Feuilleton #LoiMacron, épisode 3 : Ahmed décrochera-t-il son permis de conduire ?

Que changera la loi Macron dans notre quotidien après son entrée en vigueur ? Nous avons imaginé son impact, pendant une semaine, sur la vie de plusieurs habitants d’une petite ville, dans un avenir proche. Ce mercredi, Ahmed passe (enfin) son permis de conduire.
 
Picto représentant l'auto-écoleCe matin, Ahmed est nerveux. Il répète machinalement et en boucle les mêmes gestes devant la glace de sa salle de bains. A côté, dans la chambre, Antoine, son mari, se prépare pour aller au travail. " … temps nuageux et quelques risques d’averses dans la matinée. Le ciel sera dégagé tout l’après-midi", explique la miss météo à la télé, dont le son lui parvient depuis la chambre. "De la pluie, ce serait bien ma veine", pense Ahmed. A 11h, il a rendez-vous sur le parking de la mairie. C’est le jour J : après plusieurs mois d’apprentissage, il passe son permis de conduire.

"Je file, je suis en retard. Bonne chance ! Je penserai à toi à 11h", lui dit Antoine par l’entrebâillement de la porte.
A savoir
Le permis de conduire est un élément essentiel de l’insertion sociale et professionnelle, en particulier pour les jeunes. La détention du permis de conduire est un critère d’embauche pour 65% des employeurs.
L’enjeu de cet examen est considérable pour Ahmed. Son employeur lui a proposé récemment de devenir commercial dans l’entreprise de fourniture de papier qui l’emploie depuis plusieurs années. Pour assurer ces nouvelles responsabilités, avoir son permis de conduire est indispensable. Le parcours d’Ahmed est exemplaire : apprenti dans l’imprimerie à 18 ans, il a gravi peu à peu les échelons de cette entreprise qui se développe. Pour le PDG de son entreprise, il n’y a aucun doute : Ahmed a les épaules pour prendre la direction des relations commerciales de l’ensemble de la région. Cela veut dire plus de déplacements. Jusqu’alors, il se rendait au siège de son entreprise en train ou demandait à Antoine de le déposer. Aujourd’hui, ce n’est plus possible : il est indispensable qu’il obtienne son permis de conduire pour accepter le poste.

En sortant de chez lui, il croise Marie, sa voisine, qui part travailler à SuperPrix, la supérette du centre-ville.

- "Alors Marie, des nouvelles de Johann ? Ses vacances se passent bien ?"
- "Des nouvelles… si on veut ! Un sms depuis son arrivée et pour lui parler, il faut que j’appelle plusieurs fois de suite. Il est trop occupé à s’amuser avec son cousin."
- "Si tu arrives à le joindre tu lui diras que, ça y est, je vais le passer ce fichu permis ! Et avec un peu de chance, je vais même l’avoir. Tu me déposerais à la mairie en allant au travail d’ailleurs ?

 
A savoir
Le prix d’un forfait "20h", en moyenne de 1 000 euros, peut varier entre 800 euros et 1 600 euros. La moyenne nécessaire constatée se situe davantage autour de 35h, pour un prix par conséquent plus élevé encore. À ce coût, s’ajoute le "prix de l’échec" pour 40% des candidats qui présentent l’examen pratique pour la première fois : au-delà des nécessaires heures de conduite additionnelles, s’ajoutent celles prises pour se maintenir à niveau dans l’attente d’une nouvelle date d’examen – cela représente en moyenne 200 euros par mois. Ces montants sont élevés au regard du pouvoir d’achat des jeunes et de leur famille, et, malgré certaines aides financières de l’État. À titre d’illustration, la moitié des personnes sous le seuil de pauvreté n’a pas le permis.
Marie accepte, ils s’entraident beaucoup entre voisins. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’Antoine, le mari d’Ahmed, serve également de chauffeur à son fils Johann, lorsqu’elle n’est pas disponible pour le faire elle-même. Sur le chemin, Ahmed lui raconte que Johann aime le taquiner sur le fait qu’il n’ait pas encore son permis, à 35 ans passés. "Il m’assure qu’il le passera dès qu’il aura 18 ans, pour être plus autonome".

A son époque, se souvient Ahmed, passer le permis, c’était tout un budget : 1 500 euros en moyenne et jusqu’à 3 000 euros si on ne l’avait pas du premier coup. Les délais d’attente étaient de plus très longs : 98 jours en moyenne entre le premier et le second examen. Et s’il fallait le repasser une seconde fois, on attendait en moyenne entre 3 et 5 mois ! "Je travaillais l’été mais, malgré ça, je n’économisais pas assez."

Depuis, la loi Macron a créé un service universel du permis : le temps d’attente ne peut plus excéder 45 jours et toute personne formée dans ce but doit se voir permettre l’accès à l’examen, quel que soit son mode de formation, libre ou en auto-école.

Picto représentant une voiture d'auto-écoleAinsi, quand Marie le dépose ce mercredi matin sur le parvis de la mairie, c’est Gérard, un agent de La Poste, qui l’attend pour lui faire passer l’examen. Les autres instructeurs étaient occupés, mais la loi permet de recourir dans ce cas à des agents publics ou contractuels formés et habilités comme examinateurs du permis. Cela a permis à Ahmed de passer l’épreuve plus rapidement et donc de répondre dans les temps à la proposition de son employeur. Comme à l’époque où la plupart des hommes passaient leur permis pendant leur service militaire, avec des instructeurs de l’armée comme examinateurs !


Picto représenant le permis de conduireUne heure plus tard, Ahmed sort de la voiture de Gérard, heureux. L’examen s’est bien passé et Gérard l’a félicité pour sa conduite. Mais on ne sait jamais ! Depuis la réforme du permis de conduire, le suspense est heureusement de courte durée. Dans 48 heures, il pourra consulter les résultats sur internet et même télécharger son permis probatoire. Et Ahmed espère bien pouvoir célébrer son permis de conduire, et donc son nouveau poste, vendredi soir pour bien commencer le week-end !