12 septembre 2014 - Le point sur...

L'Europe aujourd'hui

"L’Europe doit changer". "Lors des élections européennes, pas simplement en France, mais notamment en France, les citoyens ont exprimé leur défiance, mais aussi leurs exigences. La réponse, c’est que l’Europe doit changer. Elle doit remettre en cause un certain nombre de politiques, clarifier son organisation, retrouver le soutien des peuples… et surtout gagner la bataille de la croissance et de l’emploi".
 
"Parce qu’1 jeune sur 4 en Europe est au chômage. Parce que la reprise est trop faible. Parce que l’inflation est trop basse. Parce que l’Euro est trop cher. Parce que l’Europe est menacée par une longue et peut être interminable stagnation, si nous ne faisons rien" (PR, 28/08/14).

Le débat "est en train de s’imposer en Europe". C’est la France qui l’a engagé, c’est le résultat de la politique de réorientation menée depuis plus de 2 ans. "Nous sommes en train d’obtenir des résultats, même si c’est difficile, et c’est long" (PM, 26/08/14).
 

1. Soyons clairs : rien ne nous exonère de nos responsabilités et des réformes que nous devons engager.


"Pour être crédibles, forts, entendus", nous devons faire des efforts. "Nous ne devons pas nous exonérer de nos responsabilités". "Depuis 40 ans la France vit au-dessus de ses moyens" (PM, 26/08/14).

Aussi, "agir, c’est le faire d’abord à l’échelle nationale. C’est ce que la France fait. Elle n’a pas attendue la réorientation de l’Europe, même si elle y travaille, pour faire ses réformes. Ces réformes sont engagées. Elles portent dans de nombreux domaines, avec le souci de la compétitivité et de la justice" (PR, 28/08/14).

"Mais ces réformes structurelles […] ne pourront marcher que si l’Europe se mobilise aussi et crée un contexte. Les deux sont liés". Car les efforts de compétitivité que nous faisons ne donneront pas leur plein effet si l’environnement européen reste si déprimé.

"N’attendons pas tout de l’Europe, mais ne pensons pas que ce seront seulement les réformes structurelles (nécessaires, indispensables) et la réduction du déficit public (que nous devons poursuivre) qui suffiront. Il faut qu’il y ait un esprit, une coordination et également des choix" (PR, 28/08/14).
 

2. Mais l’Europe, elle aussi, doit agir face aux circonstances économiques exceptionnelles que nous connaissons, à la mesure des efforts que nous engageons nous-même.


Le constat est maintenant partagé : s’il y a un problème d’offre dans certains pays - dont la France -, il y a un problème de demande dans l’ensemble de Europe. L’activité stagne ou recule ; l’inflation est trop basse ; le chômage trop haut.
 
Une stratégie cohérente pour réduire le chômage doit s'appuyer sur des mesures d'offre et de demande tant au niveau de la zone euro dans son ensemble qu'aux niveaux nationaux
Mario Draghi
président de la BCE

"Le diagnostic est implacable : il y a un problème de demande dans toute l'Europe". "Mais je n'entends pas me défausser sur l'Europe, car notre pays connaît un problème d'offre". "S'il doit y avoir soutien de la demande, il doit donc se faire au niveau européen, et c'est ce que la France va porter dans le débat qui s'engage avec nos partenaires" (PR, 20/08/14).

Les réponses doivent être apportées selon 3 axes :

1. Une politique monétaire en soutien à l’activité et des banques mobilisées.

"La BCE a commencé à agir. […] Mario Draghi a fait des déclarations. [La BCE] peut, comme elle en a parlé, aller plus loin si nécessaire. Les pays qui connaissent la reprise la plus forte, [comme les] Etats Unis, ont une politique monétaire qui a été un très fort soutien à l’activité" (PR, 28/08/14).
 
Je suis confiant dans le fait que le paquet de mesures que nous avons annoncé début juin va contribuer à donner l'impulsion attendue à la demande. Nous avons déjà observé un mouvement sur le taux de change (de l'euro) qui devrait soutenir à la fois la demande et l'inflation. Et nous nous tenons prêts à ajuster davantage la position de notre politique.
Mario Draghi
président de la BCE


Au-delà, "beaucoup dépendra de la façon dont les banques saisissent ces liquidités de la BCE et les mettent à disposition de l’économie" :
 
  • Il y a un premier « paradoxe » : « jamais les taux d’intérêts n’ont été aussi bas […] mais l’investissement tarde ».
  • Pourquoi ? « Parce que le canal de transmission n’est pas automatique. Il y a un problème de transmission de la politique monétaire, pourtant très favorable au crédit, aux entreprises qui n’accèdent pas suffisamment à ces crédits.
  • Pour y répondre, le président de la République réunira « au mois de septembre les Assises du financement pour l’investissement, pour que nous puissions avoir davantage de mobilisation pour l’investissement » (PR, 28/08/14).
2. Une relance des investissements, qui sont à la fois un soutien immédiat à la demande et une amélioration de l’offre à terme.

Si les Etats doivent poursuivre l’assainissement de leur budget, l’Europe doit faire plus pour la relance et l’investissement. Cette exigence de nouveaux moyens européens pour l’investissement est une idée française, que le Président de la République a exprimé dès l’automne 2013 en portant l’idée de doter l’Europe de nouvelles "capacités financières".

Jean-Claude Juncker a repris cette idée et annoncé un plan de 300 Md € sur 3 ans, "avec des investissements publics et des investissements privés", "sur les priorités essentielles : les infrastructures, la recherche, l’innovation, la formation, l’environnement".

"Nous ferons en sorte que ce plan puisse être non seulement confirmé mais mis en oeuvre. Et que cela puisse être fait dans les meilleurs délais" (PR, 28/08/14).

3. Un rythme d’ajustement budgétaire adapté pour qu’il n’étouffe pas la demande

Nous sommes dans une "circonstance exceptionnelle" : « stagnation (même s’il y a une reprise, elle est trop faible) et inflation faible. Certain parlent de déflation, nous n’en sommes pas là ".

Nous sommes de ce fait face à un deuxième paradoxe : "nous nous plaignons de l’inflation faible, et les Français de la vie chère... Les deux sont vrais : le taux de croissance des prix peut être effectivement bas et, en même temps, le sentiment que certains prix sont trop élevés, notamment pour les plus fragiles, existe".

"Nous devons faire en sorte qu’il puisse y avoir une prise en compte de ces situations dans la conduite de la politique budgétaire de chacun des pays. Le rythme de réduction des déficits doit donc être compatible avec les objectifs de croissance et la situation de faible inflation" (PR, 28/08/14).
 
La zone euro souffre depuis 2010 d'une politique budgétaire insuffisante, surtout si on la compare aux autres économies avancées. Ce n'est pas le résultat d'une dette publique élevée, en moyenne la dette européenne n'est pas supérieure à celle des Etats-Unis ou du Japon. Elle résulte du fait que, dans les autres pays, la banque centrale a joué un rôle de cran de sécurité pour le financement des Etats. C'est pourquoi il serait utile que la politique budgétaire joue un rôle plus actif aux côtés de la politique monétaire » pour soutenir la reprise économique. La flexibilité existante du pacte de stabilité doit être utilisée pour mieux faire face à la reprise faible et aux coûts des réformes structurelles. Pour autant, « aucun accommodement budgétaire ou monétaire ne peut compenser les réformes structurelles nécessaires dans la zone euro. […] Les mesures structurelles nationales qui permettent de s'attaquer [à la faible reprise et au chômage élevé] ne peuvent plus être reportées.
Mario Draghi
président de la BCE

"Il faut une politique budgétaire qui doit jouer un rôle important et tenir compte des situations conjoncturelles, ce que l’on appelle les circonstances exceptionnelles (PR, 28/08/14). C’est tout l’enjeu de la reconnaissance des "flexibilités" que le Président de la République avait obtenu du Conseil européen en juin dernier. "Les priorités qui ont été retenues correspondent et à ce que nous avions souhaité […]. C’est d’abord la croissance et l’emploi, avec [un] principe posé qui était pour nous essentiel : le fait d’utiliser toutes les marges, toutes les flexibilités, toutes les souplesses du pacte de stabilité et de croissance pour soutenir l’activité, […] dans le cadre du respect des engagements, d’avoir toutes les marges de manoeuvre qui puissent être utilisées ". [PR, 27 juin].

Il ne s’agit pas de ne pas respecter les règles : il s’agit de faire jouer les flexibilités prévues par ces mêmes règles dans le cas de circonstances exceptionnelles.
 

3. Le mouvement est engagé


Samedi 30 août, le président de la République a accueilli avec le Premier ministre à Paris une réunion informelle de chefs de gouvernement européens,  "leaders de la gauche européenne" (PM, 26/08/14), "pour préparer un Conseil européen qui est particulièrement crucial" (PR, 30/08/14) :
 
  • Le président de la République a ainsi confirmé son statut de rassembleur de la gauche européenne. Cette rencontre faisait suite à la première rencontre organisée à Paris le 21 juin, qui avait permis les avancées obtenues au Conseil européen de juin.
     
  • "Un certain nombre d’orientations" ont été collectivement arrêtées.
    - Pour faire que l’Europe soit tournée davantage qu’aujourd’hui vers la croissance et vers l’emploi, les dirigeants présents ont apporté leur soutien à un sommet de l’UE sur la croissance et l’emploi et à un sommet de la zone euro.
    - En matière de politique économique, un assouplissement de la politique monétaire a été jugé « opportun » en même temps qu’il a été convenu que « les réformes doivent conduire à plus de croissance et la croissance doit permettre qu’il y ait plus de réformes » (PR, 30/08/14).
    - En matière de politique budgétaire, "il y a aussi la flexibilité qui doit être compatible avec les règles qui existent pour le respect de nos engagements".
    - Il a été souhaité que le plan d’investissement de 300 Md € annoncé par Jean-Claude Juncker soit engagé "dès la fin de l’année ou le début de l’année prochaine".
     
  • S’agissant des nominations au sein des institutions européennes, l’ensemble des dirigeants présents a "rappelé [son] soutien à la candidate italienne, Mme Mogherini pour qu’elle devienne la prochaine haute représentante pour la politique extérieure et de sécurité de l’Europe". "Elle est jeune, mais elle a déjà de l’expérience". "Pour la Présidence du Conseil européen, nous avons tous admis qu’il était nécessaire que ce soit une démarche de consensus qui puisse l’emporter et pas une démarche partisane. L’avenir de l’Europe ne se négocie pas à l’aune des partis qui composent les 28 pays" (PR, 30/08/14).
     
  • Les dirigeants présents ont également évoqué la crise en Ukraine. "C’est la crise la plus grave depuis la fin de la guerre froide parce que c’est tout près de l’Europe, aux frontières de l’Europe". "Il y a incontestablement une aggravation de la situation : présence de matériels venant de Russie, présence de soldats, c’est probable, en tout cas, de séparatistes armés et aidés par la Russie". "L’Europe doit agir, elle l’a déjà fait, mais il y a face à cette aggravation de la tension de nouvelles décisions à prendre". "La France est à l’initiative".
Lors du sommet européen qui a suivi :
 
  • L’ensemble du Conseil européen a repris le constat que le Président avait posé : "La faible croissance, la très basse inflation et le très haut chômage". "Il y a bien un problème européen que l’on pourrait caractériser par une insuffisante demande" : "autant il y a des problèmes d’offre qu’il faut traiter à l’échelle nationale, autant à l’échelle européenne c’est un problème de demande".
     
  •  Il a décidé d’agir :
    - En rappelant l’importance de mettre en oeuvre les solutions évoquées par le Conseil européen fin juin, à l’initiative notamment de la France (en particulier la pleine utilisation de toutes les flexibilités inclues dans les règles pour retrouver la croissance).
    - En organisant la séquence : un Sommet pour l’emploi et la croissance se tiendra début octobre sous la présidence de Matteo Renzi. A l’ordre du jour : emploi des jeunes, utilisation des fonds structurels, conjoncture économique, décisions de la BCE, ... Puis un Sommet de la zone euro sera organisé, à la demande du président de la République, pour élaborer une stratégie et demander à la Commission de préparer ses propositions. "Elles pourraient être présentées dans un Conseil européen du mois de novembre, Jean-Claude Juncker pouvant à ce moment-là étayer [son] plan d’investissement de 300 Md €".
     
  • Le Conseil européen a également désigné les "deux personnalités pour, l’une conduire la politique étrangère de l’Union européenne, l’autre présider le Conseil européen", Mme Mogherini et M. Tusk. "Et ce fut sans doute la décision la plus rapide que l’on puisse imaginer, puisque le débat a été réduit à quelques minutes tant il avait été préparé en amont". Donald Tusk a notamment fait consensus pour le poste de président du Conseil européen parce qu’il "a l’expérience, il est chef de son gouvernement depuis 7 ans ; parce qu’il a une histoire qui est celle de Solidarnosc ; également parce qu’il représente un grand pays, la Pologne, avec laquelle la France a des rapports depuis longtemps historiques, humains ; parce que dans ce contexte, il y avait le souci d’équilibrer la géographie de la représentation européenne".
     
  • "L’essentiel du débat s’est porté sur l’Ukraine". "Il y a une escalade et il doit y avoir une réponse européenne appropriée : à la fois la fermeté et le dialogue". "Il a été demandé à la Commission européenne comme à Mme Ashton de travailler [à l’augmentation des sanctions] et de pouvoir donner une réponse dans la semaine, de façon à ce que les 28 puissent se prononcer". "Les sanctions, ce n’est pas fait pour punir, c’est fait pour empêcher, prévenir et ramener les Russes, les autorités russes vers le dialogue".

Lundi 1er septembre, le président de la République a poursuivi son action pour la croissance en Europe en rencontrant le président de la BCE Mario Draghi. Ils ont partagé le même souci concernant la croissance et l'évolution de l'inflation, et ont convenu de la nécessité de travailler ensemble sur la demande européenne, en faisant jouer à la fois les leviers budgétaires et monétaires.
 
EN SAVOIR +
Le changement en Europe, c’est aussi :
  •  "Des exigences de transparence et de réciprocité dans les négociations internationales et notamment pour le traité transatlantique" (PR, 28/08/14).
  • "Une meilleure surveillance des frontières extérieures de l’espace Schengen et notamment en Méditerranée". Il convient de "faire en sorte qu’il y ait un renforcement de ‘Frontex’ - organisation, protection, surveillance des frontières - mais aussi que, dans l’espace européen, nous préservions la libre circulation des personnes".
  • Un changement des "modes de décisions et d’organisation", pour aller vers "une union différenciée". Pour "que ceux qui veulent aller plus vite, plus loin, notamment dans le cadre de la zone euro, puissent avoir une organisation qui puisse être adaptée à cette exigence d’agir" (PR, 28/08/14).