique indispensables à nos territoires et à la solidarité nationale.
 
C’est dans ce cadre qu’il nous faut, ensemble, préparer une nouvelle étape. 30 ans après, sachons garantir à la montagne son rôle et sa place dans notre pays.
 
La France est un grand et magnifique pays, je ne cesse de le dire. Grand notamment par la diversité, la richesse et la beauté de ses paysages. J’ai l’occasion de les parcourir avec toujours le même émerveillement. Nous avons des littoraux magnifiques, des villes de patrimoine et d’histoire, des territoires dynamiques – toute cette énergie dans nos quartiers et nos campagnes –, et ces montagnes, celles qui vous sont si chères. Oui, la grandeur de la France, c’est cette diversité. Et c’est à nous tous de nous mobiliser pour la préserver et la faire resplendir : plus que jamais, la montagne est l’avenir de la France.
Discours du Premier ministre au 30e congrès de l’ANEM, à Chambéry (Savoie)