Un groupe de réflexion pour refondre collectivement la Politique agricole commune
Bruno Le Maire a installé, le 17 février, le groupe de réflexion sur l'avenir de l'agriculture en Europe. Ses membres auront pour mission de réfléchir aux défis que doit relever l'agriculture européenne dans la perspective de la réforme de la Politique agricole commune (Pac) qui entrera en vigueur le 1er janvier 2014.
Le groupe de réflexion sur l'avenir de l'agriculture en Europe a été installé deux mois après la réunion à Paris de 22 pays européens pour réaffirmer le caractère fondamental d'une agriculture européenne. Autonomie et sécurité alimentaires, préservation des ressources naturelles, nouvelle croissance durable, créations d'emplois, vitalité des territoires et des zones rurales, régulation des marchés… autant de sujets cruciaux qui seront au cœur de ses travaux .
Ce groupe est constitué de 16 personnalités d'horizons différents : président du Conseil stratégique de l’agriculture et de l’agro-industrie durable, président de la Commission Europe du Medef, représentants d'institutions financières, agriculteurs, chercheurs, chefs des cuisines d'établissements prestigieux, écrivains, journalistes, etc.
Demain l'agriculture : quels enjeux ?
Premier enjeu, la sécurité alimentaire à l'échelle mondiale. La Pac a été mise en place en 1962 pour assurer l'indépendance alimentaire de l'Europe. Aujourd'hui, l'Union européenne compte près de 500 millions de citoyens européens, mais 33 millions d'entre eux ne mangent pas à leur faim. Au niveau de la planète, c'est environ 1 milliard de personnes qui souffrent de la faim, avec une augmentation de 20 % entre 2008 et 2009. Une population mondiale qui va croissant et qui comptera, en 2050, quelque 9 milliards d'hommes et de femmes. Il faudra donc répondre à ces questions : quel est le rôle de l'Europe dans les équilibres alimentaires mondiaux ? Comment réussira-t-on à augmenter de 70 % la production agricole d'ici à 2050 tout en préservant l'environnement ?
Le défi alimentaire est aussi celui de la qualité avec une alimentation sûre, équilibrée et diversifiée. L'Europe doit être en mesure d'assurer un niveau de sécurité sanitaire homogène.
La nouvelle Pac doit organiser un marché unique et concilier plusieurs réalités : diversité de l'agriculture européenne, agriculture insérée dans un système mondialisé... Les produits agricoles sont-ils des produits comme les autres et l'agriculture doit-elle être soumise aux seules lois du marché ? La définition des normes de production ou de commercialisation permet-elle d'échapper à la concurrence par les prix ? Ou, au contraire, les normes imposées aux producteurs sapent-elles leur compétitivité ? Quel est l'avenir du modèle alimentaire français ? Autant de questions soumises à la réflexion.
Cette Europe doit également relever le défi environnemental en prenant davantage en compte la protection de l'environnement et du bien-être animal. Une Europe actrice dans le respect de l'environnement et de la croissance verte. L'agriculture devra intégrer les dimensions économiques, territoriales et sociales du développement durable et de la croissance de demain.
Deuxième enjeu, l'adaptation de la politique agricole aux exigences de notre temps. La mise en place d'un véritable système de régulation au niveau européen devient indispensable pour remédier à la volatilité des cours des produits agricoles, qui fragilise l'agriculture. Les fluctuations sont imprévisibles et de très grande ampleur - de 30 à 50 % - et empêchent tout investissement des exploitants sur la durée. Il convient d'imaginer de nouveaux instruments permettant de limiter la spéculation et donc de stabiliser et de réguler les marchés. Les produits agricoles sont-ils des produits comme les autres ? Les prix reflètent-ils l’équilibre entre l’offre et la demande ? La définition de normes de production ou de commercialisation permet-elle d’échapper à la concurrence par les prix ? Peut-on envisager d’étendre les normes sanitaires et environnementales européennes à l’échelle mondiale ?
Troisième enjeu, les moyens de la politique agricole. Outils de régulation et soutiens directs aux agriculteurs sont les moyens de la Pac actuelle. L’ouverture internationale des marchés remet-elle en cause les instruments de régulation ? L’intervention sur les marchés doit-elle être accrue ? Faut-il accorder des aides directes aux agriculteurs ? Une harmonisation des normes environnementales, sanitaires et sociales entre les Etats membres est-elle encore possible ?
Alors que la Commission européenne présentera ses premières orientations à l'automne 2010, il devient urgent de réfléchir sur les contours de la nouvelle politique agricole commune. Première puissance agricole d'Europe, la France doit faire entendre sa voix. "Il n'y a pas d'autre voie que celle d'une refondation collective de la Pac. Les moyens pour y parvenir demandent de l'audace, de l'imagination et un réexamen des certitudes établies. C'est l'ambition du groupe de réflexion sur l'avenir de l'agriculture européenne", souligne le ministère de l'Agriculture.

