Promulguée en 1958, la Ve République a profondément modifié les pouvoirs du chef de l’État français, ainsi que son mode d’élection. Auparavant désigné par le Parlement, le président est aujourd’hui élu par le peuple français, au suffrage universel, pour une durée de cinq ans, renouvelable une fois.
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La Cinquième République connaîtra, les dimanches 22 avril et 6 mai 2012, la dixième élection présidentielle de son histoire.
Instauré en 1958, le régime devait mettre un terme à l’incapacité de la IVe République à affronter les crises liées à la décolonisation et à la guerre froide.
Confronté au coup d’État des militaires à Alger, le 13 mai, le président de la République René Coty avait, en effet, appelé le général de Gaulle à former un nouveau gouvernement. Ce dernier avait alors chargé Michel Debré, futur Premier ministre, de préparer un nouveau projet de Constitution. Approuvée par référendum le 28 septembre, cette Constitution a été promulguée le 4 octobre 1958 et est toujours en vigueur aujourd’hui. Elle redonne notamment au chef de l’État de réels pouvoirs. Et pour les exercer, après l’adoption du principe de l’élection de celui-ci au suffrage universel direct, une vraie légitimité démocratique.
Le président, "clé de voûte des institutions"
La Constitution de la Ve République fait du président la "clé de voûte des institutions", selon l’expression du premier Premier ministre du régime, Michel Debré. La liste de ses attributions est longue. Il incarne notamment l’autorité de l’État, veille au respect de la Constitution et dispose de pouvoirs spéciaux en cas de péril grave de la nation. Il est aussi le chef des armées et de la diplomatie, nomme le Premier ministre, promulgue les lois et peut dissoudre l’Assemblée nationale.
La Constitution modifie également le système électoral afin de conférer au président une légitimité démocratique en rapport avec l’étendue de ses nouveaux pouvoirs. Auparavant choisi par le Parlement, le chef de l’État était dès lors élu, pour une durée de sept ans, par un collège de 80 000 grands électeurs (parlementaires, conseillers généraux et élus municipaux). L’objectif : faire de lui "le président de l’Union française", comme le souhaitait le général de Gaulle dès 1946, dans son discours de Bayeux.
Pour autant, le système ne sera utilisé qu’une seule fois : en 1958, lors de la première élection du Général. En 1962, celui-ci demande en effet à modifier la Constitution afin d’y inscrire l’élection du président au suffrage universel direct, autrement dit "par le peuple". La question du passage au suffrage universel est posée par référendum aux Français qui l'approuvent massivement. La révision constitutionnelle est alors adoptée. La première élection sous ce régime aura lieu en 1965.
Des évolutions à la mesure de l’importance de la fonction
Au cours de son histoire, la constitution de la Ve République connaît diverses réformes, qui encadrent davantage l’élection et les attributions du chef de l’État. En 1976, par exemple, les règles de présentation au premier tour sont durcies afin de limiter le nombre de candidatures. Aux élections de 1974, un record avait été atteint avec douze candidats. Depuis 1976, les prétendants doivent recueillir 500 parrainages d’élus contre 100 auparavant.
En 2000, la durée du mandat présidentiel est réduite, passant de sept à cinq ans. Outre une expression plus fréquente des électeurs, l’objectif est d’aligner le temps de la présidence sur le temps de mandat des députés. Et ainsi, diminuer les risques de cohabitation entre un chef de l’État et un Premier ministre appartenant à une majorité parlementaire politiquement opposée. Le calendrier électoral est, lui aussi, modifié : désormais les élections législatives suivent immédiatement l’élection présidentielle.
En 2008, la loi réforme une nouvelle fois la Constitution afin de clarifier la répartition des compétences au sein de l’exécutif. De nombreux articles relatifs au président sont ainsi modifiés. Dorénavant, il ne préside plus le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Son pouvoir de nomination est encadré par le Parlement et son droit de grâce limité à titre individuel. L’exercice de plus de deux mandats présidentiels successifs lui est, par ailleurs, interdit. Malgré ces modifications, le chef de l’État reste à ce jour au cœur du fonctionnement des institutions.
Charles de Gaulle (1959-1969)
Le général de Gaulle est élu par les grands électeurs le 21 décembre 1958, avec 78,5 % des suffrages exprimés. Il est réélu en 1965 au suffrage universel direct.
Georges Pompidou (1969-1974)
Après la démission du général de Gaulle en 1969, Georges Pompidou est désigné au second tour avec 58,2 % des voix. Mais il décèdera le 2 avril 1974 avant la fin de son mandat.
Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981)
Les élections de 1974 sont marquées par un nombre record de 12 candidats et la première candidature féminine : celle d'Arlette Laguiller. À l’issue d'un second tour serré contre François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing est élu avec 50,8 % des suffrages.
François Mitterrand (1981-1995)
En 1981, comme en 1974, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand s’affrontent au second tour. François Mitterrand l’emporte avec 51,8 % des voix. Il est réélu en 1988 face à Jacques Chirac.
Jacques Chirac (1995-2007)
En 1995, Jacques Chirac est élu au second tour avec 52,6 % des suffrages. Il est réélu en 2002, face à Jean-Marie Le Pen (premier candidat d’extrême-droite à atteindre le second tour) avec 82,21 % des voix. Un record, tout comme le nombre de candidats au premier tour : 16 au total.
Nicolas Sarkozy (2007-2012)
En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte au second tour face à Ségolène Royal, avec 53,06 % des suffrages.
