Nicolas Huchet

"La France a tout intérêt à être pionnière en matière d'innovation sociale"

Nicolas Huchet n'est pas un inventeur. Il insiste beaucoup là-dessus. Pourtant, il est parmi les 10 Français les plus innovants selon le MIT. En créant le lien, avec son projet BionicoHand développé grâce à la main robot InMoov, entre ingénieurs, prothésistes et personnes handicapées, il agit sur un domaine encore trop peu exploité : l'innovation sociale.
 
A la suite d'un accident du travail, en avril 2002, Nicolas Huchet, alors mécanicien industriel, est amputé d'une main. Appareillé d'une prothèse myoélectrique il se reconvertit dans le dessin industriel, puis part vivre en Irlande et y devient ingénieur du son. Aujourd'hui, il forme les ingénieurs du son de demain. En 2012, après 10 ans d'utilisation, la prothèse atteint ses limites. Nicolas Huchet apprend alors l'existence des prothèses polydigitales, qui permettent notamment de bouger les doigts. "J'ai découvert, en même temps, que ce n'était pas remboursé par la Sécurité sociale. A l'époque cela coûtait 30 000 euros". Inaccessible pour la plupart des personnes handicapées.

Il découvre en parallèle l'existence d'un FabLab (un laboratoire de fabrication ouvert au public) à Rennes, où il vit. Ce FabLab accepte de travailler avec lui sur un projet un peu fou : fabriquer une prothèse à partir d'une main robot, en l'imprimant en 3D. Cette main robot existe, c'est le projet InMoov, développé par Gaël Langevin et open source. "Je n'ai rien créé, mais j'avais l'expérience d'une personne handicapée pour dire comment fonctionne une prothèse et ce dont j'avais besoin". Le LabFab de Rennes cherche alors des solutions pour transformer l'InMoovHand, la main robot, en prothèse. "Cette prothèse a été développée avec les moyens du bord, dans un garage. Un vrai projet do it yourself !", raconte Nicolas Huchet.

 
"Ce qui m'intéressait, c'était d'apprendre à utiliser des machines pour réparer mon corps."
Le projet fonctionne, et la BionicoHand commence à faire parler d'elle à Rennes, puis dans les salons français du numérique, les Maker Faire, et très vite en Italie, en Russie, aux États-Unis ou plus récemment en Inde. Nicolas Huchet s'en fait l'ambassadeur à travers le monde. "Cette main robot n'était pas et n'est toujours pas destinée à l'utilisation en tant que prothèse. Pour moi, c'était totalement impossible de le faire, trop compliqué d'utiliser l'imprimante 3D, etc. Ce qui m'intéressait, c'était d'apprendre à utiliser des machines pour réparer mon corps. C'est ça qui m'a remotivé".

"On a prouvé qu'on pouvait faire des choses avec les moyens du bord et que si on avait des ressources humaines et des moyens, on pourrait faire bien plus". Le projet est encore work in progress, explique le jeune Français. Il est lui aussi open source : "cette main robot est le résultat d'un travail open source, d'une communauté. Il est donc logique que nous continuions à faire la même chose".

 
"L'idée est de créer ce lien entre la personne handicapée, le prothésiste et l'ingénieur pour vraiment répondre à un besoin."
Pour le jeune Français, la distinction du MIT a du sens, car elle reconnaît l'innovation sociale. "J'ai toujours eu et j'aurais toujours cette sensation d'être inférieur à quelqu'un qui a fait des grandes études", explique-t-il. "Je ne suis ni ingénieur ni prothésiste, je suis un peu entre les deux", poursuit-il. Pour autant, son rôle est essentiel : il crée le pont entre concepteurs et utilisateurs. "L'idée est de créer ce lien entre la personne handicapée, le prothésiste et l'ingénieur pour vraiment répondre à un besoin. Porter une prothèse, je sais ce que c'est."

De cette expérience est née une association, My Human Kit, autour d'une idée : la santé pour tous. Elle promeut la prise en charge de la personne handicapée par elle-même, pour "réapprendre, trouver une raison à son handicap, se donner une raison d'être". "Nous avons une autre vision du handicap, une vision artistique. On a pas à en avoir honte". L'ambition de l'association : créer un lieu à Rennes, un FabLab du handicap qui s'appellerait HandiLab et regrouperait tous les projets open source liés au handicap dans le monde, "parce qu'aujourd'hui des projets comme le mien il y en a plein dans le monde". Cet endroit serait dédié à la fabrication de tous les projets pour permettre aux personnes handicapées de venir les tester, les valider ou les améliorer. "Créer un lieu de R&D mettant en lien les ingénieurs, les prothésistes, les personnes handicapées et pourquoi pas des travailleurs sociaux." Un lieu qui serait inédit dans le monde.

Nicolas Huchet espère que cette distinction du MIT lui permettra de trouver des soutiens, financiers notamment. "Je n'ai pas l'expérience du business, même si je suis bien entouré. Mais il est clair que nous avons besoin d'un soutien, pour aller plus loin. Internationalement, il y a quelque chose à faire. Le terrain est prêt : la France a tout intérêt à être pionnière dans le domaine !", explique-t-il. Au-delà de l'aspect social de son projet, il y a un enjeu d'innovation. "Open source ne veut pas dire gratuit. Et en se protégeant trop, on met aussi des freins à la recherche et l'innovation".
 
 
Suivre BionicoHand
Twitter