26 juin 2014 - Discours

Discours du Premier ministre à l'Institut du Monde Arabe


Le Premier ministre a visité jeudi l'exposition "Hajj, pèlerinage à la Mecque" à l'Institut du Monde Arabe. A l'issue de sa visite, il a prononcé un discours.

Discours de Manuel Valls, Premier ministreà l’Institut du Monde Arabe

Jeudi 26 juin 2014

Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le président de l’Institut du monde arabe, cher Jack Lang,
Monsieur le directeur général de la Bibliothèque publique du Roi Abdulaziz,
Mesdames, messieurs les représentant des cultes,
Mesdames, messieurs

Depuis deux mois, et son inauguration par le président de la République, cette très belle exposition - que nous avons pu parcourir - sur le pèlerinage à la Mecque connait un vrai succès. Elle permet aux visiteurs, comme je viens de le faire, de découvrir des pièces anciennes et plus contemporaines et des témoignages remarquables qui vous donnent envie de revenir pour pouvoir véritablement y consacrer le temps nécessaire.

Grâce à la peinture, aux écritures, aux objets d’art et de culte, nous plongeons au cœur de l’un des cinq piliers de l’Islam, et c’est un très beau parcours et un magnifique trajet que nous empruntons, un magnifique trajet pour comprendre ce voyage que, depuis des siècles, par différents modes de locomotion qui se sont modernisés – nous l’avons vu – les musulmans du monde entier sont invités à faire.

Et l’Institut du monde arabe accompli ici, une fois de plus, sa mission : être un lieu – Jack Lang le rappelait – de culture, de dialogue, de tolérance, de respect par la connaissance ; un lieu également d’érudition et de pédagogie ; et il faut beaucoup de talent et de l’implication pour concilier les deux et je sais que vos équipes, monsieur le président - mais vous êtes vous-même très exigeant – n’en manquent pas.

Je veux saluer l’initiative prise ce soir par Jack Lang et Faisal Bin Muammar. En rassemblant dans un moment convivial des représentants des différents cultes, des mécènes et des collectionneurs qui ont permis cette exposition, ils ont fait le choix du rapprochement. C’est une philosophie qui correspond parfaitement au lieu où nous nous trouvons.

Cette exposition connaît - je le disais - un vrai succès. Et, en la visitant, je me suis dit au fond trois choses.

La première, c’est qu’il y a en France de l’intérêt et du goût pour ces terres, ces lieux qui sont le berceau de l’Islam. Dans la droite ligne du département « des arts de l’Islam » au Musée du Louvre - mais il existait déjà un lieu prestigieux au British Museum – cette exposition montre à quel point nos compatriotes, nos concitoyens se passionnent pour tout ce qui constitue l’essence et les origines de la culture arabo-musulmane. Et au fond quoi de plus normal !
 

Et c’est aux musulmans eux-mêmes d’agir, de refuser les intégrismes, les radicalismes qui utilisent la religion pour diffuser la haine et la terreur et, dans ce combat, je veux saluer le très beau texte publier par le Conseil du culte français musulman, la République sera toujours à leur côté.

Dans quelques jours, les musulmans de France, comme tous les musulmans dans le monde, entreront dans le mois du Ramadan - mois sacré. J’aurais l’occasion, comme chaque année, comme je le faisais comme maire, comme ministre de l’Intérieur et cette fois-ci comme Premier ministre, de venir à leur rencontre lors de repas de rupture du jeûne. Et je leur adresserai un message de confiance, un message qui souligne combien la France est une terre de liberté qui respecte les croyances de chacun et qui considère que le fait que l’Islam est la deuxième religion de France est une chance pour la France.

La deuxième chose qui m’est venue à l’esprit c’est que, au-delà de l’Islam, cette exposition et cette institution – cher Jack – témoignent de la vivacité de la relation qui existe entre la France et le monde arabe.

Entre le monde arabe et la France il n’y a pas uniquement des liens réciproques, une histoire, il y a une vraie complicité teintée d’affection sincère. Et pensons à ces mots de Jean Nouvel, l’architecte de ce lieu, qui affirme que l’architecture est la pétrification d’un moment de culture et cet Institut du monde arabe, c’est bien la pétrification, la matérialisation des liens qui unissent les cultures occidentales et arabes, les cultures qui vont d’ailleurs au-delà du monde arabe puisque nous avons pu voir, admirer des corans par exemple qui viennent de Chine ou d’Inde.

Depuis vingt-six ans l’IMA est un îlot magnifique de tolérance et de connaissance avec sa bibliothèque, ses savants, ses équipes dirigeantes et j’ai une pensée bien sûr pour Dominique Baudis récemment disparu et qui a présidé aux destinées de cette institution pour laquelle il s’était passionné, institution à laquelle Jack Lang donne vous le savez une force qui ne nous étonne pas et qui est évidemment indispensable pour cette relation et cette affection.

Le monde arabe est fascinant. Il est aujourd’hui traversé par des aspirations formidables ; il peut être victime aussi de fractures confessionnelles, de l’exaltation de la violence. Alors que sa jeunesse s’apprêtait à embrasser la modernité, à concilier l’ouverture au monde avec les traditions millénaires, de vieux démons sont réapparus à Damas, à Bengazi, à Mossoul… et la France entend, avec ses partenaires, agir, proposer, initier pour éviter au monde arabe – mais au fond au monde tout simplement – un enchaînement fatal.

Et, enfin, la troisième chose que je me suis dite, c’est que la rencontre de ce soir, avec vous tous qui exercez des responsabilités culturelles, philosophiques, culturelles, politiques, est un beau symbole pour notre République. Il y a dans ce lieu, devant le chevet de Notre-Dame, une grande diversité d’origines, d’opinions et de croyances, mais il y a une même aspiration, celle de garantir les valeurs qui font l’unité de ce pays et, parmi elles, il y a bien évidemment la laïcité qui est notre richesse, le ciment de notre Nation et qui nous permet de vivre ensemble.

J’en parle ce soir parce que nous venons de partager ensemble le plaisir qu’offre la contemplation d’objets d’art, de manuscrits, de tissus ou d’offrandes qui ont un caractère religieux. Et nous venons de le faire, ici, dans un bâtiment public, dans une exposition soutenue par des mécènes – et je veux les saluer tout particulièrement – mais soutenue également par les pouvoirs publics. Et dire cela c’est rappeler à quel point la laïcité, contrairement à cette fausse idée que l’on entend souvent, n’est pas la négation du fait religieux - au contraire - c’est un principe de respect et d’ouverture à l’autre. Qu’il croit ou qu’il ne croit pas.

Cette invitation à l’ouverture, à la connaissance, à la découverte, à l’intelligence – qui était aussi celle de Jack LANG en rappelant le lien qui unit les trois grandes religions monothéistes – c’est le pari que vous êtes parvenus à relever en réalisant cette exposition. Et c’est le pari que vous faites tous les jours à l’Institut du monde arabe. Et c’est le pari que j’aimerais vous demander de tenter plus encore dans vos activités professionnelles, vos responsabilités associatives, sociales et culturelles.
 

La présence, enfin, de représentants de toutes les religions dit bien non seulement ce qu’est la France d’aujourd’hui mais ce que doit être le monde d’aujourd‘hui et de demain et c’est ce message de confiance dans l’avenir que je voulais vous délivrer.

Je vous remercie.
 
Discours du Premier ministre à l'Institut du Monde Arabe