Entretien avec Agnès Bathiany, directrice adjointe du Pôle d'information et d'orientation des lycéens et des étudiants (Piole) de l'université d'Evry
Pour Agnès Bathiany, chef de projet sur les cordées de la réussite, les missions de tutorat et d'accompagnement à la scolarité sont essentielles pour assurer à chacun, selon son potentiel, la réussite dans l'enseignement supérieur. Le nouveau dispositif, institué en 2008, permet selon elle de renouer avec les valeurs universalistes portées par l'université.
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Comment s'articulent les cordées de la réussite avec le projet pédagogique de l'université d'Evry ?
Depuis 2006, l'université d'Evry s'est engagée sur les questions d'éducation prioritaire avec l'opération 100 000 étudiants, 100 000 jeunes. L'égalité des chances est en quelque sorte une tradition dans notre université et c'est pourquoi il nous a paru naturel de demander une habilitation au ministère pour créer des cordées de la réussite. Ce projet correspondait exactement à ce que nous avions déjà mis en place et aux pistes que nous souhaitions développer par la suite. Nous avons repris le dispositif "Ambitions d'enseignement supérieur" que nous avons actualisé en fonction des exigences des cordées de la réussite.
Pour y parvenir, nous avons établi un diagnostic partagé avec l'Education nationale en nous interrogeant sur ce qu'une université, telle que la nôtre, pouvait apporter en matière d'égalité des chances sur notre territoire. Au regard de ce diagnostic, nous avons identifié des besoins au niveau de l'accompagnement sur les questions d'orientation. Nous avons donc décidé d'accompagner les jeunes dans l'élaboration de leurs projets d'études dès la classe de troisième.
Le nouveau dispositif "Ambitions Enseignement supérieur" consiste à accompagner des jeunes à potentiel vers des études supérieures mais aussi à lever les freins qui les empêchent de se projeter au-delà du baccalauréat. La plupart d'entre eux étaient persuadés que les études n'étaient pas faites pour eux, et nous avons en outre constaté qu'ils n'avaient absolument aucune connaissance en matière d'orientation. En parallèle, nous avons identifié chez certains d'entre eux des lacunes dans les méthodes de travail et des difficultés dans l'apprentissage de l'autonomie.
Quelles sont les actions que vous avez mises en place pour aider ces jeunes à surmonter leurs a priori et à envisager des études supérieures ?
Nous avons engagé cette année 150 étudiants de notre université pour conduire des actions spécifiques de tutorat sur 350 élèves, issus de 24 établissements situés dans des quartiers sensibles. Rémunérés par l'université sur un contrat étudiant, les tuteurs bénéficient d'une formation spécifique d'une vingtaine d'heures, qui est élaborée conjointement par le Piole de l'université, l'Education nationale et l'Inspection académique. Cette formation permet à l'étudiant de connaître parfaitement les différents dispositifs d'orientation qui jalonnent le parcours d'un jeune de façon à l'aider à définir son propre projet.
Le jeune bénéficie d'un suivi individualisé aussi longtemps qu'il le souhaite. Il peut ainsi être suivi plusieurs années pour affiner son projet d'orientation. D'une durée approximative de six heures par mois, le tutorat aborde notamment les filières de l'Enseignement supérieur, ses débouchés et les différents métiers qui en découlent. En partant du projet initial, les élèves en tutorat rencontrent des professionnels, visitent des entreprises ou peuvent s'immerger pendant une journée dans un environnement professionnel qui les intéresse. L'intérêt de cet accompagnement consiste à élargir le projet initial d'orientation de façon à ce que le jeune puisse avoir un aperçu de tous les métiers dans son secteur de prédilection. L'objectif est de décloisonner et de repousser les limites de l'élève par rapport à ses compétences et ses capacités à réussir.
Autre volet du tutorat : l'accès à la culture. On les emmène au musée, au théâtre. Enfin, pour les jeunes qui ont des difficultés dans l'organisation de leur travail, le tutorat est complété par un accompagnement qui leur permet d'acquérir des méthodes de travail et de planification. L'étudiant peut par exemple aider l'élève dans une recherche documentaire. Pour aller jusqu'au bout de cette idée, nous avons mis à la disposition de chaque élève suivi une carte de bibliothèque universitaire. L'objectif est de tout faire pour que l'université, qui était loin de leurs préoccupations, devienne un environnement familier dans lequel ils se sentent à l'aise.
Oui, tout à fait. Pour le compléter, nous avons monté des ateliers collectifs d'une vingtaine d'élèves. Les élèves en tutorat sont prioritaires, mais s'il reste des places, tout élève des établissements partenaires des cordées peut y participer. Ces ateliers abordent des thématiques très variées comme la présentation de classes préparatoires aux grandes écoles ou encore les formations en apprentissage au sein des universités. C'est dans ce cadre que l'année dernière, les élèves ont découvert les métiers du journalisme en rencontrant des professionnels, des professeurs et des étudiants d'écoles de journalisme. Ils ont également été accueillis un après-midi à la rédaction du "Monde diplomatique", à la rédaction d'une radio et enfin dans une société multimédia. L'objectif était de construire une réflexion sur les évolutions du métier de journaliste et les modalités pour y accéder.
Lors des journées de l'excellence et de la réussite, qui se sont tenues en janvier dernier, une vingtaine de professionnels, infirmières, médecins, avocats et banquiers ont été questionnés par 80 jeunes. Les étudiants les ont notamment fait travailler sur les différences qui existent entre un métier et un secteur d'activité. Le but étant par exemple de leur faire comprendre qu'ils peuvent être comptables dans différents secteurs d'activité. Ils ont ensuite échangé en groupe sur la notion de domaine d'activité, d'insertion professionnelle, d'emploi, de cursus et de rémunération.
Autre initiative : un stage d'aide à la recherche documentaire. Des lycéens, titulaires de carte de bibliothèque universitaire, nous l'avaient demandé et nous l'avons organisé pendant quatre jours avec l'aide d'un professeur documentaliste.
Les étudiants sont ravis. Ils apprennent énormément sur les métiers et sur l'emploi de différents secteurs d’activité. Et le plus souvent, les recherches qu'ils effectuent pour aider le jeune les aident à leur tour pour leur propre orientation. Ils apprécient également la rencontre avec les plus jeunes et le rôle de médiation qu'ils peuvent avoir auprès des parents pour les aider à comprendre les choix de leurs enfants.
Oui, c'est d'ailleurs la nouveauté de cette rentrée 2010 avec l'ouverture d'une classe préparatoire PCSI (physique chimie sciences de l’ingénieur) en partenariat avec le lycée Parc des Loges d'Evry. Son ambition est de favoriser l'accès d'un large public aux classes préparatoires en donnant aux élèves une double culture par un enseignement assuré à la fois par des professeurs de classes préparatoires et par des professeurs de l'UFR Sciences. Les cours se dérouleront en alternance sur les deux sites.
Les cordées de la réussite illustrent notre conviction que tout le monde peut avoir accès aux études supérieures. Le côté universaliste de l'université s'exprime là de manière très forte. Dire à des jeunes qu'ils ont le potentiel pour réussir et que nous sommes à leurs côtés pour les aider, c'est renouer d'une certaine façon avec ceux qui avaient perdu confiance dans les institutions.
Propos recueillis par la rédaction de gouvernement.fr