Mathieu Nebra

"La transformation digitale est un enjeu national de compétitivité"

Il aurait pu être distingué à 13 ans. Mais Mathieu Nebra a attendu quelques années, et que son projet d'adolescence devienne une véritable start-up, pour figurer parmi les 10 Français les plus innovants selon le MIT. Rencontre avec un jeune entrepreneur qui fait de l'éducation une priorité.
 
13 ans
C'est l'âge auquel Mathieu Nebra lance son 1er site, le Site du Zéro.
A 13 ans, alors que les garçons de son âge jouaient très certainement au football ou aux jeux vidéo, Mathieu Nebra, lui, développait son premier site internet. "Par curiosité intellectuelle", comme d'autres assemblent les pièces d'une maquette d'avion ou font des châteaux de sable. Le jeune homme, entièrement autodidacte à l'époque, rencontre vite un problème de taille : il ne trouve aucun manuel pour débutants en librairie. Frustré, il achète tout de même quelques livres et se forme sur le tas, comme il peut. Une mauvaise expérience qui va inspirer son premier site, le Site du Zéro. Mathieu Nebra décide en effet de rendre service à deux amis et d'offrir, sur ce site, ces tutoriels pour débutants qui lui ont tellement manqué. Ce site, il va s'en occuper pendant 13 ans.

Après un baccalauréat scientifique, celui qui fait aujourd'hui partie des 10 Français les plus innovants selon le MIT suit naturellement une formation d'ingénieur à l'EFREI, une école spécialisée en informatique et technologies du numérique. "Je n'avais pas, à la base, de vocation entrepreneuriale. Mais le site a beaucoup grossi pendant mes études", explique-t-il. Un succès essentiellement dû au bouche-à-oreille. Avec Pierre Dubuc, un membre actif de la communauté du Site du Zéro, il fonde la société Simple IT, rebaptisée par la suite pour devenir l'actuelle OpenClassrooms, qui poursuit l'ambition du projet originel : des cours 100% en ligne, accessibles à tous. "J 'ai hésité entre tout arrêter ou y aller complètement", avoue-t-il. "Tout arrêter et prendre un job dans une SSII, c'était normal et rassurant pour mes parents. Mais, avec du recul, je sais que je le referais sans problème, même si j'ai pris un gros risque."

 
"En 2007, l''écosystème des start-up à Paris était très loin d'être aussi développé qu'aujourd'hui. Il y a désormais une vraie dynamique, des incubateurs partout, des formations."
Quand il crée sa start-up en 2007, deux ans avant la fin de ses études, la démarche est loin d'être courante. "L'écosystème des start-up à Paris était très loin d'être aussi développé qu'aujourd'hui. Il y a désormais une vraie dynamique, des incubateurs partout, des formations". Ainsi, son école d'ingénieur n'intègre pas du tout la dimension entrepreneuriale de son parcours, ce qui a, depuis, changé. Openclassrooms, aujourd'hui, c'est 2,7 millions de personnes qui viennent se former sur la plateforme tous les mois, une communauté d'un million de membres qui ont un compte sur le site et qui ont créé un peu plus de 1 000 cours. "C'est une démarche communautaire", explique le jeune entrepreneur, "nous cherchons notre business model constamment". La start-up a ainsi été pendant un temps maison d'édition, a fait, et fait toujours un peu, de la publicité. "Notre principal business model, à l'heure actuelle, c'est la vente de services sur le site, de comptes Premium. Les cours sont toujours gratuits mais la certification est payante, de même que le fait de faire les cours à son rythme ou d'être accompagné par un mentor". Un service dont le nombre de clients à quadruplé depuis un an.

Si Mathieu Nebra reconnaît que la distinction du MIT est valorisante, pour lui comme pour son équipe, il espère, qu'au-delà de la satisfaction personnelle, elle permettra de qualifier le sérieux de la démarche. "Les projets innovants sont toujours en dehors du cadre traditionnel, c'est le propre de l'innovation, mais cela n'est pas toujours très bien compris pour ne pas dire très bien perçu. La distinction du MIT a des chances de nous aider à rassurer des gens extérieurs qui commencent à nous découvrir", analyse-t-il.

La French Tech, il avoue qu'il ne savait pas du tout à quoi s'attendre, mais a été agréablement surpris. "Cela a permis de structurer, de donner une identité à l'environnement start-up". Plus personnellement, la French Tech a permis à Openclassrooms de participer au festival South by Southwest à Austin, aux États-Unis, et de bénéficier par la même occasion de la visibilité médiatique de l'événement. Mathieu et son associé ont également participé au Jeudigital, organisé à l'initiative d'Axelle Lemaire.

"Il se passe beaucoup de choses. Le bilan est très positif, il faut continuer." Pour le jeune Français, il faut même aller plus loin, notamment en insufflant la culture entrepreneuriale à l'école. "On ne m'a jamais dit à l'école, ni en études supérieures ni au lycée ou au même collège, que je pouvais être entrepreneur", regrette-t-il. Et la meilleure manière de l'enseigner, c'est encore de permettre à des entrepreneurs de venir parler aux élèves. "Ceux qui peuvent en parler le mieux et transmettre leur passion, ce sont les entrepreneurs. Il faut créer des ponts entre l'entreprise et l'école".

 
"La transformation digitale est un enjeu de compétitivité et tout vient de la formation, j'en suis convaincu."
"Plus largement, c'est la culture numérique qu'il faudrait enseigner dès le collège", estime Mathieu Nebra. Notamment en enseignant la programmation informatique plus tôt. "On y perd : ces profils sont recherchés. Les grandes entreprises font appel aux start-up pour les aider sur la transformation digitale. C'est un problème très global et donc national de compétitivité. C'est un gros sujet et tout vient de la formation, j'en suis convaincu". Dernier point d'amélioration : le manque de filles dans les métiers de l'informatique, notamment parmi les développeurs. "C'est un problème de culture et la culture ça met du temps à changer. Là où le Gouvernement a une responsabilité, c'est dans la formation initiale."


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