28 avril 2014 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls I du 02 Avril 2014 au 25 Août 2014

Discours du Premier ministre - "L’Etat mobilisé pour l’emploi"

Maison de la Chimie – Lundi 28 avril 2014


Messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les préfets,
Mesdames, messieurs les directeurs des DIRECCTE, des DRFIP, les directeurs des DIRECCTE, les directeurs régionaux de Pôle Emploi,
Mesdames et messieurs les commissaires au Redressement productif,
Mesdames messieurs les sous-préfets,
Mesdames messieurs,

C’est un plaisir d’être parmi vous aujourd’hui et un plaisir tout particulier de retrouver ici des têtes connues. Cette salle est un peu plus grande que la salle des Fêtes du ministère de l’Intérieur, où nous avions, avec les préfets, l’habitude de nous retrouver pour des réunions régulières. La salle est différente, et ma position a changé aussi, vous l’avez peut-être remarqué. Mais mon propos aura la même tonalité, le rôle essentiel de l’Etat. Un Etat qui agit dans nos territoires, en lien avec les collectivités locales, au service de nos concitoyens.L’Etat, je le dis souvent, est la colonne vertébrale de notre Nation. Il en assure la cohésion et l’unité. Nous partageons cette conviction avec les ministres ici présents, et bien sûr avec Bernard Cazeneuve. C’est l’Etat également qui, au travers des politiques publiques, contribue à mettre notre société en mouvement. Et cela notamment sur les enjeux économiques ou industriels. Arnaud Montebourg y reviendra sans aucun doute.
En vous rassemblant aujourd’hui, le président de la République - qui viendra assister à une partie de cette rencontre, et clore cet après-midi de travail - a voulu amplifier la mobilisation de tous pour l’emploi, pour l’emploi et contre le chômage. Bien sûr cette mobilisation n’est pas nouvelle, et beaucoup d’entre vous ont entendu, souvent, les propos de mobilisation de Michel Sapin. Mais nous devons redoubler d’efforts, et créer ainsi une nouvelle dynamique autour du Pacte de responsabilité et de solidarité, annoncé au début de l’année 2014 par le président de la République.

Car parmi les difficultés de notre pays, le chômage est celle qui frappe le plus durement nos concitoyens, et particulièrement notre jeunesse. Depuis 2008, le chômage s’est aggravé chaque mois, même si le rythme s’est ralenti à la fin de l’année 2013.

Le président de la République a fait de l’emploi une priorité. Depuis deux ans, beaucoup a été accompli. Je connais votre implication, aux uns et aux autres, dans l’ensemble de nos territoires. Mais nous devons aller plus loin, et plus fort. Nous devons encore accélérer. Le Pacte de responsabilité et de solidarité est une nouvelle étape. Il n’efface, ni ne remplace, tous les autres outils existants. Au contraire, nous devons continuer d’agir, sur tous les fronts, avec tous les leviers disponibles de la politique de l’emploi.
Je rencontrais, il y a quelques jours, Louis Gallois. Il me rappelait la cohérence entre les propositions qu’il avait formulées au président de la République et au gouvernement à l’automne 2012 - la compétitivité, les grands projets industriels que nous devons porter - et les mesures du Pacte : le soutien à l’économie, aux entreprises, à la compétitivité, à l’attractivité de notre pays.

Parmi ces outils il y a ceux mis en place depuis deux ans pour l’emploi des jeunes. Ils ont apporté des premiers résultats. Il y a, aujourd’hui, moins de jeunes chômeurs qu’il y a un an. Avec les emplois d’avenir, nous avons ainsi permis à près de 120 000 jeunes de sortir de l’impasse. Dans le contexte économique actuel ces jeunes, souvent avec peu de qualification, n’auraient certainement pas trouvé un emploi. Nous leur avons ouvert la porte du marché du travail. Nous leur avons apporté une formation. Nous leur avons redonné confiance et permis de prendre un nouveau départ dans la vie. C'est-à-dire souvent de s’installer, de prendre leur autonomie. Nous pouvons, vous pouvez, en être fiers. Cette opportunité, nous devons la donner à des milliers d’autres jeunes. Vous connaissez notre objectif, 40.000 emplois d’avenir au premier semestre, hors renouvellements. Nous n’avons pas le droit de faiblir. Je sais que le ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social, François Rebsamen, reviendra en détail sur cette question.

Cette mobilisation, nous la devons tout particulièrement aux quartiers qui sont le plus confrontés aux difficultés économiques et sociales. Nous souhaitons qu’un quart des emplois d’avenir soient signés au bénéfice des jeunes de ces quartiers prioritaires.

Le même effort doit être poursuivi et amplifié pour les autres contrats aidés. Je pense en particulier au contrat d’accompagnement dans l’emploi. Je connais, comme vous, les difficultés : il faut sans relâche prospecter et mobiliser les employeurs potentiels. Le contexte particulier des élections municipales n’a pas aidé, c’est évident. Mais il faut cependant tenir nos objectifs envers ces publics pour qui l’accès à l’emploi est plus difficile : les chômeurs de longue durée, les seniors, les personnes handicapées aussi. Là aussi, le rythme doit s’accélérer dans les mois qui viennent.

Lors de mon discours de politique générale, j’ai particulièrement insisté sur la nécessité de dire la vérité aux Français. Vérité sur la situation de notre pays. Vérité également sur les solutions que nous mettons en place. Les Français attendent beaucoup de nous. Ils attendent beaucoup des pouvoirs publics. Ce sont vers eux, vers vous qu’ils se tournent en premier quand surviennent les difficultés. Et l’Etat, dans les territoires urbains comme dans les territoires ruraux, doit alors répondre présent.

Les Français expriment des attentes fortes mais ils savent aussi que des efforts doivent être faits pour réduire nos déficits publics. Nous avons vécu depuis des années au-dessus de nos moyens. Nous ne pouvons pas vivre avec le niveau de dettes et de déficits publics qui sont ceux de notre pays, depuis des années, et cela malgré les efforts engagés depuis deux ans. Il en va de notre souveraineté nationale.

Le plan de 50 milliards d’euros d’économies est nécessaire. Il est indispensable. Il permettra de redonner de la force économique à notre pays grâce à la mise en œuvre du pacte de responsabilité.
L’objectif de ce pacte, qui lie les partenaires sociaux, l’ensemble des acteurs économiques, et l’Etat, est d’améliorer la compétitivité des entreprises. Pas pour faire je ne sais quel cadeau à des employeurs. Mais parce que nous avons besoin que nos entreprises - des grandes entreprises aux PME, PMI, TPE, ETI, les artisans, les commerçants, les indépendants - retrouvent des marges et de la croissance d’activité, et qu’elles gagnent à nouveau des parts de marché. C’est de cette manière que les entreprises pourront investir à nouveau et recruter davantage. Nous avons engagé des mesures d’allégement du coût du travail. Ces mesures, vous les connaissez, mais j’en rappelle la portée et la portée considérable.

La baisse du coût du travail avait été initiée avec le crédit d’impôt compétitivité emploi. Elle va se poursuivre. 10 milliards d’euros supplémentaires viendront s’ajouter aux 20 milliards d’euros du CICE actuel. 30 milliards, c’est plus que toutes les exonérations existantes sur les bas salaires. Cette mesure s’appliquera de manière très concrète notamment sur les salaires les plus modestes, les plus faibles. A partir du 1er janvier 2015, l’employeur d’un travailleur touchant le SMIC ne versera plus aucune cotisation patronale à l’URSSAF. Pour les salaires jusqu’à trois fois et demi le SMIC, les cotisations familles seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016. Cela représente un allègement supplémentaire de près de 4,5 milliards d’euros, et cela concerne 90% des salariés. Les travailleurs indépendants et artisans bénéficieront quant à eux d’une baisse de plus de trois points de leurs cotisations familles dès 2015.
Nous avons également engagé des mesures en faveur de la fiscalité des entreprises. Nous agirons sur deux impôts : la Contribution sociale de solidarité des sociétés, qui sera progressivement supprimée en trois ans, et l’IS, impôt sur les sociétés, dont la surtaxe temporaire disparaîtra en 2016. Enfin, d’ici 2020, le taux de l’impôt sur les sociétés sera diminué pour atteindre 28%, nous rapprochant ainsi de nos partenaires européens.

Le pacte de responsabilité et de solidarité représente une nouvelle phase, qui nécessite l’engagement de tous. Il repose sur les engagements des partenaires sociaux, en particulier des représentants des employeurs. J’y reviendrai dans un instant. Il réclame des efforts des Français, y compris pour financer ce pacte. Mais cette nouvelle phase requiert également l’implication pleine et entière de l’Etat et de ses opérateurs, c’est-à-dire de vous tous ici : Préfets, sous-préfets, directeurs des DIRECCTE, DRFIP et PÔLE EMPLOI.

Ces efforts demandés aux Français nous obligent plus encore. Ils créent pour l’Etat une triple responsabilité. Tout d’abord, l’Etat doit impulser le mouvement. C’est aux préfets et aux représentants de l’Etat qu’il appartient de faire vivre le pacte dans les territoires. Je veux d’ailleurs dire au corps préfectoral mon soutien et ma confiance. Nous l’évoquions avec Bernard Cazeneuve ce matin : il vous appartient de mener les grandes réformes, et notamment celles qui concernent l’Etat, en lien avec la réforme des collectivités territoriales. Je profite de ce sujet pour saluer la présence des ministres Marylise Lebranchu, Sylvia Pinel et Najat Vallaud-Belkacem.

C’est vous, Mesdames et Messieurs les Préfets et les Représentants de l’Etat, qui devez installer ce pacte dans les territoires, en organiser le suivi avec les partenaires sociaux. Il faut tout d’abord l’expliquer, en présenter le cadre général et les avantages concrets qu’il offre à chaque entreprise. Nous l’avons vu pour le CICE, il y a souvent une véritable absence d’information. Il faut que chacun sache ce que le pacte va changer dans les entreprises par la baisse des cotisations sociales, par la baisse de la fiscalité et par les simplifications qu’il introduit. Cette déclinaison territoriale est essentielle pour la réussite de la démarche. Le pacte doit enclencher une dynamique économique sur le terrain, au plus près des entreprises et des salariés dans chaque bassin d’emplois. Il s’agit de développer chaque gisement d’emplois, de lever les freins à l’investissement et à l’embauche, en un mot être acteur du retour de la confiance. Sans croissance, il n’y a pas de confiance. Et sans confiance il n’y a pas de croissance. Nous avons fourni de la visibilité aux entreprises, elles doivent aujourd’hui s’engager.

Pour être concret, je vous demande de réunir dans les prochaines semaines, et dans chaque arrondissement, les forces vives économiques autour des services de l’Etat : les entreprises, les unions syndicales locales, les chambres consulaires, les experts-comptables qui sont bien souvent les DRH des petites entreprises, …tous doivent être autour de la table. Pour traduire les engagements en embauches, vous ferez le lien avec les équipes de Pôle Emploi, des missions locales, des centres de formation des apprentis et avec les équipes de la BPI pour accompagner les projets. Tous les acteurs économiques doivent savoir ce que concrètement le pacte va changer pour eux. Expliquer le pacte, lui donner donc de la visibilité, c’est donner l’envie et les moyens à tous ces acteurs d’investir et d’embaucher. Il faut démultiplier les canaux par lesquels le message doit être délivré. Nous devons être aux côtés de celles et de ceux qui contribuent au dynamisme de notre économie. Nous devons aussi accompagner celles et ceux qui sont en marge, mais qui ont besoin de nous pour avancer.
A l’issue de la période de réserve liée aux élections européennes, les ministres se déploieront sur le territoire. Je prendrai ma part pour vous accompagner dans cette démarche collective. Nous souhaitons que cette mobilisation soit en lien avec les collectivités territoriales. Nous ne pourrons gagner la bataille de l’emploi - mobiliser nos entreprises pour l’emploi - que si chacun y prend sa place.

La deuxième responsabilité de l’Etat, c’est d’être exigeant. Nous le serons à tous les niveaux : au niveau national avec les partenaires sociaux interprofessionnels, dans les branches professionnelles où auront lieu des négociations sur la mise en œuvre des engagements du pacte, mais aussi dans les territoires. Chaque territoire a ses spécificités, ses forces et ses faiblesses. Il faut les identifier et poser un diagnostic précis avec les acteurs socio-économiques : comment se caractérise le tissu économique local ? Quelle vision peut-on en avoir dans deux, cinq, dix ou dix ans ? Quelles sont les activités porteuses ? Quelles sont les entreprises en difficulté qu’il faut accompagner prioritairement ? Quelle gestion prévisionnelle des emplois et des compétences pour accompagner les mutations, développer l’emploi ? Ce ne sont pas des questions nouvelles. Je le répète : je sais que vous y travaillez depuis longtemps, mais saisissez-vous de l’opportunité du pacte pour aller plus loin et plus fort.

Je vous demande d’examiner avec l’ensemble des acteurs deux axes en priorité.
Premier axe : tout faire pour que chaque emploi disponible, chaque désir d’embauche d’une entreprise se concrétise au plus vite. Vous le voyez comme nous tous les jours sur le terrain : combien de fois a-t-on entendu un chef d’entreprise signaler sa volonté d’embaucher mais en même temps, ses difficultés à recruter ? A l’opposé, combien de jeunes à qui l’on oppose la barrière de l’expérience avant même de leur donner une première chance ? Combien de demandeurs d’emploi qui, s’ils disposaient de la bonne formation et la qualification adéquate, trouveraient un travail ? Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une opportunité de recrutement. Il n’est pas acceptable que les emplois disponibles soient aujourd’hui non pourvus. Il faut là aussi actionner tous les leviers en particulier pour donner aux jeunes – ils représentent l’avenir des entreprises - la possibilité de prendre durablement pied sur le marché du travail.
  • L’apprentissage doit être une priorité. Nous nous sommes fixés un objectif ambitieux de 500 000 apprentis en 2017. Mais nous avons un problème. Aujourd’hui, la tendance est à l’inverse, à une forme de retrait sur l’apprentissage. Il faut d’urgence, dès cette année, y remédier. Pour cela, je vous demande d’en faire sans relâche la promotion dans toutes les entreprises, dans tous les métiers, et pas seulement là où c’est aujourd’hui le plus naturel. François Rebsamen va y revenir dans un instant.
  • Le contrat de génération constitue un bel outil de réconciliation des générations dans l’entreprise. Là aussi, nous sommes très en-dessous du potentiel. Il y a sûrement des raisons à cela. Vous avez des idées, exprimez-les et voyons ensemble comment améliorer le dispositif, comme nous avons déjà commencé à le faire. Il faut qu’il devienne un réflexe pour les chefs d’entreprise. Je pense notamment à ceux qui entendent transmettre leur savoir avant de cesser leur activité. Le chef de l’Etat évoquera aussi ce sujet.
  • La formation doit, elle aussi, être encouragée sans relâche. C’est un investissement pour l’entreprise et plus largement pour l’économie tout entière. C’est par la qualification des salariés que l’on peut rivaliser sur les marchés et s’adapter. Pour les chômeurs, le mouvement a été engagé avec les 30 000 formations prioritaires pour l’emploi en 2013, devenues 100 000 cette année. Cela fonctionne donc. L’objectif étant de monter en puissance, dites si vous pensez qu’il est possible même d’aller au-delà de cet objectif.
  • Deuxième axe : faire que les marges de manœuvre dégagées par le pacte pour les entreprises soient pleinement mobilisées pour l’investissement, la compétitivité et l’emploi.

Avec le CICE, nous avons franchi une première étape. Grâce au préfinancement, de nombreuses entreprises en ont déjà bénéficié. La semaine dernière, en Eure-et-Loir, avec François Rebsamen, nous l’avons vu : grâce aux sommes versées, une PME, leader dans le caoutchouc, a pu acheter des machines-outils performantes. Dans tous les prochains jours, les entreprises calculeront leur impôt sur les sociétés. Elles verront le plein effet du dispositif et les marges qu’il dégage.

Demain c’est la baisse des cotisations, prioritairement sur les bas salaires, et la baisse de la fiscalité, qui amélioreront le compte d’exploitation des entreprises. Je veux être très clair : les marges dégagées par les entreprises doivent servir à l’investissement et à l’emploi, elles n’ont évidemment pas vocation à être consacrées aux dividendes versés aux actionnaires ou à la rémunération des dirigeants. Ces marges sont le carburant, l’énergie, de la reprise économique, elles doivent alimenter notre système économique national. Les organisations syndicales seront naturellement et légitimement vigilantes sur ce point. Le Parlement aussi, dans le cadre de sa fonction d’évaluation des politiques publiques et des lois.

Personne d’entre nous ne nie la réalité de ce qu’est la globalisation économique, ni la force de la concurrence internationale. Nous devons être plus forts pour affronter cette concurrence. Pendant 10 ans, nous avons perdu des dizaines de milliers d’emplois industriels, des milliers d’entreprises ont fermé. Si nous voulons être au niveau des grands pays, il faut renforcer notre économie, nos entreprises. La France est un très grand pays, respecté. Sa voix sur la scène diplomatique est entendue. Pour être un grand pays, le président de la République le rappelle souvent, il faut être une grande nation économique. Nous devons pour cela investir dans la recherche, l’université, l’innovation, dans les grandes filières d’avenir.

Je tiens un discours positif sur les entreprises. Dans notre pays il y a eu trop souvent une culture anti-entreprise. L’entreprise est pourtant le lieu où beaucoup de nos concitoyens passent la plus grande partie de leur vie. C’est là où beaucoup, en dépit des difficultés, peuvent aussi s’épanouir.
Il ne s’agit pas d’introduire une conditionnalité administrative aux baisses de cotisations et d’impôts prévues par le Pacte, mais de s’assurer que les engagements sont connus, compris et tenus. Les entreprises doivent savoir que cette question leur sera posée. J’ai confiance dans les chefs d’entreprises de notre pays, dans les entrepreneurs de PME, de PMI, de start-up, qui travaillent dur. Il faut continuer de construire cette confiance.

Je vous demande également d’être vigilant quant aux relations interentreprises. Les donneurs d’ordres doivent agir dans le respect de leurs sous-traitants. Il n’est pas acceptable qu’un grand donneur d’ordres capte, par sa pratique commerciale, l’intégralité des baisses de coûts des fournisseurs. Ils doivent eux aussi conserver les moyens d’investir et de se moderniser. Nous savons que le tissu de PME- PMI a besoin des donneurs d’ordres et des grandes entreprises. Mais je vous demande donc d’être attentifs sur d’éventuelles pratiques déraisonnables dans vos territoires.

Il faut également accompagner les entreprises pour les aider à financer leurs investissements. Les banques françaises bénéficient d’un cadre réglementaire clair, elles ont un bilan solide, elles sont bien capitalisées. A elles maintenant de faire les efforts nécessaires pour apporter aux TPE et PME une réponse adéquate à leurs besoins de crédits, et notamment leurs crédits de trésorerie. J’y veillerai personnellement, et je souhaite que vous y veilliez également dans le cadre des contacts qui sont les vôtres au niveau local, avec les banques.

Partout il faut faire connaître les solutions proposées par la Banque Publique d’Investissement. Il ne faut plus que l’accès au financement relève du parcours du combattant, comme nous le rappellent trop souvent des chefs d’entreprises. BPI France a un budget 2014 extrêmement ambitieux. Il s’agit d’augmenter de 50 % les prêts de trésorerie, de 40 % les prêts de développement, et de 25 % les tickets sur l’investissement en fonds propres. Ses équipes sont à pied d’œuvre, partout, sur le terrain. S’il y a des difficultés, faites-les remonter, elles ont aussi besoin de vous pour faire émerger les projets. Je sais que vous en faites la promotion chaque jour, et je vous demande de continuer ces efforts.

Enfin, et c’est sa troisième responsabilité, l’Etat doit être un facteur d’efficacité. Il s’agit à la fois de faire de ce Pacte un levier puissant pour la croissance, mais il s’agit aussi que les représentants de l’Etat contribuent aux mesures de simplification qu’il contient. Le choc de simplification, dont nous détaillerons la mise en œuvre en conseil des ministres mercredi, est une démarche très attendue de la part des Français, mais aussi de la part des entrepreneurs.

Le droit et les procédures administratives ne peuvent continuer d’être un obstacle au dynamisme de l’activité économique simplifiée. Introduire de la souplesse, c’est faciliter la vie des acteurs économiques, leur faire gagner du temps et de l’argent. C’est aussi rendre leur environnement juridique plus sûr et plus prévisible. La simplification ne sera un succès que si chaque agent public l’applique réellement. Je compte donc sur vous pour conduire et amplifier ce mouvement, facteur essentiel de l’efficacité des politiques publiques. L’administration doit être un moteur et pas un frein. Thierry Mandon et Guillaume Poitrinal auront dans un instant l’occasion d’évoquer leurs propositions.

Je veux enfin avoir ici un mot pour la réforme des collectivités territoriales. Les changements majeurs que j’ai proposés ont, j’en suis conscient, suscité des réactions. Ils font déjà l’objet d’un dialogue avec les élus. Mais ces réformes de structure doivent, elles aussi, concourir à l’efficacité de nos politiques publiques. Et je veux que les élus soient pleinement informés, et associés, à la mise en œuvre du pacte de responsabilité, ainsi qu’aux politiques publiques en faveur de l’emploi.

La réforme territoriale, indispensable, nécessaire, annoncée tant de fois, mais jamais mise en œuvre, doit concourir elle aussi à l’impératif de simplification et d’efficacité que j’évoquais. Nous allons donner, Madame la ministre Lebranchu, de nouvelles compétences aux régions dans le domaine économique. Nous devons travailler à des régions plus fortes, une intercommunalité plus solide, et aussi à réformer aussi l’Etat.
L’Etat doit apporter sa capacité de protection dans les territoires urbains ou dans les territoires ruraux. La ruralité est un sujet que nous devons porter avec encore beaucoup plus de force, avec Sylvia Pinel, ministre chargée de l’Egalité des Territoires et avec Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture. Dans les semaines qui viennent, nous serons amenés à faire des propositions pour aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Nous devons accompagner cette réforme de nos territoires par une réforme de l’Etat plus efficace, au niveau central comme au niveau local. Nous ne pouvons pas demander un effort aux Français sans faire nous non plus les réformes attendues au niveau central. Là aussi, il faudra accélérer le mouvement, car le pays a besoin de réformes pour de se redresser dans la justice.

Mesdames et Messieurs, je mesure la complexité de cette mission pour l’emploi, les difficultés de votre action, et les attentes de nos concitoyens.

Mais vous connaissez désormais la démarche et votre feuille de route : l’engagement de tous pour l’emploi, pour l’investissement et pour la compétitivité de notre économie. Bien évidemment, vous ne serez pas ceux qui créerez les emplois mais vous êtes les acteurs de la confiance dans les territoires. C’est vous qui pouvez actionner les leviers de la croissance et donc contribuer également et pleinement au redressement de notre pays.

Je voulais vous en remercier à l’avance ; je voulais également vous inviter à nous proposer des visites sur le terrain. Etre au plus près de la réalité est important pour les membres du gouvernement, qui se déploieront après le 25 mai, tout comme et pour moi.

La rencontre d’aujourd’hui, avec les ministres qui m’entourent, avec le président de la République qui nous rejoindra, a pour objectif de nous mobiliser. L’emploi, ce n’est pas simplement tenir un travail. C’est, vous le savez, bien plus que cela. C’est trouver sa place dans la société, sa dignité ; c’est prendre toute sa part dans notre projet collectif. Lutter contre le chômage, c’est donc agir pour la cohésion de notre société et l’Etat, vous tous, êtes donc en première ligne.

Le président de la République m’a confié cette mission comme Premier ministre. Je veux la mener avec beaucoup de détermination. Dans ce beau pays qu’est la France, dans ce pays unique dont nous devons davantage valoriser les atouts et la force – soyons fiers d’être Français –, dans ce pays rien n’est possible sans l’engagement de tous les acteurs. A commencer bien sûr par nos concitoyens, les acteurs économiques, les entreprises, les partenaires sociaux. Ce qui a été engagé depuis deux ans par Michel Sapin et aujourd’hui par François Rebsamen vise à faire du contrat entre les partenaires sociaux la base qui nous permet d’avancer. Mais rien n’est possible non plus sans l’engagement de l’Etat et de tous ceux qui le représentent au niveau local. Soyez fiers, les uns et les autres, dans la diversité de vos missions, d’être les représentants de l’Etat. Et ensemble, nous redresserons notre pays.

Je vous remercie.
 
Discours du Premier ministre - "L’Etat mobilisé pour l’emploi"