Portrait d'Eliott Sarrey

Eliott Sarrey : "Bot2Karot, c'est le lien entre le virtuel et le réel, entre les jeux de jardinage et mon potager"

Eliott Sarrey n'a que 14 ans, et il a pourtant déjà tout d'un grand. Le 21 septembre 2015, ce jeune Lorrain a remporté, à Moutain View, en Californie, le prix Incubateur du Google Science Fair, réservé au 13-15 ans et qui récompense "un projet extraordinaire dans le domaine de la science". Ce projet, c'est Bot2Karot, un robot capable de faire le jardin à votre place, entièrement conçu et réalisé dans l'atelier familial. Portrait d'un jeune inventeur qui garde les pieds sur terre.
 
L'Incubator Award est décerné à un élève âgé de 13 à 15 ans présentant un projet extraordinaire dans le domaine de la science. Le gagnant reçoit une bourse d'études de 10 000 dollars et un mentorat d'un an pour poursuivre son projet.
Quand on contacte par téléphone Eliott Sarrey, on ne s'attend pas à entendre cette voix déjà mûre et assurée. Il faut dire qu'il n'en est pas à sa première interview. Depuis le 21 septembre 2015, Eliott est très sollicité. La raison de cette récente célébrité : le prix Incubateur qui lui a été décerné par Google pour son robot Bot2Karot.

Ce robot, qu'il a conçu seul et dont il a réalisé le prototype dans l'atelier familial, est le premier robot jardinier connecté. Le concept : un robot qui sait "biner, arroser, repiquer, percer des trous" et peut être commandé depuis un smartphone. "Je me suis dit que ce serait bien si ce que l'on peut faire virtuellement, dans les jeux, pouvait se faire en vrai, dans le potager", nous explique-t-il. "Mais au départ, c'était surtout pour que quelqu'un arrose et bine le potager, ce que nous ne faisons pas trop à la maison !"

de l'idée au concret

Le robot Bot2KarotS'il a mené à bien ce projet pour pouvoir le présenter au Google Science Fair, Eliott Sarrey en a eu l'idée bien avant. On pourrait presque dire qu'il est tombé tout petit dans la robotique. "J'ai toujours joué aux Lego et j'aimais beaucoup ne pas respecter les plans, monter les jouets, les démonter, remonter comme cela me plaisait." Il passe au niveau supérieur quand ses parents acquièrent, il y a deux ans, une fraiseuse. "Maintenant, je fais comme avec les Lego, mais avec des pièces en bois."

Eliott fait également partie d'un club d'informatique, fondé avec deux amis, depuis 3 ans et d'un club de robotique, fondé plus récemment. Des amis moins bricoleurs que lui, puisqu'ils "n'ont pas d'atelier à la maison", mais "tous les trois, on fait de l'informatique, un peu de programmation, et de la robotique. On a des Lego Mindstorm et du coup, on programme un peu les robots", nous explique-t-il, avec un naturel déconcertant.

Trois mois seront nécessaires à la conception et au prototypage de Bot2Karot."C'est assez rapide, mais ce n'est pas un projet fini !", précise-t-il. Ainsi, il accorde deux mois à la seule étape de la modélisation. Pour être dans les délais, il doit aller plus vite sur la partie usinage. Le robot est 100% fait maison, dans l'atelier de son père. "Il est en medium, c'est-à-dire de la sciure de bois agglomérée sous pression, ce qui donne du bois sans fibre, qui s'usine très bien. Les pièces mécaniques, elles, sont en métal : roulements à billes, moteurs, etc.", détaille-t-il.

Le Google Science Fair

Eliott Sarrey et son prix Google Science Fair Le 19 septembre 2015, Eliott Sarrey, accompagné de son père, s'envole pour les États-Unis. L'heure tant attendue de la présentation chez Google est arrivée. Pour l'événement, il a réalisé une petite maquette de potager complet. Seize jurés passent dans un premier temps de stand en stand pour regarder les projets. Le lendemain, c'est au tour d'Eliott de faire une présentation devant le jury. Le 21 septembre, le verdict tombe : Eliott devient le premier Français à décrocher un prix lors de ce concours mondial, le prix Incubateur. A la clé : une bourse d'études d'un montant de 10 000 dollars et un mentorat d'un an pour poursuivre son projet.



Eliott Sarrey accueilli par ses camarades à son retour au collège A son retour au collège de Neuves-Maisons (54), une semaine plus tard, l'accueil est triomphal. "C'était sympa, mes camarades m'ont tous accueilli à l'entrée du collège. Même la télé était là !", s'amuse-t-il. Le retour sur les bancs de l'école, c'est aussi le retour à la réalité, qu'Eliott ne semble jamais avoir perdue de vue. Ainsi, quand on lui demande si ce prix lui donne l'envie de se lancer dans d'autres projets, il nous rappelle qu'il a le brevet à la fin de l'année, et qu'il manque un peu de temps pour tout faire.
"Et puis j'aimerais bien finir Bot2Karot ! Le robot n'est encore qu'un prototype, et si on peut déjà lui demander de biner, d'arroser, le programme qui permettra, depuis le smartphone, de vraiment programmer le fait qu'il aille arroser telle ou telle salade n'est pas encore abouti."

Prochaine étape : en faire un véritable objet connecté. "J'ai déjà fait des petites applications, donc cela ne pose pas vraiment de problème. Mais ce que je ne sais pas faire, c'est la partie communication. Il faut passer par un serveur, pour que le robot envoie les informations sur une base de données, et c'est vraiment plus de mon ressort." Mais le jeune homme avoue que ce prix a donné une nouvelle dimension à son projet. "Avant, c'était le petit projet dont je ne savais pas trop ce qu'il serait, fait dans mon atelier. Maintenant, je me dis que ça a l'air de plaire aux gens, et du coup, je me demande ce qu'on peut en faire. Je ne me serais jamais posé la question avant."

Et après ?

L'objectif d'Eliott Sarrey est avant tout de finir Bot2Karot. Son stage de 3e devrait lui permettre d'appronfondir ses connaissances sur le fonctionnement des objets connectés puisqu'il l'effectuera chez Parrot, entreprise française donc c'est la spécialité, qui développe et commercialise notamment des drones. "Si je veux aller plus loin, ce sont des contacts que je pourrais garder pour la suite."

Mais s'il envisage de faire des études dans l'ingénierie, il avoue ne pas encore savoir dans quel domaine. "Bot2Karot m'a fait toucher à pas mal de métiers : l'usinage, la conception, le design, la programmation. L'ingénierie, c'est vite très précis et, pour le moment, je ne sais pas vers quoi je me dirigerai."

 
Portrait réalisé par Emilie Louis