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Mesure de la performance économique : Nicolas Sarkozy plaide en faveur d'une révolution statistique mondiale

15.septembre2009

En recevant le rapport de la commission de réflexion de mesure de la performance économique et du progrès social, présidée par Joseph Stiglitz, Nicolas Sarkozy a plaidé, le 14 septembre, en faveur d'une révolution statistique mondiale.

Constituée en février 2008 à l'initiative de Nicolas Sarkozy et composée de 22 experts, la commission sur la mesure de la performance économique avait pour mission d'identifier et de pallier les limites du produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de performance économique et de progrès social.

Dans son discours d'ouverture de la conférence internationale pour la présentation officielle des conclusions du rapport, le chef de l'Etat a appelé à changer nos comportements et la mesure de nos performances. "Si nous ne voulons pas que notre avenir, l'avenir des générations futures soit semé de catastrophes financières, économiques, sociales, écologiques, nous devons changer nos manières de vivre, de consommer et de produire", a-t-il précisé.

S'inscrivant en faux contre "la pensée unique qui n'admet plus aucune forme de recul, aucune forme de doute", le chef de l'Etat a jugé que "c'est comme cela que l'on creuse un fossé d'incompréhension entre l'expert convaincu de son savoir et de son exactitude et le citoyen dont l'expérience de la vie est en décalage complet avec ce que racontent les chiffres." Et de poursuivre, "c'est un fossé dangereux parce que le citoyen finit par penser qu'on le trompe. Rien n'est plus destructeur pour la démocratie". "Dans le monde entier, les citoyens pensent qu'on leur ment", que les "chiffres sont faux", qu'ils "sont manipulés", a-t-il poursuivi.

Rappelant les conséquences dévastatrices de la crise financière sur l'économie, il a dénoncé le fait que "pendant des années les statistiques ont affiché une croissance économique de plus en plus forte comme une victoire sur la pénurie, jusqu'à ce qu'il apparaisse que cette croissance, en mettant en péril l'avenir de la planète, au fond, détruisait davantage qu'elle ne créait."

Le Produit intérieur brut (PIB) ne reflète pas la qualité de vie réelle des citoyens

Face à la nécessité de réconcilier l'opinion publique avec les statistiques, le chef de l'Etat a récusé "la religion du chiffre" dans laquelle, d'après lui, "nous nous sommes enfermés. Et nous commençons à apercevoir l'énormité des conséquence de cet enfermement". Convaincu que le "problème vient de ce que le monde, la société, l'économie ont changé et que la mesure n'a pas changé", Nicolas Sarkozy a affirmé que c'est là "le problème clé, incontournable auquel nous devons apporter une réponse".

Qualifiant de "formidable révolution", la réflexion engagée par la commission, le chef de l'Etat a rendu hommage à Joseph Stiglitz, Amartya Sen, tous deux prix Nobel d'économie, et à Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

Saluant leur travail d'expertise, le président de la République a affirmé que sans eux rien "n'aurait été possible". "Grâce à votre prestige, à votre autorité, à votre courage, parce qu'il faut d'abord être courageux pour penser autrement. Il y aura un avant et un après cette commission. Il y aura un avant et un après ce rapport," a-t-il enchaîné.

L'idée force de leurs travaux est de reconnaître que "l'une des raisons qui expliquent pourquoi la plupart des gens se considèrent encore moins bien lotis malgré la hausse du PIB est simple : c'est réellement le cas."

Autre notions clés des travaux de la commission, montrer que le PIB ne comptabilise que "ce qui est créé et pas ce qui est détruit". Citant l'exemple "de la production intérieure brute qui augmente quand il y a eu un tremblement de terre, un incendie ou une catastrophe écologique", le chef de l'Etat a souligné les aberrations de l'indicateur.

Proposer à l'Europe et aux organisations internationales de changer leur appareil statistique, tel est l'objectif du président de la République pour qui ce rapport est "un acte politique". "La France proposera à ses partenaires européens que l'Europe donne l'exemple. La France va adapter son propre appareil statistique en conséquence", a-t-il promis. Et de préciser que l'étude de ce rapport sera au programme de toutes les écoles d'application de la fonction publique.

La politique de civilisation : notion clé de l'après-crise

Si la crise économique a accru la légitimité du rapport, le chef de l'Etat a appelé à l'urgence d'une réflexion sur une "politique de civilisation" qui, selon lui, "n'est pas une question détachée des réalités qui se pose pour un avenir lointain et qui saute par-dessus les difficultés du présent". "Parce qu'au milieu des difficultés, nous ne pouvons pas nous contenter de réagir au jour le jour, parce que nous ne sortirons pas de la crise avec seulement des réponses de circonstance." Et de conclure, "nous devons savoir où nous allons. Nous devons savoir qu'elles sont les fins que nous poursuivons".

Défendant l'idée qu'"on ne construit pas un projet de société", "un projet de civilisation uniquement à partir du marché", Nicolas Sarkozy a rappelé qu'"un projet de civilisation, c'est une volonté collective, un effort collectif inscrits dans la durée. Ce n'est pas que le fruit de la confrontation instantanée de l'offre et de la demande."