Le troisième plan autisme sera annoncé au plus tard début 2013, a déclaré Marie-Arlette Carlotti lors de son discours au Conseil économique, social et environnemental (Cese), le 9 octobre. Parmi les points du futur plan, la ministre a mis en avant la question cruciale du dépistage et du diagnostic précoces.
À l'occasion de la présentation de l'avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) sur "Le coût social et environnemental de l'Autisme", le 9 octobre, Marie-Arlette Carlotti a réaffirmé sa volonté de mettre en place un troisième plan autisme. Ce plan verra le jour "à la fin de l'année [ou] au tout début de l'année prochaine". "Je veux vraiment avancer sur cette question", a-t-elle affirmé.
La ministre a annoncé la désignation de la députée Martine Pinville à la présidence du Conseil national de l'autisme chargé de l'élaboration du troisième plan autisme : "Parce que je veux associer la représentation nationale et que je veux qu'il y ait un pilotage politique sur cette question", a-t-elle souligné. Elle a précisé le rôle des trois groupes de travail en place : la recherche, la formation de tous les professionnels de santé et d'éducation, et l'amélioration des établissements médico-sociaux et de l'accompagnement à domicile.
Marie-Arlette Carlotti a également insisté sur la nécessité d'une "prise en compte très tôt du dépistage, un dépistage précoce. Je souhaite que cela soit évoqué dans le troisième plan autisme", a-t-elle indiqué. Dans un communiqué datant de juillet dernier, elle avait précisé que le dépistage devait être réalisé "entre 18 mois et 3 ans, au lieu de 6 ans en moyenne actuellement". "Je veux que les centres de protection maternelle et infantile (PMI) se saisissent de la question", a-t-elle déclaré en précisant qu'elle souhaitait "y associer les professionnels de la petite enfance."
Médecins de PMI, puéricultrices, pédiatres, médecins généralistes, médecins et psychologues scolaires sont les premiers acteurs du dépistage. Ils disposent pour cela d'outils de détection comme le "Chat" (check-list for autism in toddlers)(1). Ce questionnaire de détection peut être utilisé dès le 18e mois de l'enfant. Il comporte une série de questions spécifiques posées aux parents ainsi qu’un volet d’observation de l’enfant en situation interactive. En cas de résultat positif, il permet aux généralistes et aux pédiatres d’orienter l’enfant vers un centre de diagnostic spécialisé. S'il y a une suspicion de TSA, les généralistes ou les pédiatres dirigent la famille vers un centre de diagnostic spécialisé qui pourra confirmer ou infirmer les premiers signes et poser le diagnostic.
Profiter de la plasticité du cerveau
Dans l'autisme, le rôle vital du dépistage précoce n'est plus à démontrer. C'est au plus jeune âge que se mettent en place les fonctions cognitives, les comportements moteurs et les bases du comportement social. Intervenir au plus tôt permet une prise en charge rapide de l'enfant par des stratégies d'intervention adaptées comme les approches éducatives, cognitives et développementales (Voir l'encadré ci-dessous). Comme l'explique le docteur Stéphane Cabrol(2), "entre 0 et 7 ans, la plasticité et la maturation cérébrales se font à une telle vitesse qu'une intervention adaptée permet la réversibilité d'un certain nombre de difficultés majeures de développement. […] L’efficacité optimale se situe dans le plus jeune âge." A l'inverse, soulève le docteur Nadia Chabanne(3) "plus on tarde à donner à un enfant et à sa famille un outil de communication adapté, plus on tarde à travailler sur des comportements inadaptés, plus on les installe et plus on majore le handicap social de l'enfant."
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S'ouvrir au monde et aux autres, ils en sont capables et en demande d'y parvenir, avec cette précision : il faut les guider et leur montrer le chemin. "Il faut leur apprendre à apprendre", selon la formule de Karina Alt, psychologue ABA(1). Les prises en charge par les approches éducatives de la psychologie comportementale et de la psychologie cognitive(2), notamment à travers l'approche comportementale ABA, ont démontré leur réelle efficacité à travers le monde depuis plus de 40 ans. Avec cependant une condition, ces prises en charge doivent se faire au plus tôt pour profiter de la plasticité du cerveau et rendre réversibles les déficiences fonctionnelles du cerveau de l'enfant avec autisme.
(1)Les méthodes ABA, Teacch et Pecs font partie des méthodes comportementales recommandées par la HAS et l'Anesm pour le développement des acquisitions mentales et sociales des personnes avec autisme. ("Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent", mars 2012)
(2) Les thérapies comportementales abordent les troubles en cherchant à mettre en place des comportements adéquats et à déconditionner ceux qui sont inappropriés. La psychologie cognitive étudie comment se forment les processus de pensée en se penchant sur la façon dont l'information est traitée par le cerveau. C'est-à-dire comment elle est perçue, décryptée, transformée et restituée.
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Littéralement "Liste de contrôle pour l’autisme chez les tout-petits". "Chat" (check-list for autism in toddlers) ou "M-Chat" (modified check-list for autism in toddlers) : ces outils de dépistage font partie des ressources listées dans les "Recommandations pour la pratique professionnelle du diagnostic de l'autisme" (PDF), élaboré en 2005 par la Fédération française de psychiatrie et de la Haute Autorité de santé. ↩
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Chef du pôle de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent au Centre hospitalier de la Savoie et médecin au Centre d'évaluation et de diagnostic au sein du CRA de Savoie. ↩
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Pédopsychiatre, Nadia Chabanne fait partie d'une unité pilote dans le diagnostic précoce à l'hôpital Robert Debré à Paris. Financée par les pouvoirs publics dans le cadre du 2e plan autisme, cette unité intervient dans la détection, le diagnostic et le suivi des familles et des enfants avec la mise en place et le suivi d'une stratégie d'interventions plurielle adaptée à chaque enfant. ↩
