Jeanine : "Chaque fois que tu perds, tu deviens meilleure"

 
Photo de Jeanine Assani-Issouf
Jeanine Assani-Issouf est double championne de France outdoor de triple saut. Née à Marseille, elle a 4 ans quand sa famille quitte la cité phocéenne pour Limoges. Elle est aujourd'hui licenciée au "Limoges Athlé" sous la houlette de son entraîneur, Jean-Christophe Sautour. Un club où elle se "sent bien", entourée de ses amis et de ses proches.
 
Jeanine Assani-Issouf est une sportive dans l'âme, elle fait partie d'une famille de sept frères et sœurs, tous pratiquant un sport. À ses débuts, elle est plutôt attirée par les sports collectifs, en particulier le basket. Mais rapidement, ses aptitudes en athlétisme se révèlent. Dans les compétitions interclasses, "je courais plus vite que les garçons".  C'est au cours d'une de ces compétitions, en 2004, que Didier Léopoldie, figure emblématique de l'athlétisme limougeaud, la repère. Cette même année, Jeanine, alors âgée de 12 ans, remporte sa première compétition en triple saut. Sa carrière est lancée. Treize ans après, en 2016, elle devient championne de France en extérieur, s'adjugeant par là-même le record de France à 14,40 mètres. Une année faste puisqu'elle se qualifie également pour les Jeux olympiques de Rio.
 
Avec ces 14,40 mètres, elle signe la meilleure performance européenne de l'année, et la 9e meilleure performance mondiale. Jeanine nourrit légitimement des espoirs pour Rio avec un objectif de qualification pour la phase finale. Malheureusement, avec un saut 13,97 mètres, loin de son record personnel, elle se classe 19e et ne franchit pas les qualifications. Elle s'avoue "déçue, je voulais vraiment aller en finale". La compétitrice songe à arrêter. Un passage à vide difficile, que confirme son entraîneur : "Ce n'était pas des paroles en l'air, le retour de Rio fut très dur psychologiquement. Il lui fallait un période de deuil. Je ne savais pas ce qu'elle déciderait." Après trois mois d'arrêt, le moral n'y est pas et la reprise de l’entraînement est pénible. Pourtant, malgré le peu d'enthousiasme, elle enchaîne des performances.
 
A Tignes, en janvier 2017, celle que l'on surnomme "Ninja" sort de sa carapace pour signer un prometteur 13,91 mètres. Elle est la première étonnée : "Je n'étais pas dans une bonne dynamique, et réaliser ça sans trop me prendre la tête et sans trop m’entraîner... Je me suis dit qu'il fallait que je me reprenne en main et que je sois sérieuse, parce que je peux vraiment faire des choses. Et c'est là que j'ai commencé à vraiment repartir." Dans la foulée, elle participe à un stage en Afrique du Sud avec l'équipe de France. Plus qu'un bienfait, c'est une prise de conscience : "Ces deux semaines m'ont confirmé que l'athlétisme était vraiment ma passion", nous confie-t-elle.
 
"C'est dans les échecs qu'on consomme les plus belles victoires. On ne gagne pas tout le temps mais chaque fois que tu perds, tu deviens meilleure. Je reviendrai plus forte, soyez en sûrs !", affirme-t-elle.  Depuis le début de l’année 2017, Jeannine aligne des performances régulières à plus de 14 mètres. "C'est prometteur, mais ça t'emmène nulle part", nous dit-elle à l'affût d'une vraie performance. Celle-ci arrive le 17 juillet dernier, où elle décroche pour la deuxième fois d'affilée le titre de championne de France avec un saut à 14,39 mètres - à un centimètre de son record personnel. Avec ce saut, elle réalise de surcroît les minimas (14,25 mètres) pour participer aux Mondiaux de Londres d'août 2017. Pour Jeanine, c'est reparti, avec pour horizon les Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo !

 
Portrait réalisé par Patrick Do Dinh