Photo de Bernard Cazeneuve, avec la préfète Fabienne Buccio et la maire de Calais Natacha Bouchart, saluant des CRS à Calais le 21 octobre 2015.
22 octobre 2015 - Actualité

Calais : responsabilité, humanité et mobilisation de l'État

Bernard Cazeneuve s'est rendu à Calais pour la 7e fois depuis début 2015. Dans un contexte exceptionnel, Calais connaît une situation spécifique ; principal point de passage pour le Royaume-Uni, la crise migratoire en Europe a intensifié ce phénomène. Ces dernières semaines, le nombre de migrants présents sur place a doublé pour atteindre 6 000 personnes. Face à l’urgence, il faut des réponses fortes. Sur le plan humanitaire, les capacités d'hébergement dédiées aux publics vulnérables seront doublées. Sur le plan de la sécurité des migrants comme des habitants de Calais, la présence des forces de l'ordre pour sécuriser les infrastructures sensibles sera renforcée : avec 300 gendarmes et 160 CRS en plus, ce sont 1 125 fonctionnaires qui y seront engagés.
 

Une crise européenne, une pression à Calais

L’Europe est aujourd’hui confrontée à une crise migratoire d’une ampleur sans précédent dans notre histoire récente. "Depuis le début de l’année, 710 000 migrants sont entrés dans l’espace Schengen après avoir quitté leur terre natale. Soit autant en neuf mois qu’entre 2009 et 2015, alors même que l’année 2014 avait déjà été marquée par une pression migratoire exceptionnelle (280 000 entrées irrégulières dans l’espace Schengen)", a rappelé Bernard Cazeneuve mercredi 21 octobre. "Cette crise concerne donc l’Europe tout entière. Bien sûr, les pays de première entrée – l’Italie, la Grèce, les pays des Balkans – sont, pour d’évidentes raisons géographiques,  exposés. L’Allemagne, quant à elle, a vu sa demande d’asile augmenter dans des proportions inédites au cours des derniers mois. On pense qu’elle accueillera un million de demandeurs d’asile."
 
Si nous ne sommes pas confrontés, à l’échelle du pays, à une pression migratoire comparable à celle que connaît l’Allemagne, cette crise entraîne des conséquences de plus en plus difficiles à supporter pour la ville de Calais et sa région, où convergent les migrants qui ont le projet de gagner le Royaume-Uni.  "En quelques semaines seulement, le nombre de migrants à Calais a doublé, passant de 3 000 à 6 000 personnes présentes sur place quotidiennement. La plupart d’entre eux viennent d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan, du Pakistan, d’Egypte, du Soudan ou encore d’Erythrée."

"De cette crise, personne ici n’est responsable. La pire chose à faire serait donc, dans ce contexte exceptionnel, d’opposer les uns aux autres, les habitants de Calais aux migrants, les migrants aux forces de l’ordre, les forces de l’ordre aux associations. Avec les élus de Calais, nous avons choisi au contraire d’agir de concert pour garantir la sécurité des Calaisiens, maintenir l’ordre public et préserver les droits des migrants".
"Tous les humanistes doivent s’unir et se retrouver."

Depuis des mois, le Gouvernement mobilisé

Le Gouvernement est pleinement mobilisé, depuis des mois, pour apporter des solutions concrètes à la situation vécue ici par les habitants et par les migrants, en partenariat avec la ville, les associations, les autorités britanniques et l’Union européenne. Il a apporté :
 
  • Des réponses fermes :
- Pour renforcer la sécurité de nos infrastructures portuaires, ainsi que celles des accès au tunnel sous la Manche, et pour empêcher autant que possible les passages clandestins. Il s’agit en effet d’éviter que les migrants s’exposent à un danger mortel. 16 d'entre eux ont trouvé la mort au cours des 3 derniers mois. 

- Pour respecter nos obligations internationales, contrôler et sécuriser la frontière, ce qui constitue la seule réponse responsable à cette crise. "A l’heure où 10 000 migrants, en très grande majorité anglophones, et pour lesquels le Royaume-Uni constitue souvent une destination privilégiée, pénètrent chaque jour dans l’espace Schengen, donner le signal que la frontière franco-britannique ne serait pas surveillée et que le passage vers ce pays serait possible, voire facile, entraînerait nécessairement un afflux massif et incontrôlable de migrants. Peut-on imaginer la situation humanitaire à Calais si seulement un quart d’entre eux convergeaient chaque jour ici et cherchaient à gagner le Royaume-Uni par le port ou le tunnel ?"

- Pour renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière à Calais ; "Ce sont plus de 200  filières qui ont ainsi pu être démantelées en France au cours des 9 premiers mois de l’année, représentant 3 000 personnes, dont 23 à destination du Royaume-Uni. Il n’y en avait eu que 4 dans le Calaisis au cours de toute l’année 2014". De façon complémentaire, nous sommes également parvenus à éloigner davantage d’étrangers en situation irrégulière parmi ceux qui se trouvaient à Calais : 1 500 mesures d’éloignement ont déjà été réalisées au cours des neuf premiers mois de 2015, contre 1784 pour toute l’année 2014 et 1250 en 2013. 
 
  • Des réponses humaines :
-  Pour offrir un véritable accueil humanitaire aux migrants présents à Calais, le centre d’accueil de jour Jules Ferry a ouvert en janvier 2015. Cette structure leur permet de se nourrir, de se laver et d’avoir en cas de besoin accès à des soins médicaux. Elle est financée par l’Etat pour 13 millions d'euros par an, dont 3,7 millions d'euros proviennent de fonds européens. Il y a quelques mois, les associations indiquaient que les migrants n’avaient pas accès à une douche, que beaucoup parmi eux ne parvenaient pas à se nourrir.  "Ils prennent aujourd’hui plus de 600 douches par jour, 2 000 repas leur ont été servis, ce qui permet de mesurer le chemin parcouru". 

- Pour  "mettre à l’abri les plus vulnérables, les femmes et les enfants", un centre d’hébergement sécurisé d’une centaine de places a été mis en place au sein de l’espace Jules Ferry. 

- Pour mettre en place "un dispositif exceptionnel d’accueil des demandeurs d’asile à Calais". Chaque semaine, près de 100 migrants, après avoir renoncé à tenter de passer au Royaume-Uni, décident d’effectuer une demande d’asile en France et sont pris en charge par une structure spécialisée. 2000 demandes d’asile ont ainsi été déposées depuis le début de l’année, contre 300 sur toute l’année 2013. 

Dans le contexte très difficile que nous connaissons, cette politique globale avait permis jusqu’en septembre dernier de maîtriser la situation.
 
Les Britanniques ont aussi engagé 45 millions d'euros pour sécuriser le port et les abords du tunnel sous la Manche. Les opérations de sécurisation du port ont permis de diminuer par dix les intrusions de migrants dans le tunnel sous la Manche entre août et septembre.

Monter en puissance

Parce que la pression migratoire s’est considérablement accrue en Europe ces dernières semaines, notre dispositif doit à nouveau monter en puissance, à la fois en termes d’accompagnement humanitaire des migrants et de renforcement de la sécurité à Calais :
 
  • Pour répondre aux besoins humanitaires : 
- Aménager le camp de la lande, comme l’a annoncé le Premier ministre le 31 août, avec la création d’une première tranche de 1 500 places dont la mise en place et la gestion sont confiées à l’association "La Vie active". Ce système d’hébergement innovant est destiné aux migrants qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, dans l’immédiat, quitter Calais. Il sera mis en place avant la fin de l’année et bénéficiera d’un soutien de l’UE à hauteur de 5,2 millions d'euros. Le coût total du projet s’élève à 18 millions d'euros. "Nous ferons rapidement le bilan de cette première installation et verrons si, au regard de son fonctionnement, des conditions de vie des migrants sur place, il convient d’aller au-delà ou d’adapter ce dispositif". 
- Dans le cadre du "plan grand froid", l'Etat veillera à ce que les dispositifs soient localement dimensionnés à la gravité du problème. "Aucun migrant ne doit se retrouver sans solution de mise à l’abri, si les températures hivernales mettent sa vie en danger". 
- Le nombre de places du centre d’hébergement réservées aux femmes et aux enfants sera doublé. Les capacités d'hébergement pour ces publics vulnérables vont être portées à 400. "Les équipements correspondant seront construits d’ici à la fin de l’année et, dans l’intervalle, des tentes chauffées seront montées par la Sécurité civile dès la fin de cette semaine.  Ce dispositif montera en puissance car aucune femme, aucun enfant ne demeurera privé d’abri à Calais."
- Continuer à  faciliter le départ des migrants de la lande de Calais, qui n’est pas adaptée à leur séjour. "Nous avons déjà facilité l’accès au statut de réfugié pour ceux qui en relèvent, il s’agit à présent d’aller plus loin : le Gouvernement a décidé que chaque migrant présent à Calais doit pouvoir, s’il en manifeste le souhait et s’il renonce à son projet migratoire vers le Royaume-Uni, bénéficier d’une mise à l’abri ailleurs en France, sans que cette offre soit conditionnée par le dépôt préalable d’une demande d’asile." L’objectif de cette mesure consiste à leur offrir un temps de répit, dans des conditions stables et rassurantes, au cours duquel ils pourront bénéficier d’un suivi sanitaire et social, prendre la mesure de leur situation et reconsidérer leur projet d’immigration au Royaume-Uni. "Car les migrants présents à Calais se trouvent dans une impasse".

Tous les préfets de région vont ouvrir au plus vite des centres d’accueil et d’orientation dont la gestion sera confiée à des associations. "Les 3 premiers centres doivent ouvrir dès la fin de cette semaine". En parallèle, il convient de veiller à la bonne information des migrants. Des maraudes sociales aussi régulières que possible seront organisées sur la lande, afin de proposer à chaque migrant une solution adaptée à sa situation. Dès ce jeudi, les premières maraudes sociales vont débuter, conduites par 4 agents de la direction départementale de la cohésion sociale. Elles seront démultipliées dans les tout prochains jours, grâce au concours des associations qui voudront s’y associer.
 
  • Pour renforcer la sécurité :
Il est impératif d’éviter que les migrants ne s’exposent à de grands périls, d’assurer la sécurité des salariés d’Eurotunnel et de garantir la fluidité des échanges avec la Grande-Bretagne, sur laquelle repose en partie l’économie de la ville de Calais et de sa région.

"Nous allons donc renforcer immédiatement les effectifs de la police et de la gendarmerie présents à Calais." Aux 225 gendarmes et 440 CRS présents aujourd'hui, qui ont permis d’éviter de nombreux drames et de nombreuses difficultés, s’ajouteront 300 gendarmes et 160 CRS qui seront pleinement opérationnels dès aujourd'hui.

Ce sont donc 1 125 fonctionnaires, appartenant aux unités de forces mobiles de la police et de la gendarmerie, qui assureront  au quotidien la sécurisation de ces infrastructures sensibles et lutteront contre les intrusions et l’immigration irrégulière. 
 
En résumé : le Gouvernement déploie une stratégie globale à Calais, avec un volet humanitaire, l’octroi de l’asile aux personnes pouvant aspirer au statut de réfugié, une lutte sans merci contre les filières de l’immigration irrégulière et une protection des infrastructures afin de dissuader les passeurs.