Photo lors du lancement de la Mission Innovation en marge de la COP 21 le 30 novembre 2015 au Bourget
2 décembre 2015 - Actualité

#COP21 : solaire, carbone, innovation… 6 initiatives qui changent la donne

En parallèle des négociations officielles, la Conférence de Paris sur le climat, c'est aussi le lancement d'initiatives multilatérales ambitieuses et inédites. Qu'elles émanent des États, des ONG, d'entreprises, de fondations ou de collectivités, elles vont permettre d'aller plus loin en matière de financement des énergies renouvelables, de développement de technologies bas carbone et d'échanges d'innovations notamment.
 
La COP 21, ce sont des négociations et des décisions, mais aussi des solutions. Les initiatives annoncées (Alliance solaire, etc.) révèlent une dynamique et créent un contexte stimulant.
Laurent Fabius
Président de la COP 21, 2 décembre 2015


Lundi 30 novembre

L'alliance solaire internationale

Le président de la République et le Premier ministre indien Narendra Modi ont lancé l’Alliance solaire internationale, en présence du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en marge de l'ouverture de la COP 21. Ce projet s’inscrit dans un contexte où le développement des énergies renouvelables est un des moyens les plus évidents de réduire les émissions de gaz à effet de serre.  Ce lancement est l'aboutissement d'un travail engagé depuis plusieurs mois entre le chef de l'État et le Premier ministre indien :
  • lors de sa visite en France en avril 2015, le Premier ministre indien avait évoqué son souhait de constituer une alliance de pays ayant un potentiel de développement de l’énergie solaire ;
  • le président de la République avait salué et soutenu, dès son discours de clôture du "6e dialogue de Petersberg sur le climat" le 19 mai dernier à Berlin, les objectifs extrêmement ambitieux en matière d’énergies renouvelables de l’Inde. La contribution de l’Inde prévoit en effet l'objectif de multiplier par 25 les capacités de production de solaire dans les 7 ans à venir afin que, d'ici à 2030, 40 % de l'électricité soit produite par des sources renouvelables.
Une invitation à plus de 100 chefs d’État (notamment de pays africains et d'autres États situés entre le Tropique du Cancer et le Tropique du Capricorne disposant d’un potentiel solaire) a été lancée pour rejoindre cette Alliance. 
Cette Alliance repose sur une volonté simple : celle de fédérer les efforts des pays en développement pour attirer les investissements et les technologies dans ce secteur et développer les usages de l’énergie solaire. Elle est pour cela une plate-forme commune de coopération entre les pays riches en ressources solaires situés totalement ou partiellement entre le Tropique du Cancer et le Tropique du Capricorne. Concrètement, elle vise à :
  • mettre les énergies propres et renouvelables à la portée de tous, à un coût abordable ;
  • entreprendre des efforts innovants et concertés afin de réduire le coût du financement et le coût technologique du déploiement immédiat d’installations solaires ;
  • augmenter de manière significative la production d’électricité solaire ;
  • travailler sur le soutien aux installations de R&D, le rôle des normes, la facilitation de l’évaluation des ressources ;
  • permettre une coopération entre les pays industrialisés qui disposent de technologies et de financements et les pays en développement. 
L’énergie solaire est la plus abondante des énergies renouvelables dans les pays du sud, mais les technologies et les financements y sont encore insuffisants.

LA MISSION INNOVATION

La "Mission Innovation" lancée ce lundi par le président de la République, Barack Obama et Bill Gates doit permettre d’augmenter significativement les investissements publics et privés dans les énergies propres. Côté gouvernements, les 19 États présents se sont engagés à doubler sur 5 ans le budget alloué à la R&D du secteur. Côté secteur privé, 27 investisseurs influents, regroupés au sein de la Breakthrough Energy Coalition, se sont engagés à accompagner le développement de ces technologies par un apport sans précédent de capitaux privés dans les pays qui ont rejoint l’initiative. La conjonction inédite de ces efforts, à cette échelle, devra permettre à ces technologies dites "de rupture" de franchir ces barrières, d’accélérer leur déploiement, de diminuer fortement leur coût, pour une diffusion massive et l’accès à une énergie fiable et abordable dans les pays en développement.
 
Pour répondre aux enjeux du dérèglement climatique et être en capacité collectivement de limiter la hausse des températures à 2°C, la question de l’innovation est centrale. Elle a la capacité d’agir simultanément sur la réduction d’émissions de gaz à effet de serre, le développement économique et la création d’emplois, la sécurité énergétique. La principale difficulté pour ces technologies émergentes est de passer du stade du prototype au stade de la commercialisation à grande échelle. Et si elles parviennent à franchir la "Vallée de la Mort", qui désigne cette transition délicate entre un projet de R&D et une production en série, elles sont trop souvent confinées à des marchés de niche, notamment en raison de leur coût trop élevé. Même si d’importants progrès ont été réalisés ces dernières années, par exemple dans le domaine des énergies renouvelables qui ont vu leur coût baisser fortement, les investissements ne sont aujourd’hui pas à la hauteur des enjeux. La "Mission Innovation" entend donner à ces technologies les moyens de jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour la France, les investissements complémentaires se concentreront sur les énergies renouvelables et leur stockage, les technologies de captage et stockage de CO2, et les innovations permettant une meilleure maîtrise des usages et de la demande énergétique (aussi bien dans l’industrie, la mobilité, l’économie circulaire ou les réseaux intelligents par exemple). Cela passera notamment par le Programme d'Investissements d'Avenir (PIA).
Outre la France et les Etats-Unis, 17 autres pays ont rejoint l’initiative et annoncé des engagements similaires : l’Allemagne, l’Arabie Saoudite, l’Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Chine, la Corée du Sud, le Danemark, les Emirats Arabes Unis, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Mexique, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède.


Tarification du carbone

En marge de la COP21, le président de la République a aussi lancé avec plusieurs chefs d'État, la Banque mondiale, le FMI, des collectivités locales et des chefs d'entreprise du monde entier une "coalition des leaders pour une tarification du carbone".
Les membres de la coalition ont adopté un plan d'action commun pour faire avancer la tarification du carbone en s’engageant à partager les expériences de politiques publiques réussies, à mobiliser les entreprises, et promouvoir le dialogue pour accroître l'utilisation du prix du carbone.
La tarification du carbone est un outil essentiel pour permettre aux acteurs économiques de s'engager résolument dans la transition vers une économie bas carbone et réduire le plus efficacement possible les émissions de gaz à effet de serre.
Il ne s’agit pas de fixer un prix unique : l'objectif doit être de promouvoir l'extension progressive de la couverture des émissions mondiales par des prix du carbone.
Les mécanismes existants (EU ETS, taxe charbon en Inde, US Clean Power plan, etc.) et à venir (marché ETS en Chine…) sont présents dans des pays représentant 89% du PIB du G20, soit 75% de l’économie mondiale, d’ici à 2018. C'est donc l’essentiel des secteurs les plus intensifs en carbone qui sont ou seront, à très brève échéance, couverts par un prix du carbone dans la majorité des principales économies du monde.
 

Même s’il est partout trop faible, le prix du carbone n’est plus l’exception mais commence à devenir une règle. Cette coalition va favoriser et accélérer l'adoption du prix du carbone, pour que les investissements d'aujourd'hui créent les conditions d'une croissance plus durable pour longtemps.

Mardi 1er décembre

Sommet défi climatique et solutions africaines

Le président de la République, avec le Secrétaire général des Nations unies, a présidé le sommet "Défi climatique, solutions africaines", qui a réuni 12 chefs d’État africains, la présidente de la Commission de l’Union africaine ainsi que des représentants de plusieurs gouvernements et institutions internationales (Banque mondiale, Banque africaine de développement).
 François Hollande a affirmé son ambition que la COP 21 permette la réalisation de projets concrets en Afrique, facilite l’adoption d’un modèle de développement plus sobre en carbone et accompagne l’adaptation au dérèglement climatique observé sur le continent.
 
Il s’est engagé à porter à plus de 2 milliards d'euros le financement par la France des énergies renouvelables en Afrique sur la période 2016-2020. Cet effort représentera une hausse de 50% des engagements bilatéraux français par rapport aux 5 dernières années. Les projets financés par la France pourront s’inscrire dans le cadre de l’Initiative africaine sur les Énergies Renouvelables, portée par l’Union africaine.
 
En matière de lutte contre la désertification et d’adaptation au changement climatique, la France triplera progressivement ses engagements bilatéraux en Afrique. Cet effort répond à la demande des pays africains que les financements en faveur du développement durable soient davantage qu’aujourd’hui consacrés à l’adaptation au dérèglement climatique.
L’aide au développement de la France portera prioritairement sur des projets s’inscrivant dans les initiatives africaines de Grande Muraille verte, ou encore de préservation du lac Tchad et du fleuve Niger. 
L’ensemble de ces projets démontre que l’agenda des solutions pour le climat, axe majeur de la COP 21, trouvera des déclinaisons nombreuses sur le continent africain.

Initiative "4 pour 1000"

L’initiative "4 pour 1000", lancée par le Gouvernement français, repose sur un principe simple : plus on augmente la matière organique des sols, plus on stocke des gaz à effet de serre. Actuellement, au niveau mondial, les sols contiennent 2,6 fois le stock de carbone contenu dans l’atmosphère. Le potentiel de séquestration de carbone dans les sols agricoles d’ici à 2030 est estimé à 2,9 gigatonnes de CO2 par an, soit une compensation de 10 % de nos émissions de CO2 aujourd’hui. Une bonne gestion de la biosphère terrestre permettrait ainsi d’amortir, voire de compenser, les émissions de gaz à effet de serre.
C’est le concept du "4 pour 1000" développé par l’INRA : si on augmentait chaque année la matière organique de sols de 4 grammes pour 1000 grammes de CO2, on pourrait compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre émis par la planète en un an. La France a choisi de faire de ce concept un outil fédérateur et multipartenarial à l’international, réunissant sous sa bannière les pays, collectivités territoriales, entreprises, organisation professionnelles, ONG, acteurs de la recherche... s’engageant dans des pratiques agricoles permettant d’accroître le stock de carbone dans leurs sols chaque année. C’est l’objectif visé par la France dans le cadre de l’Agenda des solutions de cette COP 21 : engager l’ensemble des parties prenantes dans des pratiques agricoles et sylvicoles permettant de restaurer des sols vivants et faire du stockage du carbone un outil majeur de lutte contre le réchauffement climatique.
C’est une approche agronomique qui permet de concilier les objectifs de production agroalimentaire et les objectifs de durabilité, les objectifs de sécurité alimentaire et de lutte contre le réchauffement climatique, et donc d’engager dans la COP 21 les pays qui se sentent peu concernés, notamment les régions arides et semi-arides du continent africain.

Cette initiative est, par essence, mondiale. "Il nous faut mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possible afin d’engager l’agriculture dans une transition", a déclaré Stéphane Le Foll au Bourget, le 1er décembre. Plus de 100 États et organisations soutiennent l’initiative. 
Une première réunion de l’ensemble des membres du 4 pour 1000 aura lieu au 1er semestre 2016. Elle permettra de définir des règles de gouvernance et de clarifier les principes communs à l’ensemble des projets portés par l’initiative, et sera conduite en étroite concertation avec le ministre marocain de l'Agriculture, dans le cadre de la préparation de la COP 22.

CREWS, systèmes d’alerte précoce aux catastrophes du climat

Dans les pays pauvres et vulnérables, les données météorologiques sont souvent peu fiables ou totalement absentes. Entre 1970 et 2012, les sécheresses, inondations, tempêtes, cyclones tropicaux, orages soudains et températures extrêmes ont causé près de 2 millions de morts et engendré des pertes de 2 400 milliards de dollars à l’échelle mondiale.
Crews est une initiative qui vise à augmenter de manière significative les capacités des systèmes d’alerte intégrés multirisques afin d’amplifier la prévention et l’information sur les risques d’événements hydrométéorologiques et climatiques dangereux.
Sa finalité est de protéger les vies, les moyens de subsistance et les biens dans les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID). Crews est le fruit d’une collaboration entre l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR) et le GFDRR de la Banque mondiale.
Crews a pour objectif de mobiliser 100 millions de dollars afin de combler les insuffisances de financement dans les programmes de coopération bilatérale et multilatérale déjà existants. Un fonds fiduciaire hébergé par la Banque mondiale appuiera le développement des organisations et institutions de mise en œuvre et leurs activités. La France contribuera à hauteur de 10 millions d’euros entre 2016 et 2017 au financement du fonds fiduciaire. En savoir plus.


Conférence Paris Climat : tout ce qu'il faut savoir sur la COP21

Du 30 novembre au 11 décembre 2015 se tient à Paris la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, dite COP ... [Lire la suite]
lundi 23 novembre 2015