Feuilleton #LoiMacron, épisode 7 : Ahmed croisera-t-il Marie en faisant ses courses au SuperPrix ?

Que changera la loi Macron dans notre quotidien après son entrée en vigueur ? Nous avons imaginé son impact, pendant une semaine, sur la vie de plusieurs habitants d’une petite ville, dans un avenir proche. Marie travaille le dimanche et croise son voisin Ahmed dans les rayons de la supérette qui l'emploie.
 
Picto représentant la supérette où travaille Marie Il est bientôt 19h00 à l’horloge du magasin et Marie commence à fermer sa caisse. A quelques minutes de la fermeture, les clients se font plus rares dans les rayons de SuperPrix. Le dimanche, le coup de feu est surtout vers 13h, juste avant le déjeuner en famille.

Picto représentant une horlogeLe supermarché est situé en plein centre-ville, non loin du marché et nombreux sont ceux qui viennent compléter leur panier avant de rentrer chez eux. "Il me manque toujours quelque chose", lui explique Ahmed, son voisin, venu acheter en quatrième vitesse les ingrédients qui lui manquaient pour le diner avant que SuperPrix ferme ses portes. "De la crème, des herbes ou du bouillon… je ne sais pas comment je fais pour oublier quelque chose à chaque fois. Heureusement que c'est ouvert le dimanche". Et ce n'est pas nouveau : SuperPrix a toujours ouvert le dimanche. Aujourd’hui, ce n’est plus le seul supermarché à le faire mais, situé en centre-ville, il est particulièrement fréquenté.
 
A savoir
Les enquêtes d’opinion, fréquentes sur ce sujet, montrent que les Français sont largement favorables à l’ouverture des magasins le dimanche. Une enquête Ipsos de 2012 indique que 63 % des personnes interrogées sont dans ce cas. L’extension de l’ouverture des commerces le dimanche donne aux consommateurs la possibilité d’organiser leur temps de façon plus libre durant la semaine car ils savent qu’ils pourront aussi faire leurs courses le dimanche Cela est particulièrement appréciable pour ceux qui travaillent à plein temps durant la semaine.
Marie s’étire sur sa chaise. Elle se dit qu’elle ne va pas faire long feu ce soir. Hier soir, elle a profité de l’absence de son plus jeune fils, parti en vacances chez sa grand-mère, pour inviter quelques amies à la maison. Et elles n’ont pas vu l’heure passer ! Elle est la seule à travailler le dimanche dans son groupe d’amies. Elle est habituée à se lever tôt et peut se reposer le lundi matin. Heureusement, son fils ne rentre qu’en fin d’après-midi, elle a la journée devant elle avant d’aller le chercher à la gare routière. Sa situation s’est nettement améliorée depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron. Auparavant, elle n’avait qu’une seule journée de repos. Elle avait choisi le mercredi pour s’occuper de ses deux enfants. Mais travailler le dimanche ne lui valait aucune compensation, ni financière ni en jour de repos. Si Marie ne s’en était jamais plainte, elle se disait parfois qu’elle aurait aimé avoir un peu plus de temps pour elle.

Avec la loi Macron, Marie est désormais payée plus le dimanche. Un surplus salarial non négligeable qui lui permet d’épargner, notamment pour partir en vacances. Elle bénéficie de plus d’un repos compensateur. C’est grâce à la loi qu’elle ne travaille pas le lundi. Et entre les courses, le ménage, la paperasse administrative… on peut dire que ce jour en plus n’est pas inutile !

19h05. Marie finit de se changer dans les vestiaires. Elle salue ses collègues et se dirige vers le parking où est garée sa voiture. Les rues sont calmes en ce dimanche soir. Elle allume la radio et cherche une chaîne d’information pour connaître les dernières nouvelles. Pour elle, travailler le dimanche ne présente pour le moment que des avantages. Son fils étant en cours le lundi, elle a du temps pour elle et pour l’entretien de la maison. Elle peut ainsi profiter de son mercredi après-midi avec Johann, notamment pour l’accompagner à ses activités extrascolaires ou l’aider à faire ses devoirs. Et la compensation salariale représente une vraie bouffée d’air dans son budget plus que serré. Marie ne se voit tout de même pas faire cela toute sa vie. Johann aura bientôt son bac et va sûrement quitter la ville quelques temps pour faire ses études. Son fils aîné aura peut-être bientôt son premier enfant. Dès lors, elle aura besoin de ses dimanches libres pour profiter de sa famille. Jusqu'à peu, elle craignait de ne pas pouvoir modifier son planning et demander à ne plus travailler le dimanche. La loi Macron a affirmé le droit de rétractation : chaque employé doit pouvoir à tout moment refuser de travailler le dimanche. Marie sait qu’elle aurait pu depuis longtemps aborder le sujet avec son patron. Savoir que ce droit est inscrit dans la loi la rassure.

Picto représentant une égliseSur le chemin de la maison, Marie passe devant la boutique de souvenirs où travaille Johann l’été et constate qu’elle est fermée. On ne peut pas dire que la ville soit parmi les sites les plus célèbres de France. Pour autant, elle possède un vieux centre-ville charmant, avec une église datant du Moyen-Age et des ruines encore plus anciennes ! Et depuis que le maire a décidé d’ouvrir les commerces de la zone dix dimanches par an, les gens viennent des communes voisines pour visiter les monuments, déjeuner et faire du shopping. Depuis ses 16 ans, Johann travaille l’été dans cette boutique de souvenirs. Avec la loi Macron, il a été embauché en renfort sur ces dix dimanches dans l’année. Un petit boulot qui lui permet de mettre de l’argent de côté pour ses études et, de temps en temps, de s’offrir un nouveau skateboard, sa grande passion.

 
A savoir
Les études portant sur quelques expériences étrangères d’extension de l’ouverture des commerces le dimanche montrent que cela a entraîné des créations d’emplois. Le Canada a largement élargi en 1993 la possibilité pour ses commerces d’ouvrir le dimanche. Les études indiquent que cela a entraîné une hausse de l’emploi dans le secteur du commerce de détail de l’ordre de 3,1 % de l’emploi total de ce secteur, et jusqu’à 12% dans les provinces qui ont largement libéralisé les ouvertures.
Les jeunes comme Johann ne sont pas les seuls bénéficiaires de l’ouverture des commerces le dimanche. Globalement,  de nombreux emplois ont été créés pour permettre à l’ensemble des boutiques bénéficiant de l’autorisation d’assurer le service 7 jours sur 7.

Marie est enfin chez elle. Ce soir, ce sera plateau repas et DVD. "Demain matin, pas de réveil !", se dit-elle. Avant d’aller se coucher, elle essaie tout de même d’appeler Johann. Il s’amuse sûrement trop pour lui répondre ! "Bonne nuit mon fils tu me manques ! Ta maman qui t’aime !" "Mamaaaaaannnn incroyable je rentre demain tu es incorrigible !! <3 <3 biz." Travailler le dimanche, c’est un rythme qui lui convient bien. Alors qu’elle éteint la lumière, elle pense à tous ceux qui ont le blues du dimanche soir. Pour elle, c’est l’inverse : le lundi c’est repos !