5 octobre 2016

« L'Aide Aux Victimes : une spécificité bien française », tribune de Juliette Méadel

 
Depuis ce sinistre mois de janvier 2015, les attentats terroristes en France ont fait des milliers de victimes : 238 décédés, 979 blessés physiquement et psychologiquement et des centaines de personnes impliquées. Frappées alors qu’elles célébraient leur religion, exprimaient leurs opinions politiques ou philosophiques, fêtaient le printemps, écoutaient du Hard Rock ou venaient admirer un feu d’artifice en l’honneur du 14 juillet 1789, ces victimes sont nos frères, nos sœurs en liberté, en égalité. La fraternité qui nous lie n’est ni de sang, ni de religion : sans elle, liberté et égalité seraient des concepts vides. La République française leur doit donc protection et réparation. Mais comment apporter une réponse à la hauteur de la demande provoquée par l’indicible souffrance physique et psychologique causée par ces drames ?
 
Le secrétariat d’Etat chargé de l’aide aux victimes qui m’a été confié le 12 février dernier s’emploie à répondre à cette question. Les demandes des victimes, quelle que soit la nature de leurs préjudices (attentats, accidents collectifs, catastrophes naturelles), sont doubles : dans les minutes qui suivent le drame, elles attendent une protection, une prise en charge sanitaire, un accompagnement psychologique et un accès à l’information fiable et sécurisée pour tout ce qui touche à leurs proches. À plus long terme, elles ont besoin d’être aidées dans leur retour à une vie aussi normale que possible. À cet effet, mon secrétariat d’État veille à ce qu’elles soient intégralement indemnisées, qu’elles obtiennent des avances dans les tout premiers jours qui suivent le drame, que leurs problèmes matériels soient pris en compte dans les meilleurs délais, qu’il s’agisse d’obtenir un logement adapté à leur nouvelle situation physique ou de suivre une formation professionnelle indispensable à une éventuelle reconversion.
 
Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la mise en place d’une politique publique visant à satisfaire l’ensemble des demandes des victimes de masse dans les domaines financiers, sanitaires, juridiques et sociaux est, par son rattachement auprès du Premier ministre, totalement interministérielle. En France, ces drames donnent lieu à une prise en charge sanitaire, juridique et financière à nulle autre pareille. En France l’Etat est là pour adoucir des conditions de vies dévastées, abîmées pour longtemps, et qui attendent réparation. Aussi le service public mis à la disposition des victimes de ces catastrophes s’inscrit-il dans un mouvement de transformation de notre pacte social.
 
De Condorcet à la création de la sécurité sociale en 1945, la solidarité de la Nation s’exerce à l’égard de ceux qu’elle n’a pas pu protéger contre les malheurs de la vie (accidents du travail, maladies, etc…). Or, depuis quelques années, la survenue de catastrophes d’ampleur inédite a suscité de la part de nos concitoyens l’attente d’une protection renforcée, d’un accompagnement plus individualisé, plus humain. Cette attente dépasse le cadre des victimes de catastrophes et concerne à présent tout le corps social. La politique d’aide aux victimes s’adresse donc à l’ensemble de nos concitoyens dont les vulnérabilités, passagères ou pas, doivent être prises en considération par la collectivité.
 
Cette évolution est bien le signe d’une mutation de l’Etat providence qui doit à présent évoluer vers un nouvel « ordre protectionnel », comme l’a théorisé Didier Vranken. Un nouvel ordre protectionnel, qui ne se déroberait pas face à la vulnérabilité, un ordre plus sensible à la souffrance et aux aléas de l’expérience humaine. Il ne s’agit pas de proposer une politique compassionnelle, mais d’offrir un cadre qui permette à ceux qui sont frappé par la fatalité, de retrouver le goût de vivre, la force d’affronter l’avenir et les moyens de la résilience.
 
La nouvelle politique d’aide aux victimes conçue et mise en œuvre pour la première fois par un gouvernement socialiste est la pierre de touche d’une société de la bientraitance, dans un ordre protectionnel nouveau, au service d’une authentique fraternité. Et c’est ce cadre qui donne son contenu, sa chair, au sentiment d’appartenance à la République française au nom de laquelle s’exprime la solidarité de la Nation. Une solidarité inédite, significative d’une spécificité bien française : la République.