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Un "chez soi" avant tout pour l'insertion des sans-abri

12.janvier2010
Une personne sans domicile fixe. Photo : Jacques Demarthon/AFP
Une personne sans domicile fixe. Photo : Jacques Demarthon/AFP

Un rapport sur les personnes sans domicile personnel a été remis à Roselyne Bachelot et Benoist Apparu, le 8 janvier. Il propose des solutions pour améliorer le parcours de soin et de vie des sans-abri. Au mois de novembre dernier, Benoist Apparu avait souligné la nécessaire mobilisation en faveur des personnes les plus fragiles. Une nouvelle étape vient d'être franchie avec l'implication du ministère de la Santé.

"Nous ne parvenons pas suffisamment à toucher les personnes en grande précarité", tel est le constat formulé dans la lettre de mission émise par Roselyne Bachelot, en avril 2009, à destination du docteur Vincent Girard. Objectifs de ce rapport : proposer des solutions complémentaires aux dispositifs existants, et faire évoluer les dispositifs sanitaires en direction des personnes en très grande précarité.

Un chez soi avant tout



"Un logement d'abord", cela "constitue une priorité d'action absolue", insiste le rapport, qui s'appuie sur des expériences faites dans d'autres pays, le Canada en particulier. Le "chez soi", qui n'est pas seulement un toit, procure en effet intimité, sécurité et stabilité. Disposer d'un logement est la condition première pour l'intégration des personnes dans le droit commun et pour la prise en charge sanitaire de ces personnes.


L'état de santé des sans-abri est "catastrophique" et leur espérance de vie est de 30 à 35 ans inférieure à la population générale. Les personnes sans-abri ont de grandes difficultés à accéder à des soins effectifs et réguliers. Le recours aux soins se fait dans des cas d'urgence, lors d'épisodes aigus : accident, crise…, repoussant toute notion de "prévention" en matière de santé. De fait, l'organisation des soins n'est pas adaptée aux réalités de la vie dans la rue. Toutes les expériences montrent que les sans-abri retrouvent un équilibre et un meilleur état de santé en disposant d'un domicile personnel.


Le rapport préconise de fournir un logement permanent pour les personnes à la rue présentant des troubles mentaux, et ce sans tenir compte de leurs addictions et de leur degré d'addiction. Une mesure qui devra s'accompagner d'"un accompagnement individualisé gradué et contractualisé vers le soin", recommande le rapport. Les personnes devront être actrices des formes de prises en charge sanitaire et sociale qui leur seront proposées.


Le rapport propose un programme expérimental sur cinq sites pendant quatre ans, s'inspirant du programme canadien "Sans chez soi", proposition d’ores et déjà entérinée par Roselyne Bachelot et Benoist Apparu.


Décloisonner les politiques sanitaires et celles de lutte contre l'exclusion


Le rapport relève un manque de coordination entre les politiques de santé et celles consacrées aux luttes contre l'exclusion. Diagnostic : un trop grand cloisonnement entre les stratégies, les lignes budgétaires et les pratiques. La mise en place des prochaines ARS, inscrite dans la loi HPST, doit être l'occasion de mettre en œuvre une "stratégie énergique de décloisonnement entre politiques sanitaires et politiques de lutte contre les exclusions", insiste le rapport. Des dispositions sont déjà prises pour permettre une telle transversalité : ainsi, au niveau du ministère de la Santé, un référent "Santé, fragilité sociale et précarité" sera nommé ; et un référent "Lutte contre les exclusions" sera nommé dans chaque Agence régionale de santé (ARS).

Il faut ajouter "la conformation et le renforcement par la loi HPST, des Programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins (Praps) et la mise en place de 92 équipes mobiles "psychiatrie, santé" et le renforcement des permanences d'accès aux soins de santé, dans le champ de la prise en charge psychiatrique" des Français en très grande fragilité, précise le communiqué.

Photos : AFP
Photos : AFP
Combien de personnes en grande précarité ?

Selon la Fondation Abbé Pierre, environ 600 000 personnes sont privées de domicile personnel.

Quelque 100 000 personnes sont sans domicile fixe, 152 000 vivent dans des structures d'hébergement ou d'insertion, 150 000 sont hébergées chez des tiers dans des conditions de logement difficile, 100 000 vivent à l'année en camping ou en mobile home, 41 400 vivent dans des habitats de fortune (cabane, construction provisoire…), enfin 500 000 personnes vivent en chambre d'hôtel.