8 octobre 2014 - Actualité

#GrandAngle Logement : des professionnels et des particuliers prêts à "retrouver la confiance"

Crise du logement, pénurie de terrains, secteur de la construction en souffrance, prix élevés, difficultés des Français à investir… Face à une situation tendue, particuliers et professionnels ont besoin de retrouver la confiance, essentielle pour relancer la machine. Comment perçoivent-ils le plan de relance présenté fin août par le Gouvernement ? Nous sommes allés à leur rencontre sur le terrain.
 

Photo mosaïque des témoins du grand angle sur le logement

Présenté le 29 août 2014, le plan de relance en faveur du logement vise un triple objectif : relancer la construction, favoriser l'accession à la propriété et l'investissement locatif et améliorer l'habitat.
 

Pour les constructeurs, "le prix du foncier est un paramètre déterminant"
 

Photo de Quentin Bourdon, Responsable Ile-de-France pour le groupe BDL, constructeur de maison individuelle
Chiffre clé : 500 000 logements construits par an, tel est l'objectif du Gouvernement
Pour relancer la construction, il faut libérer des terrains à bâtir. Or, "le foncier reste encore trop cher dans des zones comme la région parisienne par exemple," déplore Quentin Bourdon, responsable Ile-de-France pour un constructeur de maisons individuelles (le groupe BDL).  "Quand on compare le prix du foncier et les capacités d'endettement des ménages, ça limite fortement les projets." Le plan de relance du Gouvernement est donc "une bonne chose" puisqu’il propose un ensemble de mesures, notamment fiscales, afin d’inciter les particuliers à vendre leurs terrains. Parmi ces mesures, l'abattement sur les plus-values de cessions de terrains à bâtir, dans les zones où l’offre de logements est insuffisante, devrait "inciter à mettre du foncier sur le marché et desserrer les prix," souligne l'Union des Maisons françaises.

Photo de Didier Flint (à droite), Vice-Président du Snal Idf-Picardie et Hervé Gastaud (à gauche), Délégué Général Adjoint en charge de la coordination des chambres régionales et du développement des partenariats du Snal

Même son de cloche du côté du Syndicat National des Aménageurs Lotisseurs (SNAL), pour qui il est important d'intéresser fiscalement les propriétaires à céder leurs terrains. "Quand on taxe trop les propriétaires, ils ne vendent pas," explique son vice-président pour l'Ile-de-France et la Picardie Didier Flint. "Il faut attendre un peu pour voir les effets du plan de relance. Quand cela sera stable et durable, la confiance va revenir," assure Hervé Gastaud, le Délégué général adjoint du SNAL. "Globalement, on sent déjà une petite bouffée d'air depuis l'annonce du plan."

Photo de Alexandre Sion, Responsable marketing et communication de Maison Pierre

Citations "Il faut aider les maires bâtisseurs" Didier Flint, Vice-président du Syndicat National des Aménageurs Lotisseurs (SNAL)
Mais relancer la construction, c’est aussi accélérer les procédures. "Aujourd'hui, le délai d'obtention et de dépôt des permis excède 4 mois. C’est énorme," s'inquiète Alexandre Sion, Responsable marketing d'un constructeur de maisons individuelles (Maison Pierre). Fin juillet a été mise en place la Commission nationale de l’aménagement, de l’urbanisme et du foncier, présidée par Thierry Repentin. L’objectif : accélérer la libération des terrains publics et donc les projets de construction. "Il faut aider les maires bâtisseurs, volontaires," estime Didier Flint.
 

"Simplifier était indispensable"
 

Photo de Philippe Taboret, Directeur Général Adjoint de Cafpi

Particuliers et professionnels saluent d’une même voix les 50 mesures de simplification pour la construction annoncées par le Gouvernement. "C’était indispensable, les normes étaient trop contraignantes. Construire était trop compliqué, trop cher et trop long," explique Philippe Taboret, directeur général adjoint de CAFPI (courtier). "Les études d'impact freinent certains projets d'aménagement immobilier," ajoutent les représentants du SNAL, qui réclament un guichet unique pour l'ensemble des études et des normes liées à l'aménagement, ce qui réduirait le temps de réalisation des projets. "C'est le sens des prochaines mesures qui devraient être annoncées par le Gouvernement," se réjouissent-ils.

Photo de Jean-François Langlois et Sylvaine Alfonso. Ce couple a un projet de construction de maison.

La simplification des normes va également faciliter la vie des particuliers. Jean-François Langlois et Sylvaine Alfonso ont depuis plusieurs mois un projet de construction de maison individuelle. Le terrain est trouvé mais il leur reste encore à finaliser leur projet en tenant compte des normes. "Simplifier, c'est une bonne chose," estiment-ils. S'ils jugent ces normes "nécessaires," ils regrettent en effet l'impact financier que cela représente sur leur budget. "Pour respecter la réglementation thermique française (les normes RT 2012, ndlr), les matériaux sont chers et le taux de TVA est de 20% sur le neuf," explique le couple.
Un argument que Quentin Bourdon évoque également : "il faut compter 10 à 12 000 euros de plus sur le coût d'une construction (pour une maison individuelle, ndlr) pour être dans les normes." Il attend donc beaucoup des mesures de simplification.

"Le nouveau PTZ me permet d'avoir plus d'opportunités pour acheter" Lucie Laplanche, candidate à la propriété
Jeune infirmière de région parisienne, Lucie souhaite acheter son premier bien immobilier avec son conjoint. "Nous sommes capables de payer 900 euros de loyer, nous pouvons donc payer la même chose pour un prêt." Le nouveau prêt à taux zéro (PTZ) est pour elle une chance supplémentaire de voir son projet aboutir. Elle en a entendu parler et s’est même renseigné sur internet pour en connaître les modalités d’obtention. Mais si elle rentre dans les critères, elle regrette la frilosité des banques à lui accorder un prêt. "Ce qui coince, c'est que je suis en CDD et que les banques que j'ai rencontrées pour l'instant ne veulent pas me suivre et me conseillent de revenir quand j'aurai un CDI."

Philippe Taboret salue également la mise en place du PTZ élargi depuis le 1er octobre. "Les Français ont besoin de se loger. Ils veulent être propriétaires," affirme-t-il. Et les primo-accédants doivent être particulièrement soutenus. "Ils ont besoin de retrouver la confiance et un peu de solvabilité," explique le courtier. 80 000 ménages pourraient bénéficier des nouvelles dispositions du PTZ d'ici 2015, contre 44 000 aujourd'hui. Dans une ville comme Toulouse, un couple gagnant 2 500 euros par mois et souhaitant acheter un bien de 200 000 euros environ pourra se voir prêter 6 500 euros de plus à taux zéro sur 25 ans. Et voir son projet aboutir.

Retrouver la confiance est essentiel, s'accordent à dire particuliers comme professionnels. Comparant le secteur à un malade, Philippe Taboret se réjouit qu'enfin "on arrête de lui donner des calmants" pour "le soigner définitivement."