#GrandAngle : la plateforme Pharos

Un mouvement sans précédent de signalements de contenus illicites sur internet s’est levé le 7 janvier 2015. Il a permis de faire contrepoids à l’irruption de profils Twitter et Facebook faisant l’apologie du terrorisme et incitant à la haine. Les enquêteurs de la plateforme Pharos ont reçu durant la période des attentats jusqu’à 6 000 signalements par jour. Leur seule obsession durant ces jours critiques : ne laisser passer aucun signalement, aucune information sensible qui aurait pu être cruciale pour l’enquête en cours. Nous les avons rencontrés quelques semaines après les événements.
 
Grand Angle Pharos



"Tous les signalements sont importants", confie Catherine Chambon, sous-directrice de la lutte contre la cybercriminalité, "donc tous sont lus et traités, sans exception". Cette commissaire divisionnaire est à la tête de la SDLC de la police judiciaire depuis sa création, le 1er juillet 2014. La SDLC doit permettre de répondre de manière plus cohérente et plus structurée au phénomène de la cybercriminalité, sous toutes ses formes. 80 policiers et gendarmes remplissent quotidiennement ces missions de pilotage et de coordination. La plateforme Pharos, qui reçoit les signalements des internautes déposés sur www.internet-signalement.gouv.fr, en est une des plus emblématiques composantes.

En 2014, la plateforme a reçu 137 000 signalements  (+ 14 000 par rapport à 2013) : 56% correspondent à des faits d’escroqueries, 11% sont des signalements liés à la pédopornographie et 12% ont trait soit à l’apologie de terrorisme soit à l’incitation à la haine raciale.
"L’autorité judiciaire est systématiquement informée suite à un signalement."
Au sein de la brigade, travaillent 13 policiers et gendarmes qui reçoivent, lisent, analysent, recoupent et stockent ces centaines de milliers de signalements dans une base de données, pour ensuite générer des investigations plus techniques qui permettront d’identifier l’hébergeur, l’éditeur et ensuite l’auteur. "Dès lors que des contenus sont qualifiés juridiquement, et donc répréhensibles, ils sont transmis, pour être traités et les auteurs interpellés, à des services de police ou de gendarmerie, parfois aussi aux canaux de coopération d’Interpol ou d’Europol, ou directement vers des tribunaux." Ainsi l'an dernier environ 3 500 faits, relevant du territoire français, ont été transmis pour enquête judiciaire.


 
35 000
signalements liés directement aux attentats.
Après le 7 janvier, pour faire face à la masse de signalements, la brigade a été organisée avec un système de permanences 24h/24, durant 3 semaines, avec le renfort d’autres personnels de la direction centrale de la police judiciaire pour lire et analyser ces contenus en temps réel. Les plus urgents ont été traités immédiatement et transmis aux unités de lutte antiterrorisme et aux services de renseignement qui traquaient les terroristes.

"On a reçu environ 35 000 signalements purement liés à la période des attentats", raconte le capitaine  Julien Gauthier, chef de la brigade Pharos depuis 2012. Grâce à l’efficacité de ces experts, mais aussi  aux contacts privilégiés noués avec les grands opérateurs d’internet (notamment Dailymotion,  Google, Facebook et Twitter) une vidéo comme celle de l’exécution d’Hervé Gourdel avait, en septembre, été retirée en moins de 5 minutes des plateformes. Idem durant la période des attentats, un traitement particulier et en urgence a ainsi pu être accordé aux demandes de retrait des vidéos mises en ligne liées aux attaques terroristes. 
"On a vu durant ces jours particuliers cet enjeu républicain qui s’est soulevé."
"Même si évidemment, la difficulté réside dans la duplication de ces contenus, qui réapparaissent toujours sur d’autres sites, mais bien plus confidentiels", note le capitaine Gauthier. La brigade a en fait des comptes professionnels sur toutes les grandes plateformes qui leur permettent d’intervenir directement et très rapidement pour supprimer des contenus. "Nous travaillons aussi depuis des années main dans la main avec les fournisseurs d’accès à internet, notamment l’association AFA qui gère sa propre plateforme de signalements, pointdecontact.net." En plus de ce qui leur est remonté par les internautes via le portail de signalement, les enquêteurs de Pharos effectuent un important travail de veille sur les réseaux sociaux mais aussi de cyber-infiltration.  

"Nous ne sommes pas titulaires de la lutte contre le terrorisme, nous sommes là pour une approche technique", tient à préciser le capitaine Gauthier. "Pharos n’a pas vocation à faire du renseignement, nous sommes une unité de police judiciaire. Des profils de djihadistes sont remontés chez nous durant la période des attentats, nous sommes allés chercher et capturer l’information les concernant sur les réseaux sociaux, et nous les avons transmis aux services spécialisés."

La norme de signalement actuelle reste bien supérieure à ce qu’elle était avant les attentats, puisqu’elle oscille entre 600 et 900 signalements jour, contre 400 en 2014. "Ce qui est remarquable c’est qu’il y a un taux très faible de signalements inopérants, on observe que cette démarche est parfaitement construire et cohérente juridiquement", analyse Catherine Chambon qui y voit un signe de grande maturité chez les internautes.


Un rôle central dans la mise en oeuvre du décret sur le blocage des sites

L’intérêt du dispositif de blocage ou de déréférencement des sites, mis en place par la loi du 13 novembre 2014 vise à "offrir des zones de prévention pour le grand public, qu’il s’agisse de terrorisme ou d’images pédopornographiques. Il s’agit bel et bien de protéger l’internaute d’images insoutenables", poursuit-elle. La plateforme Pharos a un rôle central dans la mise en place de ce décret. "Nous sommes là pour vérifier les listes de sites, les analyser,  les catégoriser et les transmettre ensuite aux FAI ou aux moteurs de recherches qui seront chargés de bloquer ou de déréférencer. Nous avons  validé et transmis à l’autorité de contrôle administrative la première liste de sites qui ont été  déréférencés en mars," détaille Julien Gauthier.

Dans le cadre du renforcement des dispositifs de lutte contre le terrorisme annoncé par Manuel Valls le 21 janvier 2015, mais aussi du nouveau plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la SDLC a obtenu le doublement des effectifs de la plateforme Pharos, mais aussi le renforcement des moyens techniques d’investigation. Au total, cette sous-direction de la police judiciaire, qui avait vu le jour en juillet 2014 avec 50 personnes, devrait compter, à la fin 2015, 105 agents puis dépasser les 150 en 2016.