Egalité professionnelle, application des lois, travail sur les stéréotypes, Twitter, prochains défis législatifs... Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, prend la parole sur Gouvernement.fr.
Tout d’abord, il faut avoir à l’esprit que ce ministère de plein exercice est de retour après 26 ans d’absence : les droits des femmes sont redevenus une politique publique à part entière, cohérente, transversale, intégrée dans l’action gouvernementale.
Deux volontés politiques très fortes guident notre action :
• veiller à l’application effective des lois car les adopter ne suffit pas. L’égalité professionnelle en est le meilleur exemple ;
• faire évoluer en profondeur les mentalités sur le sujet de l’égalité femme/homme pour mettre fin à la reproduction des comportements d’habitude.
C’est vrai, il est plus facile d’adopter les lois que de faire évoluer les mentalités en profondeur... Mais les vecteurs de changement existent bel et bien, comme l’école et les médias notamment.
Il s’agit également d’agir sur tout ce qui est source de représentations : la télévision, le cinéma, les affiches, la publicité, le sport…
Pris isolément, tout cela peut paraître anecdotique, ou sans importance, mais ces inégalités invisibles tissent souvent notre quotidien, renforcent nos préjugés. On constate par exemple que la plupart du temps les femmes invitées lors des émissions de télévision ne sont pas expertes et occupent bien plus souvent la place de témoin, ou de victime. Cela marque durablement les esprits, notamment les plus jeunes.
Il ne s’agit pas de jeter la pierre à quiconque mais d’inciter à interroger ses réflexes inconscients. Autant développer la douceur et le courage chez les petites filles comme chez les petits garçons car ils auront besoin des deux pour s’en sortir dans la vie.
Oui, cela a été un beau sujet pour plusieurs raisons. Quand le 4 mai 2012 la décision du Conseil constitutionnel a été rendue, cela a été comme un coup de tonnerre dans le paysage public. Il était incroyable que ce délit disparaisse et que les victimes de harcèlement sexuel, essentiellement des femmes, se retrouvent sans protection. L’effet positif a été une mobilisation très forte des associations qui ont porté le sujet dans le débat public.
D’autres mesures sont passées plus discrètement mais sont également très importantes, telles que l’intégration d’un trimestre de congé maternité dans le calcul des droits à la retraite, le remboursement de l’IVG et de la contraception pour mineurs à 100 %. Et même si cela n’a pas été présenté comme tel, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire de 25 % a apporté une réponse concrète aux problématiques des familles monoparentales, souvent des femmes seules très précaires.
L’égalité professionnelle est un enjeu crucial : j’ai voulu le mettre à l’ordre du jour de la Grande Conférence sociale qui s’est tenue en juillet 2012. Nous avons défini une feuille de route en commun avec les partenaires sociaux que nous appliquons ensemble dans les territoires, avec les expérimentations, ou au travers de négociations dans le secteur privé comme dans la fonction publique. Et vendredi 11 janvier une étape essentielle a été franchie par les partenaires sociaux. Un accord a été conclu sur une racine majeure de l’inégalité et de la précarité, la multiplication des temps partiels occupés principalement par les femmes (80 % des employés). Cet accord propose des moyens de régulation significatifs.
L’introduction d’un minimum horaire de 24h par semaine comme référence dans les négociations qui doivent s’ouvrir, ainsi que la majoration des heures complémentaires dès la première heure à compter du 31 décembre 2013 sont des avancées importantes.
Ces dispositions vont permettre de réduire la précarité des salariés et d’agir sur les écarts de salaire entre les femmes et les hommes. La moitié des écarts entre les femmes et les hommes s’expliquent en effet par le temps partiel.
Cet accord constitue une première étape. Les partenaires sociaux négocient actuellement sur le thème de l’égalité professionnelle. Leur négociation doit s’achever au début du mois de mars 2013. Le Gouvernement tirera toutes les conséquences de cette nouvelle négociation dans le cadre de la loi-cadre sur les droits des femmes qui sera présentée en mai 2013. Celle-ci viendra combler toutes les failles existantes de notre législation en termes de droits des femmes et d’égalité. Elle abordera différents sujets, notamment l’aspect professionnel, les violences faites aux femmes, la question de la parité.
Le Premier ministre m’a confié la responsabilité d’une mission sur la lutte contre les discriminations sexuelles et l’identité de genre, et c’est dans ce cadre que je me suis exprimée. Les réseaux sociaux quand ils incitent à la haine de cette manière s’inscrivent contre les principes démocratiques. Il faut être particulièrement vigilant sur ce terrain qui est aussi celui du racisme, de l’antisémitisme ou du sexisme car les répercussions, sur les plus jeunes, sont très graves.
Les utilisateurs de Twitter sont des citoyens et des justiciables qui ont droit à la protection de la loi, et qui sont responsables de ce qu’ils font. Il ne s’agit de censurer, mais d’appliquer la loi, qui est une bonne loi. Nous savons que les difficultés sont importantes, mais nous resterons déterminés et combatifs, pour obtenir des résultats. Nous avons engagé un dialogue très encourageant avec Twitter pour trouver des solutions concrètes, dans un travail étroit avec les associations.






