28 juin 2016

"L'Europe est face à un choix, c'est notre responsabilité historique de nous en saisir"

Manuel Valls a prononcé un discours, le 28 juin 2016, à la tribune de l’Assemblée nationale, sur les suites du référendum britannique et la préparation du prochain Conseil européen. Pour le Premier ministre, la décision des Britanniques est l’occasion de donner une nouvelle impulsion historique à l’Europe.
 
Réinventer l'Europe : tel est le message porté par le Premier ministre devant la représentation nationale après le vote des Britanniques en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Depuis le 24 juin dernier, date du référendum britannique, l'Europe est à la croisée des chemins. "Ma conviction, c’est que cette crise, comme toutes les crises, est l’occasion d’une grande transformation", a déclaré Manuel Valls.
 
"Les Britanniques se sont exprimés. Il faut respecter ce choix démocratique. Il s’impose à nous tous", a-t-il expliqué. Pour autant, ce serait une erreur "historique" de "croire que ce référendum ne regarde que les Britanniques. Non, c’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit, donc avant tout, pour ce qui nous concerne, du peuple français."


 

L’Europe se fera avec les peuples

Le vote des Britanniques révèle "une fracture [qui] a des causes profondes." "Ce n'est pas uniquement une question de normes tatillonnes, c'est aussi une question de  souveraineté démocratique et d'identité", a précisé Manuel Valls. "D'identité, car les peuples ont l'impression que l'Europe veut diluer ce qu'ils sont et ce que des siècles d'histoire ont façonné. Or, une Europe qui nierait les nations – Philippe Séguin l'avait prédit avec une grande lucidité – ferait simplement le lit des nationalismes. Ce modèle au-dessus des nations, niant les particularités de chacun, serait un échec, et nous avons laissé croire qu'il était le seul possible", a déclaré Manuel Valls.


 
C’est pourquoi il convient de ne pas opposer Europe et États : "L’Europe, ce n’est pas la fin des États, mais c’est l’exercice en commun des souverainetés nationales lorsque c’est plus efficace, lorsque les peuples le choisissent." "L’Europe se fera avec les peuples ou elle mourra", a-t-il affirmé.

"Je souhaite que les instances européennes puissent rendre beaucoup plus compte de leur action devant les parlementaires nationaux et vous devez aussi vous saisir pleinement des instruments de contrôle que l’Europe met à votre disposition", a plaidé le Premier ministre, saluant la constitution d’une mission d’information, présidée par le président de l'Assemblée nationale, sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. "Le Gouvernement souhaite bien évidemment associer au maximum le Parlement à ces questions et se tient à la disposition de l’Assemblée nationale comme du Sénat", a-t-il précisé.
 
Chacun se rappelle ces mots de François Mitterrand : "La France est notre patrie, l’Europe notre avenir." Être européen, ce n’est pas trahir la France, c’est au contraire l’aimer et la protéger.
Manuel Valls
Le 28 juin 2016, à l'Assemblée nationale

L’Europe est un projet commun

Le Premier ministre a rappelé les sources de l’adhésion au projet européen. Historiquement, l’Europe s’est forgée sur un idéal, une histoire et des idées communes : l’Europe, c’est "une culture, c’est une histoire commune, c’est la démocratie, c’est le continent de la conquête des libertés, ce sont des valeurs partagées – l’égalité entre les femmes et les hommes –, une exigence quant à la dignité de la personne, c’est l’aspiration à l’universalité, à la défense de la nature et de la planète."
 
Mais si l’Europe c’est une identité, celle-ci "n’est pas monolithique." "L’Europe, ce n’est pas l’uniformité, il y a des différences. (...) Chacun de nos pays a ses propres caractéristiques. Seule une Union peut les protéger face à la concurrence de pays-continents", a déclaré le Premier ministre, pour qui "être européen, ce n’est pas trahir la France ! C’est au contraire l’aimer et la protéger."

Plus forts ensemble

Être européen, "c’est aussi vouloir peser sur le cours des choses", et pour  cela, l'Europe "doit être une puissance qui décide souverainement de son destin. Pour cela, elle doit investir massivement pour la croissance et pour l’emploi, bâtir une stratégie industrielle dans les nouvelles technologies, la révolution numérique et la transition énergétique."
 
Le Premier ministre a plaidé en faveur de la défense des intérêts de l’Union européenne dans le monde : "Changeons d’état d’esprit ! Dans tous les domaines : économique, financier, commercial, agricole – avec notamment la filière laitière – mais aussi culturel, environnemental et social." "L’Europe ne doit plus être perçue comme le cheval de Troie – pour ne pas dire le dindon de la farce – de la mondialisation, elle doit protéger ses intérêts, ses travailleurs, ses entreprises. Et je pense notamment – puisque c’est dans l’actualité – au secteur de l’acier qui représente des milliers d’emplois en France !"

Concernant le traité de libre-échange transatlantique (Tafta), en cours de négociation, Manuel Valls a affirmé que "nous ne pouvons pas ouvrir plus grand les portes de notre marché aux entreprises américaines, alors qu’elles continuent à barrer l’accès aux nôtres". "Ce texte, qui ne fait droit à aucune de nos demandes, que ce soit sur l’accès aux marchés publics ou sur les indications géographiques, n’est pas acceptable", a-t-il déclaré.



Le Premier ministre a appelé  à mettre au coeur du projet européen les enjeux que sont la lutte contre le terrorisme international, la crise migratoire, le PNR européen ou la politique de défense commune. Il a rappelé que "beaucoup a déjà été fait" : PNR européen, encadrement de la circulation des armes notamment. "Il faut aller plus loin et vraiment maîtriser nos frontières extérieures." Il a également appelé l'Union à investir massivement pour la croissance et pour l’emploi, à bâtir une stratégie industrielle dans les nouvelles technologies, la révolution numérique et la transition énergétique. "Le Plan Juncker est d’ores et déjà un succès. Rien qu’en France, il a permis de financer 14,5 milliards d’euros de projets. Il faut aller plus loin, plus vite, doubler ce Plan Juncker, démultiplier les investissements pour soutenir la croissance et vite car il y a urgence."

Parler de l’Europe

"Le débat démocratique européen doit impérativement gagner en qualité", a déclaré le Premier ministre car "c’est aussi une leçon du scrutin britannique : à force de ne pas parler d’Europe, les populistes n’ont aucune difficulté à raconter n’importe quoi, à tromper. C’est grave pour l’Europe et c’est fatal pour la démocratie."

"La question qui se pose à la France n’est pas de sortir de l’Europe, n’est pas de sortir de l’Union européenne, mais de refonder le projet européen", a-t-il poursuivi. "Dans ce moment, il faut aussi inventer également des solutions nouvelles pour une co construction avec les peuples autour de projets et de propositions", a-t-il expliqué, évoquant notamment l'exemple de la COP21. Le processus de refondation de l’Europe prendra du temps, mais "la suite de l’histoire n’est pas écrite et l’Europe a le choix : soit elle refuse de changer profondément et les peuples continueront de la fuir et l’Europe alors sortira de l’histoire, soit elle est prête à se réformer, à agir et pour les peuples, dans le respect de chacun et l’intérêt de tous. Alors elle saura regagner avec le temps le cœur des Européens", a-t-il conclu.