Agriculture et alimentation : "nous sommes à un tournant sanitaire"
Bruno Le Maire a ouvert les États généraux du sanitaire qui permettront d'élaborer des propositions sur la maîtrise des risques et incidents sanitaires dans les filières animale et végétale.
"Assurer la sécurité sanitaire est une responsabilité essentielle pour le ministre chargé de l'agriculture et de l'alimentation", a déclaré Bruno Le Maire qui a plaidé "pour plus de prévention, pour moins de risques", à l'occasion du lancement des Etats généraux du sanitaire.
Si la France possède un dispositif sanitaire performant contre les maladies animales et végétales, "nous sommes à un tournant sanitaire", a alerté le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche. Les menaces sanitaires évoluent : les systèmes de santé identifient désormais une nouvelle menace tous les ans contre une tous les 10 à 15 ans dans les années 70. Réchauffement climatique et mondialisation des échanges entraînent l'émergence de nouvelles maladies, dont beaucoup sont transmissibles à l'homme. Ainsi, la fièvre catarrhale ovine (FCO), confinée à des régions plus chaudes devient aujourd'hui une menace réelle. Dans la filière végétale, l'insecte appelé chrysomèle du maïs est venu coloniser les cultures de maïs.
La question sanitaire est au cœur des politiques agricoles et alimentaires. L'objectif est de rendre le dispositif sanitaire plus performant et plus réactif pour assurer un maillage sanitaire efficace des territoires ruraux. Pour cela, il convient de "définir les nouvelles règles du jeu qui nous permettront de mieux maîtriser l'émergence et la diffusion des maladies dans les 10 ans qui viennent", a déclaré le ministre. C'est tout l'enjeu des États généraux du sanitaire dont les débats se poursuivront jusqu'au mois d'avril.
Anticiper plutôt que financer les crises
"Plus de 2 milliards d'euros depuis 2000 ont été employés pour la politique sanitaire. Mais bien que les moyens publics soient considérables, ceux-ci sont trop souvent employés à la gestion directe des crises", a souligné le ministre qui a tracé les grandes lignes de la feuille de route :
- "Il faut tirer parti des avancées technologiques et scientifiques pour améliorer la politique sanitaire. Il convient de réfléchir à l'orientation à donner à la recherche et l'innovation. Sur quelles maladies faut-il concentrer les efforts, comment les détecter rapidement et prévoir leur développement ? Comment organiser une riposte sanitaire rapide et proportionnée ?", a déclaré Bruno Le Maire.
- Les débats auront aussi un enjeu juridique et commercial : "Comment organiser une certification fiable et crédible et considérée comme telle par les pays clients ? Car la sécurité sanitaire est aussi un enjeu commercial de plusieurs milliards d'euros", a précisé le ministre.
- "Il nous faut développer les bons outils de financement et de couverture des risques sanitaires (fonds de mutualisation et développement de l'assurance)".
- Enfin, le ministre a demandé que les discussions portent sur une "gouvernance rénovée" permettant d'organiser un cadre d'action clair. "Le modèle européen est fondé sur le suivi de la qualité sanitaire tout au long de la chaîne de production", a-t-il rappelé en demandant, dans la logique du "Paquet hygiène", que soient précisés le rôle et les missions de chacun pour responsabiliser les différents acteurs.
Jusqu'en avril 2010, quatre groupes de travail constitués de professionnels agricoles, d'experts du monde vétérinaire et de scientifiques se pencheront sur les thèmes suivants :
- la gouvernance des organisations et les missions des acteurs intervenant dans la santé animale ;
- le développement des outils, méthodes et stratégies de surveillance de la santé animale ;
- la sécurité dans le domaine phytosanitaire ;
- le financement des mesures, l'assurance, la mutualisation et la protection économiques des filières.
Rendez-vous en avril
En avril 2010, un rapport de synthèse rédigé par chacun des groupes, ainsi qu'un rapport général cosigné par l'ensemble des groupes seront remis au ministre. L'objectif est de déboucher sur un plan d'actions concret, "nous construirons une vision stratégique nationale […] pour assurer le développement économique de notre agriculture, préparer la Pac d'après 2013 et l'évolution des politiques communautaires de santé animale et de santé végétale", a déclaré le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche.
Bruno Le Maire a précisé que les "dispositions législatives seront prises par une ordonnance dans un délai d’un an après la publication de la loi sur la modernisation de l'agriculture et de la pêche".
"Le Paquet hygiène englobe l'ensemble de la filière agroalimentaire depuis la production primaire, animale et végétale jusqu'au consommateur en passant par l'industrie agroalimentaire, les métiers de bouche, le transport et la distribution. Cette nouvelle réglementation européenne, au sens large, est composée essentiellement de six règlements principaux et de deux directives, l’une qui permet l’abrogation des anciennes directives, l’autre fixant les règles de police sanitaires… En savoir plus, sur le site du ministère de l'Agriculture et de la Pêche
(Source : ministère de l'Agriculture et de la Pêche)