prison
26 octobre 2016

Lutte contre la radicalisation en prison

Au lendemain des "Rencontres nationales - Les territoires mobilisés contre la radicalisation" à Paris, le garde des Sceaux a présenté un plan d’action contre la radicalisation violente dans les prisons.
 
Chiffres clés :
  • 349 auteurs d’infraction à caractère terroriste actuellement en détention vs 90 en 2014 dont : 31 femmes, 18 mineurs, 33 détenus particulièrement signalés (DPS) et 55 placés à l’isolement (cette dernière catégorie est en progression)
  • 1336 détenus identifiés comme radicalisés vs 700 en 2015
  • 359 probationnaires radicalisés en milieu ouvert dont 125 en contrôle judiciaire
 
Ce plan d’action se construit autour de trois objectifs :
 

Améliorer la sécurité pénitentiaire

Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice a annoncé plusieurs mesures : "Une sous-direction dédiée à cette question verra le jour dès février 2017, regroupant les différents bureaux existants ; pour enrayer l’augmentation des violences en détention des équipes de sécurité pénitentiaire vont être créées". "Un plan pluriannuel de recrutements sera défini et les agents seront armés pour toute mission extérieure."
En outre, 58,6 M€ sont destinés à la sécurité des établissements pénitentiaires dans le projet de loi de finances 2017.

 
Accroître nos capacités de détection

8 millions d’euros permettront de développer le renseignement pénitentiaire et protéger les personnes détenues, garantir le respect de l’ordre public. Ainsi, les effectifs du renseignement pénitentiaire sont augmentés (51 recrutements). Des outils technologiques (tels que les IMSI catcher) seront rapidement acquis et placés dans les établissements.
 

Assurer une prise en charge adaptée 

Cette prise en charge doit être conçue tant du point de vue de la détention qu’en matière d’accompagnement de la personne radicalisée.
"Au 1er janvier 2016, un dispositif expérimental débutait au sein de la direction de l’administration pénitentiaire. Et en particulier au sein de 4 établissements (UPRA) pour faire face à cette situation nouvelle : Fresnes, Fleury-Mérogis, Osny et Lille-Annoeullin", a  déclaré le garde des Sceaux. Il a tenu à saluer le travail accompli par l’administration pénitentiaire dans ces structures et pour sa capacité de réaction, d’innovation, de conceptualisation et de réalisation.
 
Premiers retours sur cette expérimentation :
 
Le ministre de la Justice précise qu’un premier constat peut déjà être fait "en termes de gestion de la détention, le regroupement de détenus est bénéfique, pour autant, chaque unité avait un programme différent et une méthodologie propre, ce qui a nui à la coordination et l’efficacité globale du dispositif". Le garde des Sceaux ajoute : "Il faut donc, partiellement, continuer cette expérimentation en s’appuyant sur l’expertise des personnels".
 

Nouvelle organisation de la prise en charge de la radicalisation en cinq mesures

  1. Les UPRA vont céder la place à 6 quartiers d'évaluation de la radicalisation (4 en région parisienne, 1 dans la région de Bordeaux, et 1 dans la région de Marseille) où seront placés 120 détenus au total, pour une durée de 4 mois. Le garde des Sceaux ajoute : "Un quartier d’évaluation verra aussi le jour au sein de la maison d’arrêt pour femmes de Fleury."
  2. Les quelque 300 profils identifiés comme les "plus durs et sensibles" seront soumis à un régime de détention proche de l'isolement (fouilles régulières, changements de cellule, limitation des effets personnels). "Les détenus feront l’objet d’un suivi individualisé, d’une prise en charge spécifique, et d’une évaluation – au moins – biannuelle" a expliqué Jean-Jacques Urvoas.
  3. "Pour les détenus au profil ne nécessitant pas l’encadrement maximal, un dispositif de prise en charge spécifique sera créé dans 27 établissements sur tout le territoire", a indiqué le ministre de la Justice. "Les conditions de sécurité seront supérieures à celles pratiquées classiquement et un renfort de personnels sera apporté mais ils continueront à fréquenter les autres incarcérés", a-t-il précisé. 
  4. 90 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) contractuels seront recrutés pour compenser le travail des référents "prévention de la radicalisation violente" qui seront désormais "chargés d’assurer en priorité le suivi des individus signalés comme radicalisés  dans chaque service pénitentiaire. Ces recrutements s’ajoutent aux 1 100 déjà actés", a rappelé Jean-Jacques Urvoas. 
  5. L’autre défi à relever : préparer et accompagner les sorties de prison. Le garde des Sceaux propose "la création d’une formation spécialisée de l’état-major de sécurité départemental afin de la consacrer aux seuls sujets pénitentiaires".  Des instances de prise en charge en milieu ouvert des personnes radicalisées placées sous main de justice seront également créées. Une structure baptisée "RIVE" (recherche intervention contre la violence extrémiste) sera installée en Île-de-France en décembre et "a vocation à être étendue à l’ensemble du territoire si les résultats sont probants", a conclu Jean-Jacques Urvoas.