Défilé du 14 juillet 1952

Les "14 juillet" emblématiques : 1880, 1890, 1919, 1945…

Si le 14 juillet commémore la victoire d'une ère nouvelle sur l'Ancien Régime, la fête nationale a subi, au cours des siècles, les aléas de l'histoire. Retour sur quelques 14 juillet emblématiques du Second Empire à nos jours.
 

1870-1880 : le 14 juillet "hors la loi" ?

Dans les années 1870, marquées par la défaite du Second Empire et la répression sanglante de la Commune de Paris, la nature du régime reste incertaine : la France évoluera-t-elle vers une monarchie, une République censitaire ou une véritable République démocratique ?

Thiers, en 1872, interdit la moindre esquisse de fête nationale républicaine. Une circulaire confidentielle déclare même le 14 juillet "hors la loi [car] il est probable que les anniversaires des 14 et 15 juillet servent de prétexte à des réunions et banquets politiques". La République se devait d'être modérée et, surtout, aurait dû, selon les vœux de Thiers, être censitaire (seul celui qui payait le cens - l'impôt - pouvait être électeur ou éligible).

La fête nationale du 30 juin 1878

 Le tableau de Claude Monet (1840-1926) "La Rue Montorgueil à Paris. Fête du 30 juin 1878."Pourtant, à la fin de cette période, plusieurs cérémonies installent le rituel de la fête républicaine. A l'occasion de l'Exposition universelle qui se tient à Paris, le ministère de l'Intérieur organise la fête nationale du 30 juin 1878, dite "fête de la paix et du progrès", marquée par l'omniprésence du drapeau tricolore et immortalisée par le peintre Monet (La rue Montorgueil, La rue Saint-Denis), qui écarte toute référence trop directe à la Révolution mais célèbre la République.

D’autres fêtes annoncent les 14 juillet à venir : le double centenaire de la fête de Voltaire et de Rousseau en 1878 ; la fête républicaine du 14 juillet 1879 initiée par Gambetta, en présence de Louis Blanc et Victor Hugo. La France ne commémore pas encore le 14 juillet, mais rend hommage à des héros parmi les plus populaires de la Révolution. Pendant ces grandes fêtes, se systématisent les banquets, les toasts civiques, la représentation de Marianne qui seront au cœur du rituel du 14 juillet.

Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés, selon laquelle "la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet". L’Assemblée vote le texte dans ses séances des 21 mai et 8 juin ; le Sénat l’approuve dans ses séances des 27 et 29 juin 1880 à la majorité de 173 contre 64, après qu’une proposition en faveur du 4 août eut été refusée.

Le 14 juillet 1880 : la consécration du 14 juillet comme fête nationale

Défilé du 14 juillet 1880La loi est promulguée le 6 juillet 1880. Un défilé militaire est organisé sur l'hippodrome de Longchamp devant 300 000 spectateurs, en présence du président de la République, Jules Grévy. En 1880, à Paris, deux cérémonies importantes dominent la fête. A commencer par l’inauguration d’un monument, la place de la République, où une statue de bronze représentant une femme drapée d’une toge à l’antique et coiffée d’un bonnet phrygien, incarne la République. Haute de 9 m 50, elle repose sur un piédestal de 15 m 50, sa main droite tend un rameau d'olivier tandis que son bras gauche repose sur les Tables de la Loi sur lesquelles il sera par la suite gravé "Droits de l'homme". Trois grandes statues de pierre ceignent le piédestal et représentent la Liberté tenant des fers brisés et brandissant un flambeau, l'Egalité tenant le drapeau tricolore et une équerre à niveau, et la Fraternité entourée d'attributs agricoles et d'enfants en train de lire. C’est l’œuvre de deux frères, Léopold Morice (1846-1919) et Charles Morice (1848-1918). Cette même année a lieu la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée, puisque c'est le 14 juillet 1880 qu'est confirmée la fonction du drapeau tricolore comme emblème national. Le président Grévy remet aux régiments qui lui sont présentés des drapeaux bleu-blanc-rouge frangés d'or et frappés du signe "RF".

Pour le reste, le programme officiel (voir l'extrait ci-dessous) inaugure l'essentiel du rituel républicain qui se précisera peu à peu au cours des années 1880. La fête débute par une retraite aux flambeaux le 13 au soir, puis s’enchaînent les manifestations civiles et militaires, les "banquets républicains", les feux d'artifices, les fêtes locales, qui se termineront souvent à l'aube. Les maires de France jouent très vite un rôle central dans l'organisation et le déroulement des cérémonies et des festivités qui s'ensuivent.
 
Le programme de la fête nationale du 14 juillet 1880
"Distribution de secours aux indigents. Grands concerts au jardin des Tuileries et au jardin du Luxembourg. Décorations de certaines places, notamment de la place de la Bastille et de la place Denfert où l’on verra le fameux Lion de Belfort qui figurait au Salon de cette année, monument élevé au colonel Denfert-Rochereau, de glorieuse mémoire - illuminations, feux d’artifices - ajoutons les fêtes locales, comprenant des décorations, des trophées, des arcs de triomphe, le tout organisé par les soins des municipalités de chaque arrondissement avec le concours des habitants."

Le 14 juillet 1890 : le centenaire de la Fête de la Fédération

14juillet1790 - Fete de la federationLe centenaire de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, fut particulièrement bien célébré, davantage que le centenaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. La République modérée de cette fin du XIXe siècle préfère mettre à l’honneur cette date plus consensuelle. A travers tout le pays, les discours des maires célèbrent les acquis de la République : la conscription notamment, votée en 1889, qui doit permettre à terme de laver l'affront de la défaite de 1870.

Depuis la fin des années 1880, les instituteurs, fameux "hussards noirs de la République", sont presque toujours membres des comités d'organisation du 14 juillet. L'école se distingue lors de cette journée, qu'elle "enjolive avec ses solennelles remises de prix des 14 juillet, organisées dans plus des deux tiers des communes pour symboliser la méritocratie républicaine" (Rémi Dalisson). Les bals de fin de journée, organisés dans presque toutes les communes, connaissent un succès croissant avec leur décor tricolore, leurs nombreuses Marianne et lampions, leur musique, souvent celle des régiments ou des pompiers et le mélange des classes sociales. Le "petit bal popu" devient le symbole du 14 juillet.

Le 14 juillet 1919 : le souvenir des morts et des disparus

14 juillet 1919 - Poilus en 1918Le 14 juillet 1919 est la première célébration de la mémoire des morts et des disparus. Après la victoire de la Grande Guerre de 1914-1918, les rescapés défilent sur les Champs-Élysées. Cet hommage aux combattants, morts comme survivants, voulu par Clémenceau, deviendra l'ordinaire des célébrations du 14 juillet. La France a tenu "parce qu'elle était une nation", selon l’expression de l’historien J.-J. Becker. Pour la veillée d’honneur aux morts de la patrie, dans la nuit du 13 au 14, le pouvoir dresse un cénotaphe géant, entouré de canons pris à l’ennemi, sous l’Arc de triomphe. Le défilé de mille "gueules cassées", mené par le nouveau député de la Meuse André Maginot, volontaire de 1914 amputé d’une jambe, précède celui des troupes alliées victorieuses, qui défilent dans l’ordre alphabétique. L’armée française clôt le défilé.

"Cette double célébration fut aussi le triomphe définitif du 14 juillet, fête largement militarisée incarnant la nation qui ne fut plus guère contestée dans cette fonction", pour l’historien Rémi Dalisson.
De nouvelles commémorations
A côté du 14 juillet, d’autres dates viennent bientôt s'inscrire au calendrier des fêtes nationales : la fête nationale de Jeanne d’Arc, célébrée chaque première semaine de mai à partir de 1920, qui permet de perpétuer l’Union sacrée des tranchées et de dépasser les clivages politiques ; celle de la commémoration de l'armistice de 1918, le 11 novembre. La loi de 1922 fixe les règles pour toutes les premières célébrations du 11 novembre : pas de défilé militaire, des drapeaux en berne, la solidarité avec les morts dont on lit les noms devant le monument aux morts, la minute de silence et les sonneries.

Le 14 juillet 1945 : le défilé de la Libération

14 juillet 1945 - Revue aérienne à LongchampLe 14 juillet 1945 est "plus que jamais fête nationale puisque la France y fête sa victoire, en même temps que sa liberté", selon les mots du général de Gaulle. Le général qui, cinq ans plus tôt, s’adressant aux Français à la radio de Londres, avait proclamé : "Le 14 juillet 1940 ne marque pas seulement la grande douleur de la patrie. C’est aussi le jour d’une promesse que doivent se faire tous les Français par tous les moyens dont chacun dispose, résister à l’ennemi, momentanément triomphant, afin que la France, la vraie France, puisse être présente à la victoire". Régulièrement, pendant la guerre, la BBC appelle les Français à manifester ce jour-là.

Le 14 juillet 1945 est marqué par trois jours de réjouissances civiques. On célèbre avec solennité la veillée du 13 juillet. Un splendide éclair de lumière jaillit sous l'Arc de triomphe. Le cortège des troupes victorieuses se déplace de la place de la Nation à celle de la Bastille puis à l'Arc de Triomphe. Les troupes sont alors passées en revue par le général de Gaulle.

Le 14 juillet 1974 : de la Bastille à la République

Place de la République Avec un défilé de la Bastille à la République, le 14 juillet 1974 est un 14 juillet "nouveau style". La place de la Bastille est l’épicentre des manifestations, autour de la colonne de juillet. Les soldats défilent à pied à travers les quartiers de Paris, comme à l’époque de la Bastille, selon le vœu du nouveau président, Valéry Giscard d’Estaing. Les lieux du défilé varient pendant les cinq années suivantes (cours de Vincennes, Champs-Élysées, École militaire, Champs-Élysées, République-Bastille). Depuis 1980, les Champs-Élysées sont redevenus le cadre du défilé.
 
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Le 14 juillet 1989 : le bicentenaire de la Révolution

14 juillet 1989 - Défilé La Marseillaise Jean Paul GoudeLe 14 juillet 1989 a été un moment fort de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. De nombreux chefs d'État étrangers ont pu assister, le matin même, au défilé militaire traditionnel et le soir, au spectacle monumental du publicitaire Jean-Paul Goude sur le thème des "tribus planétaires". Le défilé est retransmis en direct à la télévision dans 102 pays. Cette célébration atypique du 14 juillet suscite des polémiques mais rencontre un grand succès dans une année pourtant chargée en événements tragiques, avec l’agonie du bloc de l’Est ou l’écrasement de la révolte étudiante en Chine. Elle clôt ainsi la série des "14 juillet" festifs et culturels des années 1980.

Le 14 juillet 2007 : sous le signe de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2007, le premier de la présidence de Nicolas Sarkozy, s’est déroulé sous le signe de l’Europe, avec la présence inédite de détachements des 27 pays membres de l’Union. Dans la tribune d’honneur dressée sur la place de la Concorde, le président en exercice de l’Union européenne (UE), le président de la Commission européenne et celui du Parlement européen assistent notamment au défilé. Le Chœur des armées françaises et les petits chanteurs à la Croix de bois ont entonné avant le défilé La Marseillaise et le Chant des Partisans. Ils l’ont clos par l’Hymne à la joie.