Discours de Manuel Valls lors du  Comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation
9 mai 2016 - Actualité

"La lutte contre le djihadisme est le grand défi de notre génération"

Manuel Valls a présidé, le 9 mai 2016, le Comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation, en présence de 10 ministres. Le Premier ministre a présenté un nouveau plan pour lutter contre la radicalisation et le terrorisme. 80 mesures, dont 50 nouvelles, qui constituent une nouvelle impulsion à la politique du Gouvernement contre le terrorisme et la radicalisation.
 
Une nouvelle étape dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation a été franchie par le Gouvernement pour faire face au grand défi de la lutte contre le djihadisme. Ce phénomène d’ampleur, qui ne touche pas que la France, concerne aujourd’hui plus de 2 000 personnes identifiées dans les filières syro-irakiennes. "Depuis l’Europe, ce sont 5 000 individus qui sont partis depuis le début du conflit. Un bon nombre est resté sur place. 627 d’entre eux sont français – soit le contingent le plus important parmi les combattants européens", a précisé le Premier ministre. Par ailleurs, près de 9 300 personnes ont été signalées pour radicalisation. Il est à présent nécessaire de bâtir une stratégie nationale de lutte contre la radicalisation et le terrorisme, qui mobilise tous les pans de l’action publique.
  Ce plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) se substitue dès le 9 mai 2016 à celui adopté en 2014. Ces 80 mesures, dont 50 nouvelles, se répartissent en 7 priorités :
 
  1. détecter les trajectoires de radicalisation et les filières terroristes le plus tôt possible ;
  2. surveiller, entraver et neutraliser les filières terroristes ;
  3. combattre le terrorisme dans ses réseaux internationaux et dans ses sanctuaires ;
  4. densifier les dispositifs de prévention de la radicalisation pour assurer une prise en charge individualisée des publics ;
  5. développer la recherche appliquée en matière de contre-discours et mobiliser l’islam de France ;
  6. mieux protéger les sites et les réseaux vulnérables ;
  7. savoir réagir à toute attaque terroriste et manifester la résilience de la Nation.  

Détecter la radicalisation

Repérer les cibles radicalisées, mesurer leur dangerosité, comprendre la manière dont les filières s’organisent sont autant de préalables pour les empêcher de nuire. C’est aussi la condition d’une prise en charge adaptée des personnes sur le point de basculer. Un numéro vert national, activé en 2014, a permis le recueil et le traitement des signalements. Une grille d’analyse commune a été élaborée sur ce qu’est un signalement dangereux et ce qui ne l’est pas. Elle est désormais partagée par les écoutants de la plateforme, par les services de renseignement, par les cellules départementales de suivi.


 
Il faut agir sur les déplacements des terroristes pour "empêcher les terroristes de circuler, de trouver des armes ou des financements". Pour ce faire, le PNR français sera progressivement mis en service à compter de cet été.


 
"La radicalisation en prison doit faire l’objet d’un traitement spécifique", a souligné le Premier ministre. "L’administration pénitentiaire sera dotée d’un service de renseignement de plein exercice, après avoir déjà créé des unités dédiées de regroupement de détenus radicalisés – je l’avais annoncé en janvier 2015. Aumôneries, programmes de formation, sécurisation des établissements pénitentiaires : rien ne doit être négligé pour contenir l’influence d’imams autoproclamés, qui recrutent dans le milieu carcéral", a annoncé le Premier ministre.


 

Agir contre la radicalisation

Une lutte opérationnelle contre les filières est menée sur le sol français. Tout d’abord, en coupant toutes sources de financement : "quiconque s’engage dans les filières terroristes perd le bénéfice des droits sociaux", a déclaré le Premier ministre. "Le ministère du Budget procède également au gel des avoirs financiers de groupes ou d’associations suspectées de financer le terrorisme."


 
"La répression du terrorisme appartient à l’autorité judiciaire", a poursuivi Manuel Valls, réaffirmant cette "vérité intangible : un terroriste doit être traduit en justice et condamné". Lorsque la justice ne dispose pas d’éléments suffisants pour engager des poursuites, "le dispositif de contrôle et d’évaluation doit être très strict. Je pense notamment à ceux qui reviennent en France après être partis faire le djihad." Il faut donc "encadrer très strictement le retour en France de ces individus" dans le cadre de la prise en charge des personnes radicalisées.

Combattre la radicalisation, c’est aussi agir militairement contre les sanctuaires terroristes à l’étranger. L’action militaire à l’international sera poursuivie contre un ennemi parfaitement désigné : Daech et Al Qaïda qui opèrent en Syrie, en Irak et au Sahel. "L’État islamique recule", a déclaré le Premier ministre, qui reste prudent, car "nous savons combien la menace est mouvante, combien elle peut changer de front, adapter ses modes d’action".


 

Prévenir la radicalisation


L’École est en première ligne pour agir en amont de la prévention de la radicalisation. "Le contrôle des établissements hors contrat et de l’enseignement à domicile sera poursuivi et intensifié", a déclaré Manuel Valls. La culture est également un des acteurs principaux contre la radicalisation, en agissant contre "l’obscurantisme et la manipulation des esprits". De plus, "l’éducation aux médias doit prendre de l’ampleur, elle est la meilleure arme contre le complotisme".
 
Un ensemble de mesures sectorielles permettra d’agir, ministère par ministère, chacun apportant sa culture professionnelle, ses réseaux et son savoir-faire.
Manuel Valls
Le 9 mai 2016

Prendre en charge les personnes radicalisées ou en voie de radicalisation

1 600 jeunes et 800 familles concernés par la radicalisation font aujourd’hui l’objet d’un accompagnement adapté par les cellules de suivi des préfectures de leur département. Police, enseignants, travailleurs sociaux ont appris à partager leurs informations, à mutualiser leurs actions.
 
100 millions d'euros
pour le Fonds interministériel de prévention de la délinquance destiné à financer la réalisation d'actions dans le cadre des plans de prévention de la délinquance et dans le cadre de la contractualisation mise en œuvre entre l'État et les collectivités territoriales en matière de politique de la ville.
Le plan présenté le 9 mai se donne pour objectif de doubler, d’ici à deux ans, les capacités de prise en charge des personnes radicalisées. Cela suppose que le pilotage national soit renforcé. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et – à compter d’aujourd’hui – de la radicalisation bénéficiera d’effectifs renforcés.

Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) avait été doté de 60 millions d’euros supplémentaires sur trois ans. Afin de financer certaines mesures nouvelles de ce plan, ce montant sera porté à 100 millions d’euros. Les autres seront financées dans le cadre des lois de finances, sur les budgets des ministères.

Des centres de citoyenneté et de réinsertion

D’ici à 2017, chaque région devra être dotée d’un centre d’hébergement de longue durée pour la prise en charge de personnes radicalisées. Le premier "Centre  de citoyenneté et de réinsertion" sera mis en place cet été. Ces centres accueilleront des individus "dont nous éprouverons la sincérité et la volonté de réinsertion dans la durée", a précisé Manuel Valls.


 
"Les services publics gérés par les collectivités ont un rôle fondamental à jouer dans la prise en charge de certaines personnes radicalisées", a expliqué le Premier ministre. "L’État souhaite nouer un partenariat beaucoup plus actif avec les collectivités territoriales. Face à la déstabilisation de certains quartiers, les maires et les conseils départementaux ne peuvent, bien sûr, rester seuls." Il a annoncé la tenue d’une journée de mobilisation et d’échanges avec les collectivités locales pour renforcer les actions conjointes entre l’État et ces dernières. "Je m’y exprimerai personnellement", a-t-il annoncé.

Mobiliser la recherche et construire des contre-discours

Mais au-delà de la prise en charge immédiate du danger terroriste, il est indispensable d’analyser l’ensemble des ressorts qui conduisent à l’enfermement dans la radicalisation. "Les champs d’analyse sont larges : social, sociologique, mais aussi psychologique. La mission de l’État est de fournir à la recherche publique les moyens d’investir ce terrain d’étude encore pionnier, par des créations de postes, l’attribution de bourses de recherche, ou encore la création d’un Conseil scientifique. Mais l’État a aussi intérêt à tirer tout le parti des savoirs ainsi acquis pour concevoir, évaluer et améliorer les politiques de traitement de la radicalisation. Ce plan intègre donc de telles initiatives", a précisé le Premier ministre.
 
Le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme établit une stratégie globale : elle agit à la fois en amont, pour prévenir, détecter, traquer la radicalisation, et en aval, pour la combattre. Elle agit, enfin, pour protéger les Français.
Manuel Valls - 9 mai 2016

Combattre la radicalisation se fait aussi à l’échelle des idées et des valeurs. Outre le fait "de renforcer les partenariats avec les géants du Net, pour qu’ils nous aident à stopper la diffusion de propagande filmée", il convient aussi de faire entendre les voix de l’islam de France qui doivent "parler encore plus fort qu’elles ne le font aujourd’hui. Je l’ai dit : il y a un combat idéologique au sein de l’islam. Et nous serons toujours aux côtés de ceux qui prônent l’apaisement et l’adhésion aux valeurs de la République", a affirmé le Premier ministre.
 

 

Protéger les Français

"Ce plan agit pour protéger les français", a expliqué Manuel Valls, qui a sensibilisé sur le danger toujours imminent "d’une menace qui, n’en doutons pas, frappera de nouveau […] dans l’ère de hyper-terrorisme." Ainsi, "la DGSI estime que, depuis 2013, trois tentatives d’attentats ont échoué, et 15 projets d’attentats ont été déjoués" , a-t-il précisé.
 
La protection des sites sensibles (lieux de grands passages comme les gares ou les aéroports, sites classés Seveso…) est une dimension primordiale de la stratégie. Elle mobilise de nombreux agents de polices et de militaires dont 7 000 dans le cadre de l’opération Sentinelle. Le plan d’action présente l’ensemble des mesures activées pour prévenir l’accès de personnes radicalisées à ce type de sites. Les enquêtes administratives, ce que l’on appelle le "criblage", seront renforcées et régulièrement réactualisées. Plusieurs de ces dispositifs renforcés entreront en œuvre dès cet été, avec une vigilance particulière pendant l’Euro 2016.


 
La prise en charge des victimes est une dimension que le Premier ministre a également tenu à souligner. Les mesures concrètes du plan dans ce domaine seront déployées avant la fin de l’année.
 
Nous devons revoir nos doctrines d’engagements, nos plans de sécurité civile. Alerter la population, former les intervenants, être capable d’intervenir encore plus vite, prendre en charge les victimes : c’est toute la chaîne de la gestion de crise qui doit s’adapter.
Manuel Valls
Le 9 mai 2016