19 août 2014 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls I du 02 Avril 2014 au 25 Août 2014

Discours du Premier ministre - 70e anniversaire du soulèvement de la préfecture de Police

"La préfecture de police devient alors le premier bâtiment public libéré, le symbole de l'ordre républicain retrouvé, le point de départ de la reconquête."
Monsieur le ministre, cher Bernard Cazeneuve,
Monsieur le préfet de police,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Madame le maire de Paris, chère Anne Hidalgo,
Mesdames, messieurs les maires d’arrondissement,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,70 ans, jour pour jour, nous séparent du 19 août 1944. Et comme chaque année, fidèles à la mémoire de vos ainés, nous nous rassemblons pour nous souvenir du courage, de la témérité, du sacrifice de celles et ceux qui ont su braver la barbarie. Pour faire triompher la liberté ! Et pour redonner à notre pays sa dignité et une destinée !

Oui, 70 ans déjà nous séparent de ces moments inouïs de liesse qui emplirent la capitale. Après les saisons de souffrances, après la rudesse des combats, des déferlements de joie vinrent exprimer le soulagement de tout un peuple ; un peuple muré depuis quatre ans dans l’angoisse des lendemains : les privations, les dénonciations, les arrestations, les rafles, la brutalité et l’arbitraire de l’occupant, la trahison de ceux qui avaient fait le choix de la collaboration.
Dès le mois de juin 1940, la ville lumière fut plongée dans l’obscurité. Ces mots de Jules Supervielle, regardant depuis l’exil sa France malheureuse, résument bien les choses : à Paris, même les « eaux de la Seine, jour et nuit (…) coulaient emprisonnées ».

Et il fallut de nombreux jours et de nombreuses nuits pour que Paris, enfin, brise ses chaînes.

70 ans nous séparent … et pourtant, tout nous ramène vers ces instants … Et s’ils semblent si proches de nous, c’est parce qu’un lien survit au temps : les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité pour lesquelles des femmes et des hommes ont choisi de se battre. Des valeurs qu’à notre tour nous avons la charge de défendre, de faire vivre et de transmettre.

Aujourd’hui, rassemblés, nous accomplissons notre devoir : rappeler le prix des combats et rappeler aussi ce qui s'est passé en août 1944. Ici-même, il y a 70 ans, la police parisienne prenait toute sa part au rétablissement de nos institutions, et à la restauration de notre idéal démocratique et républicain, qu'elle n'aurait jamais dû cesser de servir.

Tout débute le 10 août quand les cheminots, suivis des postiers, démarrent une grève insurrectionnelle. Cinq jours plus tard, les policiers refusent à leur tour de prendre leurs postes de travail.

Le 19 août au matin, plus de 2 000 gardiens de la paix se regroupent sur le parvis de Notre-Dame. Ils ont un objectif : se rendre maitres du lieu où nous nous trouvons. Et ils y parviennent ! Vers 9 heures, un drapeau tricolore est hissé et vient relever à nouveau le bleu du ciel. Puis, sortant d’un trop long silence, la Marseillaise résonne dans cette cour.

La préfecture de police devient alors le premier bâtiment public libéré, le symbole de l'ordre républicain retrouvé, le point de départ de la reconquête.

Car l’heure est venue de chasser l’ennemi de la capitale. L'insurrection redevient pour le peuple de Paris « le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Les combats font rage. Les Forces Françaises de l’Intérieur, sous le commandement du colonel Rol-Tanguy organisent résistances et barricades. Les fonctionnaires de police sont de toutes les batailles.

Et après cinq jours de lutte acharnée, cinq jours durant lesquels les Parisiens résistent seuls, les premiers éléments de la deuxième division blindée du général Leclerc atteignent le centre de la capitale.

Paris, encouragé par la bravoure de ses policiers, galvanisé par la progression des troupes alliées depuis les plages de Normandie et de Provence, a tenu bon ! Et Paris, enfin, a été libéré !

Ici, dans ce lieu, une page glorieuse a été écrite par des policiers, des patriotes qui n’ont écouté que leur coeur et leur conscience.

Le résultat de leur soulèvement était incertain ; le risque était immense. Mais rien ne les arrêta. Et c’est à chacune de ces prises de risque individuelles, à chacun des 167 policiers tombés entre le 19 et le 25 août que nous devons rendre hommage. Nous leur devons notre liberté.

Et c’est pour cela que leur souvenir doit vivre. Tout comme doit vivre dans les mémoires, la multitude d’actes quotidiens, presque anodins, qui contribuèrent aussi à la Libération de Paris. N’oublions jamais que nombreux furent celles et ceux qui participèrent.
 

La cohésion fut aussi une preuve de confiance face à ce qui pouvait sembler une fatalité. Le 25 août, quand Paris se retrouve, Albert Camus, dans son éditorial du journal Combat, écrit : « ceux qui n’ont jamais désespéré d’eux-mêmes ni de leur pays trouvent sous le ciel leur récompense ».

Cette récompense fut obtenue au prix fort du courage. Face aux dangers, aux peurs, en dépit de moyens matériels limités, nombreux se surpassèrent. Quelque chose de plus grand qu'eux les animait, les guidait, malgré les risques encourus.

La cohésion, la confiance, le courage : c’est cela l’élan de la Libération. Et si les défis d’aujourd’hui n'ont plus rien à voir avec ceux d’hier, je crois qu’il y a là un message que nous devons entendre. Ce message vaut pour chacun d’entre nous. Et il vaut pour vous toutes et vous tous dans l’accomplissement de vos missions.

Je sais que l’engagement, le dévouement, la défense de la République peuvent passer, aux yeux de certains, pour des valeurs désuètes, obsolètes. Elles ne le sont pas ! Et vous en faites chaque jour la démonstration.

Tout comme Bernard Cazeneuve – parce que j’ai eu l’honneur d’occuper avant lui les fonctions de ministre de l’Intérieur – je connais les risques, les difficultés de vos métiers. Je mesure les conséquences de vos choix professionnels sur vos vies personnelles, sur vos familles, vos proches. Vous avez choisi de servir la France en protégeant les Français. Vous, comme des milliers d'autres fonctionnaires et militaires incarnez l'ordre, la sécurité, la justice, la liberté, c’est-à-dire la République. C'est une vocation exigeante, dangereuse parfois, mais tellement nécessaire.

Je sais combien les Parisiens apprécient votre professionnalisme et votre efficacité. Et ils ont conscience que l’histoire de cette maison est une histoire glorieuse. Sachez être fiers de cette fourragère rouge ! Et sachez toujours trouver la force de servir !

Servir fut, il y a 70 ans, une vocation tragique. Ça l’est encore parfois. Trop souvent. Sur notre sol, ou ailleurs dans le monde.

Servir, c’est une vocation qui mérite respect et considération. Je ne me lasserai jamais de le répéter : l'Etat, c'est notre bien commun, un bien précieux, le seul patrimoine des plus démunis. Et c'est aussi à ce sens de l'Etat, si cher au général de Gaulle et à Jean Molin, que nous rendons hommage aujourd'hui, en commémorant la Libération de Paris.



Mesdames, messieurs,

L’année 2014 est une année importante de mémoire pour la France, mais aussi pour l’Europe et pour le monde. Depuis plusieurs semaines, et pour quelques semaines encore, derrière le Président de la République, autour des anciens combattants et avec les jeunes générations, nous nous souvenons.

Nous nous souvenons de tous les combats. Nous nous souvenons des résistants, des maquisards du Vercors et des Glières. Nous nous souvenons des atrocités de la guerre, des martyrs d’Oradour-sur-Glane et de Tulle, de la rafle du Vel’ d’Hiv où la France a perdu son honneur. Nous nous souvenons de ces soldats venus de tous les horizons pour faire souffler sur notre continent un vent de liberté.

Sur les plages de Normandie, au mois de juin, et en Provence, il y a quelques jours, devant des chefs d’Etat de nombreux pays, le Président de la République a rappelé que la liberté n’est jamais acquise, qu’elle est toujours un combat.
 
C’est aussi cela le message que Paris porte dans le monde, parce que l’histoire en a voulu ainsi : un message de progrès et d’émancipation des peuples.

Ces mots « Paris, libéré ! » n’appartiennent pas qu’aux Parisiens. Ils n’appartiennent pas qu’aux Français. Ils appartiennent à l’humanité toute entière. Car la Libération de Paris ne fut pas que la libération de la capitale de la France, elle fut aussi un moment essentiel de la lutte contre le totalitarisme. Bien sûr, les combats durent se poursuivre, de longs mois, et jusqu’au coeur de Berlin, mais à Paris, le 25 août 1944, on sait déjà que la démocratie va renaître.

C’est dès lors à nous de perpétuer l'esprit, le message et la volonté de celles et ceux qui, les armes à la main, ont redonné à Paris sa liberté et sa splendeur ; ont redonné à notre pays sa souveraineté et sa grandeur.

Vive la République !

Vive la France !
 
Discours du Premier ministre - 70e anniversaire du soulèvement de la préfecture de Police