Lassana Bathily pendant sa cérémonie de naturalisation
20 janvier 2015 - Actualité

Lassana Bathily : la fierté d'être français

"Je ne suis pas un héros, je suis Lassana". Le 20 janvier 2015, Lassana Bathily est devenu français lors d'une cérémonie officielle organisée par le ministre de l'Intérieur en présence de Manuel Valls. C'est sa bravoure qui est récompensée. C'est son rêve qui est réalisé.
 
Quand il entre dans la salle des fêtes du ministère de l'Intérieur, elle est déjà comble, le bouquet d'objectifs des caméras de télévision braqué vers le pupitre. En costume noir et chemise blanche, face au parterre de ministres, parlementaires, représentants des associations et des cultes, mais aussi amis et membres de sa famille, Lassana Bathily, timide et peu habitué à être le centre de l'attention, se tient aux côtés de Manuel Valls alors que Bernard Cazeneuve revient sur son parcours de jeune Malien ordinaire devenu héros national.

Ce 20 janvier est un jour important pour Lassana. C'est un jour important pour la France qui, toujours en deuil des 17 victimes des attentats qui l'ont frappée en plein coeur, aime à se rappeler qu'il reste de belles histoires. Comme celle de Lassana Bathily, 24 ans, né au Mali et arrivé en France en 2006. A Paris, il fréquente le lycée professionnel Jean Jaurès. Il y obtient un CAP. Depuis 2012, il travaille à l'Hyper Cacher, cette supérette de la porte de Vincennes devenue tristement célèbre le 9 janvier 2015. Ce jour-là, quatre Français ont été tués par un terroriste parce qu'ils étaient juifs. La vie de Lassana a basculé, il est devenu un héros en cachant plusieurs personnes dans la chambre froide du magasin et en leur sauvant la vie. Pourtant, lui ne pense pas avoir agi de façon exceptionnelle. Il estime, et il aime à le rappeler, avoir fait simplement ce qu'il fallait faire. "Mon coeur a parlé et m'a fait agir", "je ne suis pas un héros, je suis Lassana, je resterai moi-même".

Lassana BathilyCet acte de bravoure explique que sa naturalisation soit intervenue un peu plus tôt que prévu. Mais il aurait été naturalisé sans cette tragédie, souligne Bernard Cazeneuve, car cette obtention de la nationalité française est l'aboutissement d'un parcours d'intégration. Lassana en avait fait la demande en juillet 2014. Par un décret du 16 janvier, il est désormais français. Ce 20 janvier, c'est des mains du Premier ministre qu'il reçoit son décret de naturalisation, une lettre du président de la République et, surtout, son passeport. "Dès mon enfance, je rêvais d'être français", a déclaré Lassana Bathily. "Il est agréable de réaliser les rêves des valeureux", souligne Bernard Cazeneuve.

"Je suis très heureux", explique sobrement Lassana lorsqu'il prend la parole à la tribune. Son discours, il l'a soigneusement préparé. Il y exprime sa fierté, son bonheur, ce rêve de plusieurs années enfin réalisé. Mais aussi sa peine. "J'ai perdu quelqu'un que j'aimais bien", ce collègue, Yohan Cohen, mort en héros, et avec qui Lassana s'est toujours bien entendu. "On s'appelait boss-boss", évoque-t-il avec émotion, rendant hommage aux autres victimes de la prise d'otages.

Quand la cérémonie s'achève, la presse se retire. Lassana peut alors se mêler à la foule de ceux venus partager cette étape importante de sa vie. Il serre des mains, se prête au jeu des photos. Quand on lui demande ce qu'il va faire maintenant, il répond tout simplement qu'il va aller voir sa famille, en Afrique. Il a besoin de son regard, de ses conseils, de sa bénédiction. Le jeune homme réservé tient contre son coeur son passeport tout neuf et affiche un large sourire. Son bonheur ne fait nul doute, il est écrit sur son visage. Sa fierté, elle, se lit dans ses yeux. La fierté d'être français.