"L’agriculture peut être source de rupture technologique"

Mettre au point la première bio-raffinerie d’insectes au monde pour relever les défis alimentaires de 2050, c’est l’innovation pour laquelle a été distingué Antoine Hubert, 31 ans, cofondateur de la start-up francilienne Ynsect, par ailleurs lauréat de la phase 2 du Concours mondial d’Innovation 2030.
 
Utiliser les farines d’insectes comme source d'alimentation animale, c’est l'idée de la start-up de biotech francilienne Ynsect ("the insect company"), fondée en 2011 par quatre associés, dont Antoine Hubert. Cet ingénieur agronome, diplômé d’AgroCampus Ouest et d'AgroParisTech, a commencé sa carrière par de la recherche sur les pollutions aux nitrates en Nouvelle-Zélande, avant de devenir consultant chez Altran pendant près de six ans. En parallèle de leurs activités professionnelles, Antoine et ses futurs associés avaient d'abord créé Worgamic, une association d’éducation à l’environnement destinée à reconnecter les urbains avec l’origine de ce qu’ils mangent et à réduire les déchets par le lombri-compostage.

"L'association a été pour nous la caisse de résonance et de réflexion qui nous a menés vers la création d’Ynsect ; l'idée a germé quand la FAO a commencé à financer des projets de fermes d’insectes en Thaïlande." En effet, si la commercialisation d'insectes pour la consommation humaine demeure, pour le moment, interdite en France, les recommandations de la FAO pour nourrir le monde en 2050 intègrent le développement de la production de protéines et notamment de "matériaux riches en protéines", dits "PRM", issus des insectes pour l'élevage et l'agroalimentaire.

Ce que le MIT a décidé de récompenser, c’est la mise au point de ce concept de bio-raffinerie, unique au monde, qui doit permettre de lancer à grande échelle la production d’insectes. A partir de larves de scarabées, Ynsect produit notamment des poudres de protéines et des huiles, destinées à la nutrition animale (l'aquaculture notamment). Mais le développement d'Ynsect ne se limitera pas à la seule alimentation animale. Des débouchés existent dans d’autres domaines de la chimie verte, comme les cosmétiques, la pharmacie, ou même dans le bioplastique, grâce à la chitine, composant principal de la carapace des insectes, molécule très intéressante car bioactive et antibactérienne.

 
"On a cette chance d'être dans un écosystème positif pour l'innovation."
Ynsect revendique un statut d’entreprise verte pour 3 raisons ; d'abord leur modèle industriel d'élevage hautement technologique et automatisé permet de recycler des sous-produits de l’industrie agroalimentaire. Il y a donc une logique d'économie circulaire. Ensuite, cet élevage de tout petits animaux grégaires nécessite très peu de surface utile, mais aussi très peu d’eau. "On peut produire jusqu’à 10 000 fois plus de protéines à l’hectare par an par rapport à d’autres animaux", explique Antoine Hubert. Enfin, la filière valorise tout, y compris les déjections utilisées en engrais pour les plantes, donc elle ne produit aucun déchet.

"Le fait qu’un jury aussi prestigieux que le MIT nous récompense signifie qu’il considère les insectes comme une des solutions sérieuses pour régler les problèmes d’alimentation au niveau mondial et, en cela, c’est déjà une grande victoire pour nous", analyse Antoine Hubert. Après avoir été lauréat de la phase 1 du Concours mondial d'Innovation 2030, Ynsect a été de nouveau récompensé pour la phase 2 ce mardi 28 avril 2015 à l'Elysée. Ces deux dernières années, la société a déjà su lever pas moins de 11 millions d'investissements. "En 2014, après un premier tour de table de 1,8 million d’euros, nous avons levé en novembre 5,5 millions d’euros auprès d’un fonds singapourien (New Protein Capital) qui a rejoint nos investisseurs historiques (les fonds Emertec Gestion et Demeters Partners)."

 
"Le Concours mondial est un super levier, l'arsenal de la BPI est impressionnant, et le Crédit impôt recherche est aussi très encourageant."
Résultat, la première unité de production, de 3 000 m2, est en cours de construction à Dôle, dans le Jura, et sera opérationnelle en 2016. Une "mini-usine", qui doit faire office de démonstrateur avant le développement d'unités de production plus importantes ailleurs, en France mais surtout dans les pays émergents. Pour Antoine Hubert, la situation est favorable à l’innovation en France. "Le Concours mondial est un super levier, l'arsenal de la BPI qui nous a soutenus depuis le début, avec notamment un prêt innovation de 500 000 euros, est impressionnant, et le Crédit impôt recherche est aussi très encourageant." Ce qui reste à améliorer, aux yeux de cet innovateur qui revendique son appartenance à la French Tech, c'est le statut de créateur d'entreprise. "Si vous n'avez pas négocié une rupture conventionnelle ou que vous ne pouvez pas compter sur l'aide de vos proches, c'est vite ingérable."

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