Photo de Najat Vallaud-Belkacem
20 mai 2015

Réforme du collège

Il faut aller vite, car sa mise en œuvre nécessite du temps. La décision de publier le décret est une marque de détermination, non de précipitation.
 
Pendant 10 ans, l'école a subi de nombreux reculs. Aujourd’hui, la réforme du collège est une nouvelle étape de la nécessaire refondation engagée depuis 2012. Et cette réforme se fera. Car elle tire tous les collégiens vers le haut, en fidélité à l’école de la République, et pour mieux les préparer au monde de demain. La ligne du Gouvernement est claire : oui à l'égalité des chances, oui à la réussite de tous, oui à l'excellence. Il n’y a pas à faire le tri entre les objectifs, à instrumentaliser les uns contre les autres, il faut les prendre tous ensemble.

Il ne faut plus perdre de temps sur cette réforme. Il faut aller vite, car sa mise en œuvre, pour que tous les professeurs soient bien accompagnés et bien formés dès 2016, nécessite du temps. La décision de publier le décret ce mercredi 20 mai a été prise par le Président de la République, le Premier ministre et la ministre de l’Education nationale : c’est une marque de détermination, non de précipitation. "Il fallait publier ce décret pour pouvoir passer à l'étape suivante, à savoir les textes d'application", explique Najat Vallaud-Belkacem. Cela s’inscrit dans le rythme prévu : la réforme a été adoptée le 10 avril par la communauté éducative réunie en Conseil supérieur de l'éducation. Il ne faut pas opposer la publication du décret avec la nécessité du dialogue, qui continue. La discussion avec les personnels enseignants, d’éducation, et d’encadrement va s’ouvrir pour fixer les modalités d’application de la réforme (notamment sur l’interdiscplinarité, l’autonomie), de formation et d’accompagnement. Les garanties seront ainsi apportées aux personnels.

"Aujourd’hui, la refondation de l’école se poursuit  : la réforme du collège en est une nouvelle étape", qu’il nous faut remettre en perspective avait expliqué le Premier ministre dans une tribune au journal Libération daté du 18 mai :
  • "Les études internationales le montrent de manière indiscutable  : elle est devenue l’une des plus inégalitaires d’Europe. C’est-à-dire qu’elle avance à rebours de sa promesse initiale". Aujourd’hui 1 élève sur 4 ne maîtrise pas les compétences de français à la fin du collège.
    "Que ce soit sur l'égalité des chances, la réussite de tous ou l'excellence, en dix ans, l'école a perdu sur tous les tableaux", rappelle aussi Stéphane Le Foll.  Sur l’excellence-même, le nombre d’excellents élèves est bien inférieur en France aux pays les plus performants. 
  • C’est pourquoi le président de la République avait décidé la refondation de l’école dès 2012 : rétablissement de la formation initiale des enseignants, création de 60 000 postes en 5 ans (dont 35 200 déjà créés), priorité donnée au primaire avec l’ouverture de 9 000 postes, lutte contre le décrochage scolaire, travail avec les collectivités pour favoriser la mixité sociale, … 
En rester au statu quo, ce serait se complaire dans l’échec. Réformer est la condition du relèvement. "Cette réforme entrera en vigueur à la rentrée 2016, comme cela a toujours été prévu", ajoute Najat Vallaud-Belkacem. Il y a "une forme, au mieux de schizophrénie intellectuelle, au pire de mauvaise foi, à faire le constat d’une école qui va de plus en plus mal et, dans un même mouvement, se dresser contre toutes les tentatives qui visent à la réformer", analyse le Premier ministre.

Avec cette réforme, "on tire tous les collégiens vers le haut". Pour l'égalité des chances, la réforme du collège donne accès à 100% des élèves à l'apprentissage d'une 2ème langue vivante dès la 5ème, contre, aujourd’hui, 16% d’élèves en classes bilangues et 11% en classes européennes. Au total, c’est +54h d’enseignement de LV2, soit +25% sur la scolarité au collège, pour tous. A noter que le nombre de postes de professeurs d’allemand va augmenter : 515 postes seront ouverts l’an prochain contre 300 postes en 2012. 
On démocratise aussi l’accès au latin et au grec. L’enseignement du latin/grec est maintenu de la 5ème à la 3ème pour tous les élèves qui en font le choix : aujourd’hui, le latin/grec ne sont qu’une option : 18% des collégiens le prennent en plus de leurs heures de cours. Ils ne sont que 5% à poursuivre cette discipline au lycée. Demain, tous les élèves pourront profiter d'un "Enseignement pratique pluridisciplinaires" portant sur les langues et cultures de l'antiquité, une ou plusieurs fois au cours de leur scolarité, et, ainsi, accéder à des apports culturels essentiels à notre civilisation.
Pour la réussite de tous, la réforme développe les enseignements personnalisés, permettant à ceux qui ont des difficultés de les combler, à ceux qui ont la chance d'être en avance d'approfondir leurs connaissances. Pour la promotion de l'excellence, elle développe les enseignements interdisciplinaires. Avec cette réforme, "nos jeunes seront bien mieux armés face au monde de 2023" : "ils maîtriseront davantage ce qui est attendu d’eux dans le monde moderne, comme le numérique, et maîtriseront 2 langues au minimum. 
 
"Le débat n’est pas entre "élitisme" et "égalitarisme" mais entre une vision conservatrice de l’école, et une vision réellement républicaine, à la fois exigeante, méritocratique et généreuse. Ceux qui entretiennent volontairement la confusion entre excellence et élitisme sont, en fait, les promoteurs cyniques d’une excellence "réservée.  Le débat est entre ceux qui pensent que certains peuvent réussir uniquement si l’on condamne une partie de nos enfants à l’échec, et ceux qui pensent que tous peuvent – et méritent – de réussir", ajoute le Premier ministre.

Il y a d’une part cette réforme du collège, et puis il y a les programmes qui sont en cours de rénovation :
  • Cette rénovation des programmes se fait sous l’égide du Conseil supérieur des programmes qui est une instance indépendante, composée entre autres de parlementaires de toutes sensibilités. Ce Conseil vient de rendre sa première copie, qui va être mise à consultation des enseignants. "Nous aurons l’occasion de retravailler sur ces programmes et de les valider définitivement", précise la ministre de l'Education. 
  • S’agissant de l’enseignement de l’Histoire, les 3 monothéismes doivent être présents dans les cours, comme c’est le cas aujourd’hui - judaïsme, christianisme, islam : le Gouvernement a la volonté qu’un enseignement laïc du fait religieux soit bien assuré, ce qui signifie évidemment que les 3 monothéismes doivent être présents dans les cours.  S’agissant du christianisme et des Lumières : le projet de programmes propose pour la 6ème l’étude des débuts du christianisme à travers le thème obligatoire sur "L’Empire romain dans le monde antique". Puis il poursuit en 5ème avec le thème obligatoire "Société, Eglise et pouvoir politique dans l’Occident chrétien : XIe-XVe siècles". Et il propose en 4ème l’étude de la Révolution française comme celle de l’époque des Lumières au sein du thème obligatoire consacré à l’Europe et au Monde XVIIe – XIXe siècles, qui inclut les "Sociétés et cultures au temps des Lumières". L'étude de l'islam, de l'esclavage, des génocides, de la colonisation et de la décolonisation sont au programme d'histoire au collège aujourd'hui et le resteront demain. Ainsi, l’actuel programme de 5e s’ouvre "par la découverte de la naissance de l’islam (fait religieux) et de l’islam médiéval (civilisation)" ; l’étude des traites négrières et de l’esclavage, celle des conquêtes coloniales, sont au programme d’histoire de 4e, et la Shoah, le génocide des Tziganes et l’indépendance des colonies sont au programme d’histoire de 3e.