Manuel Valls et Stéphane Le Foll sur le perron de l'hôtel Matignon
25 février 2016 - Actualité

Crise agricole : "Nous demandons des mesures communautaires à la hauteur de la situation"

Manuel Valls a rencontré, jeudi 25 février 2016, le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan. Rappelant que la Politique agricole commune a toujours été et demeure une politique prioritaire pour la France, il a appelé la Commission européenne à prendre rapidement des mesures à la hauteur de la crise agricole que traverse les filières d'élevage.
 
"Depuis le début de cette crise que notre agriculture connaît, nous alertons, notamment par la voix de Stéphane Le Foll, la Commission européenne et nos partenaires sur sa gravité, qui frappe le monde agricole et de nombreuses filières", a déclaré Manuel Valls à l'issue de sa rencontre avec le commissaire européen.

Le Premier ministre a rappelé que les secteurs du lait et du porc souffrent d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, lié à l’embargo russe, à la baisse de la demande mondiale, notamment chinoise et à l’augmentation de la production européenne liée à la fin des quotas laitiers. Un constat partagé par la Commission.  Manuel Valls réclame donc "des mesures communautaires qui soient à la hauteur" de la gravité de la situation de la crise agricole. Il a rappelé que, lors de la dernière réforme de la PAC, des outils avaient été prévus en cas de crise. Ces outils "doivent donc être utilisés, comme l’ont voulu le Conseil et le Parlement européen."

"L’Europe connaît déjà suffisamment de crises et de défis, menace terroriste, crise des réfugiés, il ne manquerait pas que se rajoute une crise agricole majeure qui mettrait en cause le projet européen. Nous ne le voulons pas." "La Commission doit prendre pleinement toutes ses responsabilités. Elle doit jouer de son pouvoir d’initiative et faire maintenant des annonces fortes, prendre des décisions, ne pas perdre du temps. Elle doit pouvoir le faire lors du prochain Conseil des ministres de l’Agriculture le 15 mars", a indiqué Manuel Valls.
 

La position française

Manuel Valls et Stéphane Le Foll ont remis à Phil Hogan les propositions du Gouvernement :
 
  • des mesures pour agir efficacement sur la limitation de l’offre et le développement des débouchés. "Il faut agir sur les deux" ;
     
  • la levée de l’embargo sanitaire russe. Manuel Valls a assuré le commissaire du soutien de la France à toutes les initiatives que la Commission prendra pour l'obtenir. "Cela représenterait évidemment un débouché important pour la filière porcine. J’ai évoqué moi-même, à Munich, cette question lors de ma rencontre avec le Premier ministre russe Medvedev" ;
     
  • un étiquetage obligatoire des ingrédients dans les produits transformés, qui doit pouvoir faire l’objet d’une expérimentation en France, dans l’attente d’une décision européenne.

L’État a pris ses responsabilités

Le Premier ministre a rappelé les mesures d'ores et déjà décidées par l’État :
 
  • mise en place de plans d’urgence, abondés à plusieurs reprises, avec notamment des mesures d’"année blanche" bancaire et sociale pour les agriculteurs en grande difficulté, mais aussi des mesures structurelles importantes : baisse immédiate des cotisations sociales, allègement des normes
     
  • mobilisation rapide des instances européennes, "ce qui a permis la mise en place à l’échelle de l’Union d’un plan d’aide de 500 millions d’euros, dont 63 pour les éleveurs français. Nous avions dit alors que cela ne serait pas suffisant. Nous avons donc à nouveau mobilisé Bruxelles et nos partenaires européens, Stéphane Le Foll continuera à le faire tout au long de ces jours-ci, en vue du Conseil du 15 mars" ;
     
  • mobilisation des enseignes de la grande distribution, en les appelant "à faire preuve de solidarité en ne baissant  pas les prix lors des négociations commerciales pour 2016, qui vont s’achever dans quelques jours" ; 
     
  • rencontre avec les acteurs de la filière laitière "pour leur dire que nous voulons, y compris en aménageant la Loi de modernisation de l’économie, rééquilibrer les relations entre producteurs et acteurs de la grande distribution, et en renforçant les contrôles de la DGCCRF. "

la Nécessaire restructuration des filières en France

Le Premier ministre a également demandé que les agriculteurs eux-mêmes, la grande distribution et les industriels prennent leurs responsabilités. "Une refonte des filières est nécessaire", a-t-il déclaré.  "C’est le discours de vérité que j’ai tenu à tous les acteurs", a rappelé Manuel Valls. "C’est aux professionnels de les réorganiser, en retrouvant une dynamique  interprofessionnelle, d’adapter leurs productions aux différents débouchés, de se saisir des problèmes structurels."
 
L’État est au rendez-vous, nous en sommes les garants. Les régions le seront aussi, j’en suis persuadé.
Manuel Valls
Le 25 février 2016
 
"Nous demandons des mesures communautaires à la hauteur de la situation"