#Panthéon2015 : pourquoi nous devons connaître ces quatre figures de la Résistance

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay entrent au Panthéon. Quatre figures de la Résistance qui ont dédié leur vie à la France. La Nation leur rend aujourd’hui hommage. Voici pourquoi il faut les connaître.
 

Germaine Tillion (1907-2008)

 
Rien n'est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être absolu. Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d'empêcher le pire.
Germaine Tillion

Germaine TillionParce qu’elle était intrépide

Diplômée en ethnologie en 1932, Germaine Tillion part seule dans les Aurès, un massif montagneux de l’est algérien, auprès des tribus berbères semi-nomades chaouïa en 1934. Son directeur de thèse, Marcel Mauss, considéré comme le "père" de l’ethnographie française, disait d’elle : "Je sais que là où il y a danger, vous êtes toujours".


Parce qu’elle a fait de sa détention une expérience scientifique

Germaine Tillion entre dans la Résistance dès 1940, juste après l’annonce de la capitulation française par le maréchal Pétain. Arrêtée sur dénonciation le 13 août 1942, elle est déportée le 21 octobre 1943 à Ravensbrück, camp destiné aux opposants politiques de la catégorie Nacht und Nebel ("Nuit et brouillard"). Elle y fait la connaissance de Geneviève de Gaulle, qui devient son amie, mais y perd sa mère dans les chambres à gaz. Durant sa détention, elle étudie le fonctionnement du camp, interroge ses codétenues et crée même une opérette-revue, Le Verfügbar aux Enfers. Ces travaux serviront de base à Ravensbrück (1988), dont elle entame la rédaction dès sa libération en 1945.

Parce qu’elle est restée engagée, sa vie durant

En 1954, Germaine Tillion est chargée par le gouvernement français d’une mission d’information en Algérie. Elle y crée alors les centres sociaux destinés à lutter contre la "clochardisation" des populations musulmanes. Elle analyse les dysfonctionnements de la société coloniale. Pendant la guerre, elle enquête sur la torture et s’emploie à convaincre les deux parties de négocier. Retraitée en 1974, Germaine Tillion continue à militer jusqu’à sa mort, en 2008, pour les droits des femmes, cause qui lui est chère, mais aussi pour la paix entre Israël et la Palestine et pour les  sans-papiers en France.  A 97 ans, elle s’est encore dressée contre la torture en Irak en 2004.
   

Jean Zay (1904-1944)

 
Les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas.
Jean Zay

Portrait de Jean ZayParce qu’il a lutté contre les inégalités scolaires

Avocat de formation, Jean Zay est élu député à seulement 28 ans. Il est nommé, à 32 ans, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts par Léon Blum, le 4 juin 1936. Il est reconduit à ce poste jusqu’à sa démission du gouvernement, le 2 septembre 1939, lors de la déclaration de la guerre. Il prolonge, dès son entrée en fonction, l’obligation scolaire de 13 à 14 ans par la loi du 9 août 1936. Son projet consiste à unifier l’enseignement élémentaire pour créer un premier degré, et organiser un second degré diversifié.  A la rentrée scolaire de 1937, il crée à titre expérimental des "classes de 6e d’orientation" ayant pour objectif de proposer aux familles, à partir d’un "tronc commun", une orientation vers le classique, le moderne et le technique. Il fait également entrer la culture et le sport à l’école, dès 1938, dans le cadre d’une expérimentation.

Parce qu’il a promu la culture et créé le Festival de Cannes

Jean Zay est également chargé des Beaux-Arts et crée à ce titre le musée d’Art moderne, le musée des Arts et Traditions populaires, le musée de l’Homme. Il réorganise les théâtres nationaux, développe la lecture publique, encourage le principe des bibliothèques mobiles (les bibliobus) et crée le Festival de Cannes, qui aurait dû voir le jour en septembre 1939, s’il n’y avait eu la guerre. Jean Zay a également fondé une politique de recherche, avec les premiers secrétaires d’État chargés de la Recherche scientifique Irène Joliot-Curie, puis Jean Perrin. C’est enfin lui qui a fondé le CNRS et l’Ena.

Parce qu’il a été assassiné pour avoir résisté

Engagé volontaire au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'oppose à l’armistice et embarque en juin 1940 sur le paquebot Massilia, avec vingt-six autres parlementaires, dont Pierre Mendès France, pour poursuivre la lutte depuis l’Afrique du Nord. Arrêté au Maroc, transféré en France, Jean Zay est condamné à la réclusion à perpétuité. Emprisonné à Riom, il est assassiné le 20 juin 1944 par des miliciens venus le chercher sous prétexte de le transférer dans une autre prison. 
   

Geneviève De Gaulle-Anthonioz (1920-2002)
 

On a besoin de connaître le passé pour éviter les mêmes erreurs et aussi pour comprendre ce qui nous entraîne en avant, ce qui est noble et porteur. On a le devoir de témoigner.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz

Portrait de Geneviève de Gaulle-AnthoniozParce qu’elle est l’une de ces femmes qui ont résisté

Geneviève de Gaulle-Anthonioz est la fille de Xavier de Gaulle, frère aîné du général de Gaulle. Elle s’engage dès juin 1940 dans le groupe de résistance du musée de l’Homme et multiplie les actions de renseignement et d’information, notamment au sein du réseau "Défense de la France". Arrêtée le 20 juillet 1943, elle est déportée à Ravensbrück où elle arrive le 3 février 1944. Elle y fera, notamment, la connaissance de Germaine Tillion. Elle attendra plus de cinquante ans pour relater sa Traversée de la nuit (1998). De son expérience de la déportation, elle raconte :"Je fus déportée à Ravensbrück dans un convoi de mille femmes, issues de tous milieux, de toutes convictions politiques. Nous avions une chose en commun : avoir à un moment de notre vie refusé l’inacceptable."

Parce qu’elle a lutté toute sa vie contre les inégalités sociales

Geneviève de Gaulle-Anthonioz est membre du cabinet d’André Malraux en 1958. Mais bientôt, elle renonce à ses tâches officielles pour assister le père Joseph Wresinski qui vient de fonder, en 1957, l’association Aide à toute détresse, ATD (renommée quelques années plus tard ATD Quart Monde). Présidente de 1964 à 1998 de la section française d’ATD Quart Monde, elle se réjouit de la création du revenu minimum d’insertion sous le gouvernement de Michel Rocard (en septembre 1988). Rapporteur du Conseil économique et social sur la lutte contre la grande pauvreté, elle participe à l’adoption, en juillet 1998, de la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions. Dans Le Secret de l’Espérance (2001), elle écrit : "Lutter contre l’humiliation, croire que l’homme a une valeur, c’est ce qui nous sépare de la barbarie."
   

Pierre Brossolette (1903-1944)

 
La gloire est comme ces navires où l'on ne meurt pas seulement à ciel ouvert mais aussi dans l'obscurité pathétique des cales. C'est ainsi que luttent et que meurent les hommes du combat souterrain de la France.
Pierre Brossolette

portrait de Pierre BrossoletteParce qu’il avait une plume engagée 
 
Pierre Brossolette entre premier à l’École normale supérieure en 1922 et est reçu deuxième à l’agrégation d’histoire en 1925. Il se distingue très vite par ses engagements : membre de la Ligue des droits de l’homme, de la Ligue internationale contre l’antisémitisme. Entré à la Grande Loge de France en 1927, il adhère à la SFIO en 1930. Entamant une brillante carrière de journaliste en 1926, spécialiste des relations internationales, il avertit ses lecteurs de la menace nazie dès 1930. Antimunichois farouche, mobilisé le 23 août 1939, Pierre Brossolette rejoint le groupe de résistance du musée de l’Homme en mars 1941. Membre en novembre 1941 du réseau "Confrérie Notre-Dame" du colonel Rémy, il y a la responsabilité de la presse et de la propagande. La qualité de ses rapports attire l’attention des services de la France libre qui décident de le faire venir à Londres en avril 1942. Depuis la Grande-Bretagne, il produit de nombreux articles. Ses interventions à la BBC sont des modèles d’éloquence.

Parce qu’il a combattu sur le terrain, en France  

Parachuté en France le 4 juin 1942, Pierre Brossolette est nommé, le 1er octobre, adjoint du colonel Passy à la tête des services secrets de la France combattante (le "Bureau central de renseignements et d’action"). Le général de Gaulle, qui le nomme Compagnon de la Libération le 17 octobre 1942, souligne les "très importantes et périlleuses missions" clandestines qu'il effectue alors, signe "d’un dévouement exemplaire au service de la France". Durant l’hiver 1943, il se consacre à la coordination des mouvements de résistance de la zone Nord et contribue ainsi à la formation, en mai 1943, du Conseil national de la Résistance et de l’état-major de l’Armée secrète. Après un voyage à Alger en août 1943, où il rencontre le général de Gaulle, il effectue son ultime départ pour la France, le 19 septembre 1943, pour une mission de liaison.

Parce qu’il donné sa vie à la Résistance

Arrêté en Bretagne le 3 février 1944, il est conduit à Paris au siège de la Gestapo, 84 avenue Foch, le 19 mars 1944. Torturé, Pierre Brossolette se donne la mort en se jetant par la fenêtre du 5e étage, le 22 mars 1944, sans avoir parlé.