Photo de personnes sur un échaffaudage derrière un drapeau européen
29 juin 2016

Brexit : inventer une nouvelle Europe

Les Britanniques se sont exprimés, ce choix démocratique s’impose à tous et doit être respecté. Dès lors, parce que l'Europe a besoin de clarté, le Royaume-Uni doit activer le plus tôt possible la clause de retrait de l’UE. Cette crise, comme toutes les crises, est l’occasion d’une grande transformation. Comme au cours de ces dernières années, chaque fois que l’essentiel est en jeu sur l’Europe, la France se doit de répondre présente.
 
(mis à jour le 30 juin 2016)

"Le choc est historique : pour la première fois depuis le début de la construction européenne, un peuple a décidé de quitter l’Union. Les Britanniques se sont exprimés. Il faut respecter ce choix démocratique. Il s’impose à nous tous", a déclaré Manuel Valls devant les députés mardi 28 juin. La France "n’imagine pas un Gouvernement britannique, quel qu’il soit, ne pas respecter le choix de son peuple. Tout le monde a les yeux tournés vers l’Europe, l’Europe doit prendre ses responsabilités. Elle est suffisamment forte pour agir dans son propre intérêt", avait de son côté expliqué François Hollande en arrivant au Conseil Européen.

La procédure de retrait de l'UE, prévue par l'article 50 du Traité de Lisbonne, devra être engagée dès la formation du nouveau gouvernement britannique. Il n’y aura pas de pré-négociation avant l’ouverture de la procédure de séparation, les négociations ne dureront pas plus de 2 ans, et concerneront l’ensemble du Royaume-Uni. C’est au terme de la négociation que le Royaume-Uni pourra accéder ou non au marché intérieur, à condition de respecter les 4 libertés de circulation indivisibles (biens, capitaux, services et personnes) et de payer une contribution. En outre, le statut de la City sera révisé. "Dès lors que le Royaume-Uni ne sera plus dans le marché unique, […] il n’y a aucune raison pour l’Europe et encore moins pour la zone euro, de permettre à un pays qui n’est plus membre de l’Union et qui n’a jamais été membre de la zone euro, de continuer à faire des opérations en euro",a expliqué François Hollande.

"Il ne s’agit pas de punir le Royaume-Uni et encore moins le peuple britannique", a ajouté le président de la République le 29 juin à l'issue du Conseil Européen. "Mais en même temps, il a pris [un] risque et le peuple britannique doit savoir que pendant un temps sans doute, il va en subir les conséquences."

"L’Europe a besoin de clarté. Soit on sort, soit on reste dans l’Union", avait aussi expliqué Manuel Valls mardi devant les députés. "L’ambiguïté [n’est] plus possible, parce que nous avons besoin de stabilité, notamment sur les marchés financiers" , a ajouté le Premier ministre. "Ce n’est pas le parti conservateur britannique qui doit imposer son agenda".

"Nous avons aussi, en tant qu’Européens, à tirer un certain nombre de conclusions. Ce vote montre le malaise des peuples [qui] doutent de l’Europe. Ils ne comprennent pas ce qu’elle fait ; ne voient pas ce qu’elle leur apporte (...) Pire, ils ont le sentiment qu’elle impose ses choix et joue systématiquement contre leurs intérêts," ajoute le président de la République.
 
"Nous avons laissé les populismes proférer leurs mensonges et installer l’idée que construction européenne et souveraineté nationale étaient incompatibles", or "les affaires européennes sont des affaires intérieures", rappelle Manuel Valls. Le Premier ministre met en garde "ceux qui croient qu'on renforcera notre souveraineté nationale en tirant un trait sur l'Europe ; ceux qui pensent qu'on s'en sortira mieux dans la mondialisation, qu'on traitera mieux la crise migratoire, qu'on combattra mieux le terrorisme en agissant seuls, en se privant d’appuis, dans le seul cadre de nos frontières nationales. Rien n'est plus faux." Il en appelle également à lutter contre les fausses solutions : "un référendum ne peut pas être le moyen de se débarrasser d’un problème. Par le référendum, le Front national ne poursuit au fond qu’un seul objectif, qui est désormais dévoilé : faire sortir la France de l’Union européenne et donc de l’Histoire. Quelle étrange ambition pour notre pays et quelle vision dévoyée du patriotisme."

Cette crise, comme toutes les crises, est l’occasion d’une grande transformation. Comme au cours de ces dernières années, chaque fois que l’essentiel est en jeu sur l’Europe, la France se doit de répondre présente. "C’était vrai, il y a un an, lorsqu’il a fallu sauver la Grèce et convaincre nos partenaires qu’elle devait rester dans la zone euro. Sauver la Grèce, c’était déjà sauver l’Europe." C’est encore vrai aujourd’hui : "parce que nous sommes un pays fondateur, parce qu’avec l’Allemagne, conscients de nos responsabilités, nous voulons l’Europe, notre horizon commun."

La question qui se pose à la France n’est pas de sortir de l’Europe, mais de refonder le projet européen. "Une nouvelle impulsion est nécessaire pour protéger nos frontières, investir davantage, nous tourner vers la jeunesse et organiser de manière plus démocratique la zone Euro", a ainsi déclaré le président de la République. "Il faut inventer une nouvelle Europe, retrouver les sources de l’adhésion au projet européen et surtout réinventer les causes de l’adhésion", selon le Premier ministre :
  • D’abord, en mettant les enjeux de sécurité au cœur de l’Union. "La menace terroriste, la crise migratoire, mettent l’espace Schengen à l’épreuve. Grâce à la France, beaucoup a déjà été fait : PNR européen, encadrement de la circulation des armes" et mise en œuvre des gardes-frontières européens. "Il faut aller plus loin et vraiment maîtriser nos frontières extérieures. Pas en sortant de Schengen, mais en agissant pour que les règles régissant cet espace soient appliquées fermement" ;
  • L’Europe doit également assumer un effort de défense digne de ce nom et être capable d’intervenir à l’extérieur. "Il ne faut plus hésiter d’autant plus que les États-Unis se désengagent de plus en plus" ;
  • "L’Europe doit mieux s’imposer, en protégeant l’intérêt des Européens. L'Europe ne doit plus être perçue comme […] le dindon de la farce de la mondialisation. Elle doit protéger ses intérêts, ses travailleurs, ses entreprises" comme le font la Chine, l’Inde ou les États-Unis. C’est pourquoi la France fera preuve de fermeté lors des négociations du TAFTA ;
  • L’Europe "doit investir massivement pour la croissance et pour l’emploi, bâtir une stratégie industrielle dans les nouvelles technologies et la transition énergétique" ;
  • "Il faut poursuivre l’harmonisation fiscale et sociale […] par le haut pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties" en luttant "contre toutes les formes de dumping qui rongent le projet européen de l’intérieur, [en mettant] en place un salaire minimum" européen, en luttant contre la fraude au détachement des travailleurs ce qui implique de "modifier en profondeur la directive de 1996" ;
  • "Enfin, nous devrons renforcer la zone Euro et sa gouvernance démocratique. C’est pourquoi, il faut à la fois un budget et un Parlement de la zone Euro."
"Il faut aussi une nouvelle manière de faire l’Europe" : s’il faut mener à quelques-uns ce que les 27 ne sont pas prêts à faire, et bien faisons-le ! Sortons des dogmes. L'Europe, ça ne peut pas être simplement les États qui rendent des comptes sur la gestion de leurs budgets." Le Premier ministre souhaite qu'on en finisse avec "l’image d’une Europe punitive, acquise aux thèses ultra-libérales et à l’austérité budgétaire." La France souhaite également que les instances européennes puissent rendre beaucoup plus compte de leur action devant les parlementaires nationaux.

"La suite de l'histoire n'est pas écrite. L’Europe a le choix", a conclu le Premier ministre. "Soit elle refuse de changer profondément, et les peuples continueront de la fuir. L’Europe alors sortira de l’Histoire. Soit elle est prête à se réformer, à agir avec et pour les peuples, dans le respect de chacun et l'intérêt de tous. Alors [elle] saura regagner le cœur des Européens."