16 novembre 2016 - Actualité

"Nous devons construire une Nation éducative. C’est le cœur du nouveau contrat social qu’il faut inventer"

Manuel Valls s'est rendu, le 16 novembre 2016, à l’École supérieure du professorat et de l'éducation de l’académie de Versailles, située à l'université de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), en présence de Najat Vallaud-Belkacem. Lors de son discours, le Premier ministre a dévoilé un nouveau projet pour la France, celui d'une Nation éducative qui fasse le pari du savoir et de l'intelligence pour affronter dans un esprit de résilience les défis de la mutation du monde.
 
Une Nation éducative pour ce début du 21e siècle : c'est le contrat social qu'est venu proposer le Premier ministre à l'université de Cergy-Pontoise. "Nous devons construire une Nation éducative. C'est le cœur du nouveau contrat social qu'il faut inventer" et le "21e siècle peut être le siècle d’une Nation éducative ! D’une Nation qui fait le pari du savoir, de l’intelligence", a déclaré le Premier ministre. 

Un monde en pleine mutation

Pourquoi une Nation éducative ? "Je veux une Nation éducative, c’est-à-dire une Nation qui résiste par son intelligence collective, une Nation qui utilise son sens critique et qui est donc armée contre la démagogie, […] dans ce monde complexe, traversé par les peurs, les craintes et, on l’a vu récemment, tiraillé par les populismes", a déclaré le Premier ministre. "Un monde complexe", théâtre de "mutations" importantes, qui réclame aujourd'hui des adaptations économiques et sociétales.
 
"Notre pays, chacun le ressent, est à un tournant", constate  le Premier ministre.  Tournant économique et technologique, tout d'abord, avec l'avènement d'un nouveau modèle industriel avec des outils technologiques basés sur le digital. Dans cette société du tout-numérique, "les parcours, les métiers évoluent à toute vitesse. […] On estime que près de 50 % des métiers pourraient disparaître dans les 20 ou 30 prochaines années." Avec une réalité : "les jeunes qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail changeront, au cours de leur vie, plusieurs fois de profession", d'où le rôle primordial de la formation et, principalemen, de la formation continue qu'a rappelée le Premier ministre avec, notamment, la reconnaissance du parcours évolutif et souple de la formation tout au long de la vie professionnelle, grâce au Compte personnel d'activité (CPA).
 

À la croisée des chemins

Dans un monde en mutation constante, "la création de valeur implique de toujours plus innover, d'être à la pointe" d'autant, constate Manuel Valls, "que notre monde, ce sont aussi des pays-continents qui se dressent devant nous avec leurs doctorants, leurs ingénieurs, leurs populations de mieux en mieux formés." Face à cette concurrence, "nos nations vont devoir se lancer dans une course aux qualifications pour peser de tout leur poids dans cette nouvelle donne internationale des savoirs", a déclaré le Premier ministre.
 
Mais "une Nation éducative, ce n'est pas seulement répondre aux impératifs économiques, […] ma conviction, c'est qu'il n'y a pas de projet politique viable, qui ne soit pas basé sur l'éducation", a estimé le Premier ministre. Un projet politique qui doit faire face aujourd'hui au défi d'un tournant sociétal où dans une "société qui se fragmente, se fracture, le modèle républicain ne parvient pas à donner la confiance nécessaire pour se projeter dans l'avenir".
 
Avec un danger, la remise en cause du modèle social et de ses outils de transmission citoyenne. Car, constate Manuel Valls, "c'est la possibilité même de progrès social et d'émancipation individuelle – c'est-à-dire, le refus de toute forme d'assignation, sociale, ethnique, culturelle, territoriale – qui est, au fond, remis en cause." Or, "l'émancipation, c'est donner à chacun, par la connaissance, la culture, les savoirs académiques, une plus grande maîtrise sur son environnement" et, partant, les voies de l'intelligence.
 
Dans ce monde à la croisée des chemins où les savoirs et les modes de vie subissent une transformation radicale, "nous devons nous adapter au monde qui a profondément changé mais nous ne devons pas subir ces évolutions". Et pour cela, miser sur l'intelligence. En se rendant à l’École supérieure du professorat de l’académie de Versailles à l'université de Cergy-Pontoise, le Premier ministre est venu "évoquer ce qui est un des piliers du projet de société, du contrat social que nous devons bâtir et que je veux porter. Je veux parler de l’éducation, du savoir, de la formation, de la recherche ; bref, de l’intelligence". Le "pilier " du contrat social de cette Nation éducative, c'est l'école et une société active de la transmission des savoirs : "voilà pourquoi je veux donner de la force à notre système éducatif et au fond de la force à tous les Français", a déclaré le Premier ministre.  Et, pour ce faire, engager résolument le système éducatif et la société vers le 21e siècle.
 

Un triple dépassement

L'école d'aujourd'hui, franchit une nouvelle étape. Et le Premier ministre fixe un cap : "le 19e siècle, vous le savez, c’est la loi Ferry, l'école gratuite, laïque et obligatoire. Le 20e siècle c'est la massification de l'enseignement, c’est l’émergence de la formation professionnelle. Le 21e siècle doit être le siècle d’une Nation éducative, d'une Nation qui fait profondément le pari du savoir, de l'intelligence, et qui se mobilise, c'est mon projet, il doit être celui de la France."
 
"La Nation éducative nous engage à un triple dépassement ", nous dit le Premier ministre :
  1. un dépassement générationnel, puisque l'éducation devient un processus permanent ;
  2. un dépassement social, au nom même de cette belle idée d'égalité, avec de nouvelles opportunités offertes à tous ;
  3. un dépassement politique enfin, car […] la Nation éducative met la coopération, l’engagement, l’entraide au cœur de la vie de nos territoires. 

Une aspiration profonde d'apprendre et de transmettre

"Nous devons inventer de nouvelles formes de solidarité", c'est l'ambition exprimée par le Premier ministre dans le contenu de son nouveau pacte social. Et pour cela, prolonger les actions des acteurs de l'éducation dans des formes citoyennes de transmission des savoirs. Car il y a "une aspiration profonde" de la transmission "chez les Français, une envie de transmettre des compétences, des connaissances, des expériences et, d'un autre côté, il y a un désir d'apprendre, de comprendre", souligne le Premier ministre.
 
Il faut aussi "élargir le prisme, réfléchir ensemble à la manière dont nous pourrions, au-delà de l'éducation, de l'université, impliquer tous les Français, quelle que soit leur situation - les travailleurs, les retraités, de plus en plus nombreux, les chômeurs, les bénéficiaires de minima sociaux qui le demandent - dans des contrats d'éducation avec le reste de la société, car nous percevons en effet cette aspiration profonde", propose le Premier ministre pour qui "il faudrait permettre à ceux qui maîtrisent les codes, de les expliquer à ceux qui n'ont pas le sentiment de les avoir, par exemple, tout simplement, pour trouver un emploi".

En créant "un environnement favorable, mobiliser, canaliser cette envie d’engagement, permettre à chaque citoyen de construire un programme personnalisé pour enseigner ou apprendre les savoirs fondamentaux, français, mathématiques, langues étrangères, pratique artistique...", les pouvoirs publics peuvent jouer leur rôle.
 

Un citoyen éclairé et engagé

L'objectif n'est pas utilitariste, mais de faire du citoyen un acteur émancipé, maître et acteur conscient de son savoir et en capacité de se forger un destin. "Voilà ce que nous pouvons mettre en place pour redonner aux familles, qui ont parfois l'impression d'être spectatrices d'un monde décidé par d'autres, pour redonner à des territoires entiers qui se sentent oubliés, la capacité d'agir, la maîtrise de leur destin, pour mettre le savoir à la portée du plus grand nombre. […] Lancer ce processus permettra de renouer avec l'essence même du projet républicain et engagera une nouvelle ère de progrès collectif et individuel. […] Ce projet c'est le retour de la capacité de la République à créer des destins", a déclaré le Premier ministre.

"Aller plus loin"

"Construire cette Nation éducative exige de la détermination, de la persévérance, sur le long terme", a déclaré le Premier ministre. Cela exige aussi un budget important. Avec 3 milliards d'euros supplémentaires en 2017, le budget de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de  la Recherche est le premier budget de la Nation.  Après avoir posé, depuis 2012, "les premiers jalons […] d'une école de la République" remise "au cœur de notre projet commun", a déclaré le Premier ministre, "il faut désormais aller plus loin" en "construisant une vraie mixité sociale […] pour tirer tout le monde vers le haut", et pour porter la recherche vers l'excellence internationale.
 
Avec un investissement massif  de 1 milliard d'euros par an sur plusieurs années, "dès maintenant", a précisé le Premier ministre, pour "dans les 10 prochaines années, créer ces 10 campus internationaux qui rivaliseront avec les meilleures universités mondiales", ambitionne le Premier ministre.