Marc : " La seule sculpture qui me préoccupe, c'est celle que je vais faire demain"

 
Photo de Marc Petit
Depuis sa première exposition à 24 ans, à Villeneuve-sur-Lot, le sculpteur Marc Petit n'a cessé d'exprimer à travers ses réalisations monumentales en bronze sa vision de la destinée humaine. Aujourd'hui âgé de 56 ans, Marc Petit a une  renommée mondiale. Ses œuvres ont été exposées dans plus de 30 pays en Europe et aux Etats-Unis. La ville d'Ajaccio a ouvert, depuis 2008, les portes du musée Marc Petit qui présente une trentaine de ses oeuvres. En mars 2016, la ville de Limoges, où il s'est installé depuis plus de 30 ans,  lui a consacré une rétrospective en présentant 74 de ses sculptures. Depuis janvier 2017, la galerie Schwab Beaubourg, à Paris,  lui consacre  un espace où sont exposés une quarantaine de ses bronzes.
 
Natif de Saint-Céré dans le Lot, c'est plus au sud, à Cahors, qu'il passera la majeure partie de son enfance. C'est aussi dans la cité carducienne qu'il aura le "premier souvenir d'une sculpture avec le Centaure du  parc Olivier de Magny."  Il découvre la sculpture à 14 ans "en taillant par hasard un caillou" et reste marqué par ce moment important où "quelque chose s'est passé". "J'ai eu la certitude ce jour-là que je serais sculpteur. Que ça allait remplir ma vie car c'est là-dedans que je pouvais essayer de comprendre plein de choses. "
 
À l'âge de 17 ans, Marc Petit se forme à la taille de pierre et au modelage auprès de René Fournier, ancien élève des Beaux-Arts de Paris. C'est de ce maître qu'il retirera un premier enseignement : "en sculpture, il faut faire venir la force de l’intérieur, qu'elle pousse vers l’extérieur. Autrement, tu feras toujours une sculpture molle."  Un adage qu'il va faire sien en se lançant corps et âme dans le métier.
 
La rencontre avec Serge Lorquin va jouer un rôle primordial dans la carrière du sculpteur. Grand Prix de Rome de sculpture en 1949, son deuxième mentor se montrera un critique intraitable et permanent sur son œuvre pour faire grandir le potentiel artistique de son élève.  "Justifie moi cette partie, ce point-là…", lui demandait inlassablement son maître. Pour Serge Lorquin, "chaque détail de la sculpture doit porter la sculpture toute entière, le bras, le genou, l'orteil, le nombril… doivent dire toute la sculpture", nous rapporte Marc Petit. Une longue collaboration et une amitié s'installent jusqu'à la mort de Serge Lorquin à 75 ans, en 1999.
 
Tout comme ses oeuvres, Marc Petit est un être entier. Pour lui, "être sculpteur, c'est s'investir totalement. C'est sans compromission que l'on va à l'atelier. C'est un moment de vérité où l'on met sa vie sur la table."  L'humain est au centre du travail du sculpteur. "Rien n'est plus beau comme modèle et comme matière, mais si je travaille sur l'humain c'est parce que j'ai besoin du sentiment". À travers la représentation humaine, c'est de la vie dont parle l'artiste. "Plus une sculpture porte en elle d'éléments qui fabriquent la vie, plus elle sera riche. Il faut qu'elle soit remplie d'émotions, de sentiments, de tendresse, d'affection, de pleurs et de douleur aussi" car "une œuvre d'art nous montre la vérité."  Avec les corps et les visages qu'il donne à voir de manière brute et sans fards, les êtres humains qu'il met dans l'espace sont pour lui "l'expression du bonheur de vivre en un temps éphémère."
 
"Si je suis un artiste c'est parce que fondamentalement je veux laisser une trace sur terre", nous dit ce créateur insatiable. Et parce que "demain pourrait n'être plus, la seule sculpture qui me préoccupe, c'est celle que je vais faire demain." 
 
Portrait réalisé par Patrick Do Dinh