David Cohen-Tanugi

"Je suis persuadé que l'on peut encore innover en France. Mais Il reste beaucoup à faire"

Développer les nouvelles technologies pour préserver l'environnement : c'est l'objectif des travaux de recherche de David Cohen-Tanugi. Ce jeune doctorant a développé une membrane de graphène nano-poreux capable de dessaler l'eau. Une innovation qui lui vaut cette année d'être distingué par le MIT parmi les 10 Français de moins de 35 ans les plus innovants. Portrait.
 
David Cohen-Tanugi a, avec son directeur de thèse, développé une membrane de graphène nano-poreux capable de dessaler l'eau plus efficacement que toutes les autres méthodes basées sur les polymères. Un système beaucoup plus propre en termes d'énergie.
Le MIT, qui le distingue cette année parmi les 10 Français de moins de 35 ans les plus innovants, David Cohen-Tanugi le connaît bien. Il l'a intégré en 2010, après un bachelor en physique à l'université américaine de Princeton et un passage d'un an au sein d'une ONG environnementale sur la politique des énergies renouvelables entre la Chine et les États-Unis, basée à Washington. C'est au MIT qu'il rencontre Jeffrey Grossman, qui devient son directeur de thèse et avec qui il travaille, pendant cinq ans, sur un projet qui vise à démontrer, pour la première fois, qu'un matériau nommé graphène peut produire de l'eau douce à partir d'eau salée. "J'ai découvert que le graphène pourrait servir de membrane d'osmose inverse grâce à des pores assez larges pour laisser passer les molécules d'eau mais assez étroits pour rejeter les ions. J'ai également démontré que les propriétés exceptionnelles du graphène permettraient de désaliniser l'eau bien plus efficacement qu'avec les membranes en polyamide disponibles actuellement"

Expatrié dès l'âge de 18 ans aux États-Unis, David Cohen-Tanugi y découvre la nécessité de développer de nouvelles technologies pour préserver l'environnement. Il souhaite également apprendre le chinois mandarin et étudier à l'étranger sans compromettre ses études en physique, "ce qui aurait été difficile (voire impossible) dans le cadre des classes préparatoires et des grandes écoles si j'étais resté en France", explique-t-il. "Cette possibilité d'étudier de manière approfondie des sujets hétéroclites reste rare en France, mais c'est justement cette diversité qui m'a permis de convertir mes connaissances scientifiques en une passion pour l'environnement en Chine et pour l'avenir de l'eau potable au-delà du laboratoire". Le jeune chercheur attend d'ailleurs de la distinction du MIT qu'elle apporte davantage de visibilité en France au rôle important que la nanotechnologie commence à jouer dans le domaine de l'eau. 

 
Wristify
est un projet de bracelet thermique qui régule le confort d'individus qui ont trop chaud ou bien trop froid.
Il est développé par embr labs, une start-up dont David Cohen-Tanugi est l'un des cofondateurs.
Sa thèse en poche, il poursuit aujourd'hui son chemin sur la route de l'innovation, avec cette fois-ci une dimension entrepreneuriale. Il a en effet cofondé, l'an dernier, avec des camarades du MIT, la start-up embr labs, qui développe un bracelet thermique, nommé Wristify et qui régule le confort d'individus qui ont trop chaud ou bien trop froid. Il y travaille à plein temps depuis sa soutenance de thèse en février dernier.

 
"Le statut et le salaire des chercheurs en France sont bien trop bas pour motiver les jeunes les plus ambitieux vers la recherche."
Le potentiel d'innovation de la France, David Cohen-Tanugi y croit. "Les projets exceptionnels des 9 autres lauréats de MIT-TR35 France en sont bien la preuve". Il juge cependant qu'il "reste beaucoup à faire : les pôles de recherche français demeurent trop à l'écart, le statut et le salaire des chercheurs en France sont bien trop bas pour motiver les jeunes les plus ambitieux vers la recherche, et l'attitude du secteur privé en France envers la prise de risque (qu'il s'agisse de reconnaître l'expérience d'entrepreneurs dont les start-up ont éventuellement échoué, ou bien d'investir dans des projets à haut risque mais au potentiel énorme) reste extrêmement conservatrice, ce qui a l'effet de freiner la recherche et l'innovation technologique".

S'il craint, de ce fait, une "certaine stagnation de l'innovation en France", David Cohen-Tanugi reste "très confiant lorsque je vois l'intelligence, le talent et la créativité de mes collègues restés en France".


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