Photo du Premier ministre illustrant la tribune "L'autorité : une exigence, une éthique, des actes"
6 novembre 2015 - Actualité
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

"L'autorité : une exigence, une éthique, des actes."

Retrouvez la tribune de Manuel Valls, publiée sur Facebook le 5 novembre.
 
Dans un monde en perpétuelle effervescence, des images et des faits ont, ces dernières semaines, interpellé nos concitoyens : les violences à Air France ; les scènes d’émeutes de Moirans ; une fusillade mortelle à Marseille ; un violent règlement de compte en marge d’une fête foraine, à Clermont-Ferrand…Tous ces faits sont distincts et indépendants. Ils n’ont ni le même poids, ni la même portée. Pourtant, un débat s’est ouvert. Un débat qui n’a rien de nouveau, mais qui nécessite, une fois encore, des réponses approfondies.

Vivons-nous une crise de l’autorité dans nos sociétés modernes ? Oui. Est-elle nouvelle ? Non. C’est une tendance de fond qui traverse toutes les sociétés démocratiques. Déjà, en 1961, Hannah ARENDT, dans La Crise de la culture, parlait d’ "un effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique de toutes les autorités traditionnelles". Elle a gagné toutes les sphères de la société, depuis les petites incivilités quotidiennes qui pourrissent la vie jusqu’aux attaques en règle dirigées à l’encontre des forces de l’ordre, en passant par les bravades visant les magistrats ou les enseignants.

Pour comprendre les ressorts de cette crise de l’autorité, il faut revenir, un instant, à HOBBES, et aux deux raisons profondes qui font que les individus acceptent l’autorité du Léviathan. La première est l’assurance de vivre en sécurité. La seconde est, sur cette base, la possibilité de poursuivre leur désir de la manière la plus adéquate possible, grâce à un État qui est en capacité de leur assurer un avenir.

Voilà le cœur de la question. Dans un monde en pleine transformation, face à des États-nations percutés de plein fouet par la mondialisation, les individus éprouvent un besoin de sécurité de plus en plus grand et ressentent un doute profond quant à la capacité des pouvoirs publics à agir dans l’intérêt de chacun. Voilà LE défi de notre modernité.

Face à cela, il y a deux voies.

La première : celle de ceux qui singent l’autorité, la dénaturent, versent dans le seul autoritarisme, par l’agitation des mots et la facilité des postures. C’est toujours l’attitude de l’extrême-droite. C’est souvent, et de plus en plus, l’attitude d’une partie de la droite, qui lui court après. Les tenants de cette vision disent défendre l’autorité, mais ne font que l’affaiblir en attaquant, en permanence, à grand renfort de démagogie, d’instrumentalisation des chiffres, toutes celles et tous ceux qui l’incarnent : particulièrement les magistrats ou encore les fonctionnaires de l’Éducation nationale qui, soi-disant, n’accompliraient pas leurs missions. Un penchant qui se conjugue avec l’affaiblissement de l’autorité dans les actes : coupes dans les budgets de la sécurité et de la Justice, suppression en cinq ans de 13 000 postes de policiers et de gendarmes, de centaines de postes de magistrats, de 80 000 postes dans l’Éducation nationale, affaiblissant l’École de la République.

La seconde voie : c’est celle qui consiste à agir avec constance pour renforcer l’autorité. Voilà ce que nous faisons depuis 2012, en corrigeant les dérives du passé et en renforçant structurellement l’autorité.

Cela passe par une éthique de comportement. Cela passe, aussi, par les actes.

L’éthique de comportement, c’est le respect scrupuleux de l’indépendance de la Justice. Forces de l’ordre et Justice sont les deux faces d’une même pièce. Opposer l’une à l’autre, ne pas respecter la séparation de l’une par rapport à l’autre, c’est toujours, in fine, affaiblir l’autorité de l’État.

L’éthique de comportement, c’est également le dialogue, le respect des corps intermédiaires, des syndicats, des nombreux dispositifs de consultation qui donnent vie à notre démocratie. Mais le dialogue, l’écoute, ne doivent pas être des arguments pour l’immobilisme. L’autorité, c’est aussi, le moment venu, savoir avancer, prendre des décisions, et s’y tenir. Comme nous l’avons fait pour la réforme ferroviaire, la loi sur la croissance et l’activité, ou encore la modernisation dans la fonction publique.

Enfin, il y a les actes, qui visent à consolider chaque maillon de la chaîne de l’autorité.
D’abord, bien sûr, l’École. Nous lui avons redonné les moyens – 60 000 postes d’enseignants en cinq ans – d’assumer pleinement sa mission, non seulement de transmission des savoirs, mais aussi de formation du citoyen. C’est à l’école, autour de la figure essentielle du professeur, que l’on apprend à être ensemble, que l’on apprend le respect dû aux enseignants, le respect vis-à-vis des règles régissant la vie en collectivité, les droits et les devoirs, la laïcité. Dans le cadre de la mobilisation de l’École pour les valeurs de la République, nous avons réintroduit l’enseignement moral et civique.

Deuxième maillon : les forces de l’ordre et la Justice, qui doivent avoir les ressources matérielles et humaines pour agir efficacement, pour dissuader, interpeller, et sanctionner. Nous créons donc 5300 postes supplémentaires de policiers et de gendarmes en cinq ans. Nous créons 3100 postes supplémentaires de magistrats et agents pénitentiaires. Nous renforçons nos services de renseignement et les dispositifs anti-terroristes.

Troisième maillon : nos armées. Face à la montée du terrorisme, du djihadisme, face à une menace protéiforme, elles sont engagées en Afrique, au Levant, engagées aussi sur le territoire national pour assurer la défense de nos concitoyens. Nous avons fait le choix de leur consacrer 3,8 milliards d’euros supplémentaires sur 5 ans.

Quatrième maillon : la fiscalité. Elle doit être juste. Et chacun doit en percevoir l’utilité. Sinon, c’est que l’on a basculé dans le matraquage fiscal, c’est-à-dire dans l’excès de contrainte. Oui, il y a une rupture de confiance entre les Français et l’impôt. Oui, les impôts ont trop augmenté. C’est le fait de la majorité précédente, mais nous avons prolongé ce mouvement jusqu’en 2014 afin de retrouver des marges de manœuvre budgétaire. Mais pour les Français, ce n’était plus compréhensible, ni soutenable. Voilà pourquoi nous faisons désormais baisser l’impôt sur le revenu des classes moyennes et populaires. 12 millions de foyers sont concernés. Et nous nous soucions particulièrement des retraités. Il fallait donc corriger vite et fort les brutales augmentations de la fiscalité locale résultant cette année de la suppression de la demi-part des veuves décidée en 2008.

De manière générale, le chômage qui reste à un haut niveau est un des principaux facteurs de doute quant à la capacité des pouvoirs publics à assurer un avenir meilleur aux Français. Là encore, notre action est déterminée : 40 milliards d’euros au service de la compétitivité de nos entreprises, loi croissance et activité pour lever les blocages qui freinent les initiatives, réforme en profondeur de notre droit du travail. Les derniers chiffres du chômage de septembre doivent nous encourager à poursuivre notre action.

Dernier maillon : l’Europe, qui doit parler d’une voix claire, redonner confiance dans sa capacité à avoir un projet pour les citoyens. Sans cela, elle ne retrouvera ni sa légitimité, ni son autorité. C’est pour cela qu’avec le Président de la République, la France agit pour faire changer l’Europe, son fonctionnement, ses priorités : plus de croissance, plus d’emplois. Plus de solidarité, aussi, entre les pays. C’est cela qui se jouait, en juin, lorsque nous avons trouvé une solution à la crise grecque. Également plus d’humanité, de responsabilité, de fermeté. C’est cela qui se joue, aujourd’hui, avec la crise des réfugiés et la tenue de nos frontières communes extérieures.

Réaffirmer l’autorité, ce n’est pas lui vouer je ne sais quel culte. L’autorité est une valeur qui forme le cadre d’une autre, une valeur que la gauche a toujours défendue : l’émancipation individuelle.

Oui, l’autorité est par définition émancipatrice, libératrice. Car sans sécurité, sans ordre républicain, sans règles, sans règles justes qui s’appliquent à tous, les individus – et d’abord les plus fragiles, les plus modestes – sont toujours soumis à la loi du plus fort. Ils sont les victimes de ces violences, ces abus, ces injustices de toutes sortes, qui entravent.

Affirmer l’autorité, c’est construire un cadre sécurisant mais pas paralysant, c’est créer de la confiance qui profite à tous. Car ce n’est que dans une société apaisée, parce qu’ordonnée, que chacun peut espérer avoir la pleine maîtrise de son destin.

Manuel VALLS